La belle saison: l'amour est dans le pré ***1/2

La maladie de son père pousse Delphine (Izia... (Fournie par Axia Films)

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La maladie de son père pousse Delphine (Izia Higelin) à rentrer dans ses terres, où elle sera bientôt rejointe par Carole (Cécile de France).

Fournie par Axia Films

Le SoleilÉric Moreault 3/5

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(Québec) CRITIQUE/ L'amour ne frappe pas toujours au bon endroit ni au bon moment, ce qui fait souvent une bonne histoire, pleine de passion et de déchirements comme celle de La belle saison, qui met en scène l'aventure tumultueuse de deux jeunes femmes. Catherine Corsini signe un lumineux film personnel, rempli de rires et de larmes, qui se veut aussi un hommage à la montée du féminisme.

1971. Delphine, fille d'agriculteur, se sent mal dans sa peau. Elle déménage étudier à Paris où elle fait la rencontre de Carole, une prof militante. Grisée par l'effervescence revendicatrice des féministes (une galerie de personnages sympathiques et un peu hystériques), la jeune femme se laisse entraîner dans l'aventure.

La maladie de son père la pousse toutefois à rentrer dans ses terres, où la brune sera bientôt rejointe par la blonde Carole. La belle saison prend alors un ton plus intimiste, dans la magnifique campagne du Limousin. Mais bien vite, la réalité socioculturelle et religieuse du milieu va plomber leur relation amoureuse...

La comparaison avec La vie d'Adèle est inévitable. Pas parce qu'il s'agit d'une histoire d'amour lesbien, mais bien dans la similitude des personnages et des thèmes abordés. Comme dans le film de Kechiche, la plus jeune femme affirme sa sexualité auprès d'une femme plus mature (bien que Carole n'est pas une lesbienne «pure et dure»). Delphine provient d'une classe sociale plus populaire, ce qui implique qu'elle éprouve un sentiment d'infériorité et qu'elle se sente plus à l'étroit dans le carcan des conventions. Il y a un violent choc entre les deux mondes rural et urbain, entre la tradition et la modernité, un fossé aussi creusé par l'écart du niveau d'éducation.

Il y a toutefois une différence majeure entre les deux films: Kechiche a choisi d'ancrer son film dans la France actuelle alors que Corsini a opté pour le portrait d'époque. Il y a peut-être un peu moins de tabous, mais la société n'a pas tellement changé - du moins en France, où l'opposition au mariage gai est virulente.

En situant l'action dans l'émergence du féminisme post-mai 68, Corsini se permet le luxe du recul alors que la réalisatrice aurait pu peindre un portrait dévastateur du moment présent. C'est son choix. Ce qui se défend un peu moins bien, c'est sa version lunettes rose du mouvement.

Son regard manque d'acuité et de distance. Un moindre mal puisque La belle saison se concentre sur l'amour (presque) impossible de ces deux femmes si différentes, mais unies dans la passion. Elles ont une bonne épaisseur psychologique et les failles sont bien mises en évidence: la peur de l'opprobre pour Delphine, la légèreté inconsciente de Carole.

Totalement investies

La belle saison manquerait rapidement de crédibilité sans l'investissement total des deux actrices qui doivent se mettre à nu, au sens propre comme au figuré, même si les scènes de sexe sont filmées de façon pudique. Cécile de France fait montre d'un naturel confondant alors qu'Izia Higelin, plus en retenue, laisse entrevoir toutes les affres de son personnage.

La mise en scène de Catherine Corsini (Trois mondes) n'est pas aussi incarnée dans les scènes de manifestation que dans celles plus intimes. Manifestement, leur ampleur lui échappe. La réalisatrice française excelle néanmoins à montrer, sans excès, les tourments qui agitent ses amantes.

Un constat évident: les personnages masculins jouent les seconds rôles. En les reléguant à l'arrière-plan, Corsini prouve qu'on peut faire un film avec des femmes, sans que le contenu dramatique en souffre ou que l'intérêt en soit absent. Elles ne sont pas exemptes de quelques clichés, mais à l'évidence, La belle saison prouve, à l'instar d'autres productions, qu'il y a une place pour un cinéma féminin dépourvu des stéréotypes habituels, en particulier ceux de la maman, de la putain et de la blonde niaise.

Juste pour ça, et la sensibilité du regard qu'elle pose sur Carole et Delphine, La belle saison vaut la peine d'être vu. D'autant qu'il offre une fin lumineuse.

***

Au générique

  • Cote: *** 1/2
  • Titre: La belle saison
  • Genre: drame sentimental
  • Réalisatrice: Catherine Corsini
  • Actrices: Izia Higelin, Cécile de France et Noémie Lvovsky
  • Classement: 13 ans et plus
  • Durée: 1h45
  • On aime: la sensibilité du regard, le jeu lumineux de Cécile de France, la page d'histoire, la musique de Janis Joplin
  • On n'aime pas: une certaine mièvrerie, une vision idyllique du passé

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