Les mauvaises herbes: un coup fumant ***1/2

Fuyant son usurier, Jacques () se retrouve chez... (Fournie par Les Films Séville)

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Fuyant son usurier, Jacques () se retrouve chez Simon, un ermite vieillissant qui lui offre un rôle de fermier dans sa grange déglinguée où il fait pousser du pot.

Fournie par Les Films Séville

Le SoleilÉric Moreault 3/5

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(Québec) CRITIQUE / On attendait beaucoup du nouveau film de Louis Bélanger, réalisateur qui porte un regard très humain sur ses semblables. Les mauvaises herbes, une comédie dramatique drôle et touchante, n'a pas déçu. Une forte distribution, un récit stupéfiant et surprenant avec des personnages attachants, un peu d'humour absurde, il n'en faut pas plus pour livrer un bon long métrage. Qui devrait en réconcilier quelques-uns avec le cinéma québécois.

Certains reprochent, avec raison, à notre cinématographie récente d'être trop portée sur la mélancolie, voire la déprime. Tout est dans la façon d'aborder les choses, comme le prouve ce (presque) huis clos. D'autant que Bélanger sait varier les tonalités. Le début est complètement rocambolesque, la suite alterne les moments hilarants avec les plus graves et le tout se termine sur une belle courbe qui refuse la dramatisation à outrance. Bref, Les mauvaises herbes nous fait passer par toute la gamme des émotions. Sans jamais forcer.

Le film commence comme un film policier - un peu décalé, comme tout le reste. Jacques (Alexis Martin), un acteur qui joue aux machines à sous entre ses apparitions dans une pièce de théâtre, fuit son usurier Patenaude (Luc Picard). Un autobus le conduit près de Val-d'Or, en plein hiver. Dans un rang isolé, il tombe sur Simon (Gilles Renaud). L'ermite vieillissant lui offre un rôle de fermier dans sa grange déglinguée où il fait pousser du pot. Beaucoup de pot. Le fuyard n'a guère le choix...

Leur cohabitation forcée ne va pas sans mal. Jacques, créature urbaine à la diction parfaite qui aime citer Shakespeare, est déstabilisé par le gros bon sens rural et les manières rudes de Simon. Mais peu à peu, ces hommes que tout sépare vont s'apprivoiser. Leur fragile équilibre est toutefois perturbé par l'arrivée inopinée de Francesca (Emmanuelle Lussier-Martinez), une employée d'Hydro-Nord. Le trio se met tout de même à former une improbable famille qui veut profiter de la récolte. Jusqu'à ce que la réalité les rattrape.

Il s'agit d'un canevas un peu surréaliste mais plausible. Et c'est toute l'habileté du scénario de Bélanger et d'Alexis Martin: on y croit, même dans les moments un peu plus invraisemblables. En fait, on flirte presque avec le réalisme poétique. Une poésie qui se retrouve autant dans les magnifiques images hivernales que dans celles, a priori plus banales, de la coexistence de ces trois monuments de solitude dans une maison isolée.

Car malgré leur différence d'âge, de statut social et de valeurs, le trio partage un certain mal de vivre. Sans que ce soit pesant. Avec ce film, le réalisateur originaire de Québec renoue avec des thèmes déjà explorés dans Post mortem (1999), Gaz bar blues (2003) et Route 132 (2010): les hasards du destin, la ruralité, la solidarité, la filiation... On pourrait d'ailleurs lui reprocher d'aborder, comme combien d'autres avant lui, le sempiternel thème du père absent. Mais, bon, le film explore quand même des enjeux plus actuels par l'entremise de Francesca, une lesbienne affirmée et non typée.

À ce propos, la forte présence d'Emmanuelle Lussier-Martinez, dont c'est le premier grand rôle au cinéma, est une révélation. L'actrice a quelque chose d'une jeune Marie Brassard. C'est dire. C'est toutefois la complicité entre Martin et Renaud, l'immense crédibilité de leur interprétation, qui nous captive. Sans parler de la présence intense mais décalée de Luc Picard en méchant tordu.

Les dialogues sont parfois un peu creux, mais jamais plaqués. La réalisation sensible, la touche humaine et le sens du détail de Bélanger permettent de sublimer cette petite faiblesse. Dans l'ensemble, Les mauvaises herbes nous a fait pas mal triper.

***

Au générique

  • Cote: *** 1/2
  • Titre: Les mauvaises herbes
  • Genre: comédie dramatique
  • Réalisateur: Louis Bélanger
  • Acteurs: Alexis Martin, Gilles Renaud et Emmanuelle Lussier-Martinez
  • Classement: général
  • Durée: 1h48
  • On aime: la complicité des acteurs, l'humour absurde, la poésie visuelle
  • On n'aime pas: la finale convenue, le thème éculé du père absent

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