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Robert Guédiguian: le génocide arménien vu de l'intérieur

Avec son oeuvre Une histoire de fou, Robert... (Fournie par Métropole Films)

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Avec son oeuvre Une histoire de fou, Robert Guédiguian souhaite «que les gens sortent du film en ayant une synthèse du fait arménien - ou de la cause, si on pense que c'est une cause».

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(Paris) Robert Guédiguian est un réalisateur à part dans le cinéma français. À la fois auteur et artisan, fidèle à sa famille (ses acteurs et ses collaborateurs, les mêmes depuis plus de 30 ans), il creuse un sillon humaniste en se penchant sur les laissés-pour-compte qui habitent ce fabuleux laboratoire vivant qu'est Marseille. Une histoire de fou adopte un ton encore plus personnel alors que le réalisateur retourne cette fois au pays de ses ancêtres arméniens.

Le réalisateur de Marie-Jo et ses deux amours (2002) ne fait pas toujours courir les foules. À part Marius et Jeannette, immense succès populaire, qui lui a valu le Louis-Delluc, remis au meilleur film français de 1997. Mais les festivals se l'arrachent et ce cinéaste de quartier a ses fidèles (comme moi). L'homme de 62 ans, toujours solide et charmant, nous a accordé une chaleureuse entrevue, agrémentée par son accent chantant du Sud.

Une histoire de fou s'inscrit dans le prolongement du Voyage en Arménie (2006)?

R «En effet. Par contre, j'ai longtemps cherché une bonne idée pour expliquer comment le génocide [arménien] devient constitutif de [notre] identité. La bonne idée m'a été fournie un jour par hasard par ce récit de José Antonio Gurriarán, qui vit à peu près la même chose que mon personnage principal [Gilles, blessé dans un attentat terroriste]. Je me suis dit que c'était la clé scénaristique pour raconter le siècle qui a suivi le génocide. C'est le point de vue d'une victime innocente et ignorante, ce qui est un peu celui du public.»

Q Il y avait donc une volonté didactique?

R «Tout à fait. Je voudrais que les gens sortent du film en ayant une synthèse du fait arménien - ou de la cause, si on pense que c'est une cause. Qu'est-ce qu'est ce petit pays indépendant? Je voulais raconter tout ça au cinéma parce que je pense que la fiction est aussi forte que les livres d'histoire ou qu'un documentaire parce que je crois qu'on apprend mieux à travers des choses de l'ordre de la sensualité qu'à travers de celles de la rationalité.»

Le réalisateur Robert Guédiguian... (Photothèque Le Soleil) - image 4.0

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Le réalisateur Robert Guédiguian

Photothèque Le Soleil

Q De ce point de vue, il était donc plus important d'avoir des personnages «ordinaires» que de peindre une grande fresque historique, ce que vous auriez aussi pu faire?

R «En général, je crois que les événements importants de l'histoire se déroulent dans les chambres d'enfants, les chambres à coucher, les salles à manger, pas dans les salles des parlements. L'étoffe de l'histoire, c'est comment les décisions prises dans ces parlements ont des conséquences qui se démultiplient à l'infini. [...] C'est aussi illustrer le manque de vision des hommes politiques, qui ne pensent qu'à eux et à leur pouvoir. Beaucoup ne pensent pas aux conséquences sur les générations suivantes.»

Q Si Gilles représente une victime innocente des circonstances, que représente Aram, qui a posé la bombe?

R «La jeunesse qui veut que justice soit rendue à ses parents et à ses grands-parents. Parce qu'il pense que le monde, en particulier la Turquie, a été injuste. Il ne supporte pas que la Turquie continue à nier le génocide. Il est indigné et idéaliste. Il s'engage, mais avec beaucoup de sérénité intellectuelle. Il est assez proche de ce que j'ai pu être (rires), même si je n'ai pas été un activiste arménien.»

Q Votre film sera-t-il présenté en Turquie?

R «Dans la situation actuelle, alors que le pays est en pleine fermeture, pratiquement en guerre civile - on musèle la presse, on arrête les intellectuels -, le film ne peut pas sortir. Je continue à penser, en bon internationaliste que je suis, que le jour où la Turquie va reconnaître le génocide, ce sera un beau jour pour les Arméniens, mais ce sera un plus beau jour encore pour la Turquie. Parce que ce sera le signe que la Turquie a changé.»

Q Dans cette optique, vous deviez être heureux qu'Une histoire de fou soit présenté en séance spéciale à Cannes l'an dernier?

R «Je suis un peu abonné (rires). Bien sûr. Le cinéma d'auteur, politique, etc. est sans cesse menacé. Cannes est un élément extrêmement important dans la continuation de ce cinéma.»

Q Avec ce film, est-ce que vous considérez que vous avez fait le tour de la question ou vous voulez aller plus loin? 

R «Je ne sais pas. Sur la question du génocide et ses conséquences, j'en ai fini. Mais je ferais peut-être d'autres films très liés à l'Arménie. Il y a des envies qui sont liées au tournage lui-même. J'ai envie de refaire un film là-bas, d'y passer deux mois à tourner... Je ne sais pas quoi raconter, mais avec ce sentiment, ça peut déclencher quelque chose. J'y vais pratiquement chaque année. En attendant, je vais faire un film marseillais avec [Jean-Pierre] Darroussin, Ariane [Ascaride, sa femme], Gérard [Meylan] et toute la tribu. Avant de repartir vers de nouvelles aventures, je vais toujours me ressourcer.»

Une histoire de fou prend l'affiche le 1er avril.

Les frais de ce reportage ont été payés par Unifrance.

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