Robert Morin: combattre la vulgarité par la vulgarité

Le cinéaste Robert Morin signe avec Stéphane Crête Un paradis pour... (Archives La Presse, François Roy)

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Le cinéaste Robert Morin signe avec Stéphane Crête Un paradis pour tous, une fiction sur l'évitement fiscal.

Archives La Presse, François Roy

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(Québec) Sacré Robert Morin! Si on ne l'avait pas, faudrait l'inventer. Le cinéaste bricole son cinéma d'auteur iconoclaste sans se soucier des structures, des effets de mode et des qu'en-dira-t-on. Un paradis pour tous est une fiction sur l'évitement fiscal avec Stéphane Crête. Rien ne l'arrête dans le mauvais goût. Il a voulu «combattre la vulgarité par la vulgarité». Et il sait que son «film de polyvalente» va se faire «ramasser» (sûrement). Morin n'en a cure. L'art est là pour «foutre le trouble», dit-il. Et combattre la rectitude politique...

Un paradis pour tous se concentre sur Jean-Guy Simard, un expert du fisc injustement congédié pour avoir voulu coincer un bandit à cravates. Il décide de changer de camp et de pratiquer l'évitement fiscal, tout en expliquant aux gens les meilleures façons de tricher, entre autres avec les placements à l'étranger et le transfert d'argent liquide dans des paradis fiscaux.

«Quand t'envoies de l'argent aux Bahamas, à [Turks-et-]Caicos, à Londres ou whatever, t'endommages une société. C'est vraiment le mauvais goût suprême», juge Robert Morin

Ce n'est pourtant pas le sujet qui s'est imposé d'emblée, mais bien le désir de tourner avec Stéphane Crête (le Brad Spitfire de Dans une galaxie près de chez vous), «quelqu'un qui aime se déguiser» et qui joue tous les personnages. «On oublie que c'est le même acteur», soutient l'homme de 66 ans en vantant la grande polyvalence du comédien dans ses compositions.

La thématique est venue à l'écriture, tout autant que le désir «de s'attaquer à la rectitude politique». D'où le mauvais goût assumé, jusqu'au blackface (un acteur qui se maquille le visage en noir et reproduit les stéréotypes racistes).

«Cette rectitude est en train de devenir une véritable censure, même une autocensure. [...] J'aime l'idée qu'on ait débattu des blackface à Tout le monde en parle. Si [Louis] Morissette, dans un futur rapproché, veut le faire, ben, tant mieux. Sinon, il se sera autocensuré, et c'est dommage. [L'humoriste] Dieudonné, on aurait dû le laisser faire son show [jugé raciste], quitte à le poursuivre en cour. 

«On en train de retourner avant les Lumières, avant Voltaire. [...] Quand est-ce qu'on va se faire un index? Moi, quand j'étais jeune, je pouvais même pas lire L'étranger de Camus. On va-tu retourner là? Notre film touche à ça aussi. Je veux bien qu'on me traite de raciste, de sexiste, d'homophobe, on a tout mis là-dedans! C'est pour provoquer. Viens nous dire que c'est pire que de l'évitement fiscal», lance l'irrévérencieux. Pour paraphraser André Malraux, «l'art qui dérange pas, c'est pas de l'art. L'art, faut que ce soit piquant, hirsute».

Pour la recherche, le réalisateur québécois a, entre autres, puisé à la même source qu'Harold Crooks dans son très bon documentaire, Le prix à payer (2014), soit le livre La crise fiscale de Brigitte Alepin. «Comment ça se fait que personne s'occupe de ça?» Le réalisateur a choisi de s'exprimer par la fiction, «l'outil avec lequel je suis le plus à l'aise». Même si ses références sont d'abord en art visuel.

Il a donc puisé dans le dadaïsme (basé sur la remise en cause des conventions) pour «combattre la vulgarité par la vulgarité. C'est une oeuvre d'art qui s'inscrit dans cette longue tradition». Soit. Mais on peut aussi y voir un hommage appuyé à la Nouvelle Vague avec ses adresses à la caméra, les effets de miroir qui révèlent celle-ci, le jeu distancé, etc. «Oui. Le cinéma, en général, c'est un art narratif. C'est pas un art qui travaille beaucoup sur sa forme. Moi, ce qui m'intéresse, c'est jouer avec cette partie conceptuelle. Pas nécessairement raconter une histoire.»

Un paradis pour tous n'en est pas moins de son époque - «c'est un long selfie à la Trudeau (rires)» - et à la fine pointe de la technologie. La présence dédoublée de Crête à l'écran a exigé beaucoup de travail en écran vert et le recours à des technologies de pointe «même si le film a l'air broche à foin [ce qui est voulu]».

Comme d'habitude, Morin a fait son film «pour des peanuts» : 120 000 $. Sans véritable budget pour une campagne promotionnelle, son équipe a suggéré les médias sociaux pour la visibilité. «Moi, je ne m'intéresse pas à ça [on s'en doute], mais c'est un incontournable.» Ce qui ne l'empêchera pas de venir à Québec avec son acteur pour présenter Un paradis pour tous.

Peu importe la réception réservée au film, le cinéaste est déjà rendu ailleurs. Il a complété son 16e long métrage, Le problème d'infiltration, avec Christian Bégin. Ce film d'horreur, un hommage à l'expressionnisme allemand des années 20-30 (NosferatuLe cabinet du docteur Caligari, etc.) est bâti sur «six petits films» qui sont autant d'événements déterminants dans la même journée d'un médecin. Morin s'est aussi inspiré de Dr. Jekyll et Mr. Hyde. Voilà de quoi piquer la curiosité.

En attendant, Un paradis pour tous prend l'affiche le 1er avril (sans farce).

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