Louis Bélanger, un hiver à la ferme

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Sans cautionner ni condamner la culture de la marijuana, le cinéaste Louis Bélanger compare la prohibition actuelle à celle de l'alcool dans les années 20. «Maintenant, on trouve ça ridicule. Je pense que dans quelques années, ce sera la même chose pour notre gestion de la mari», glisse-t-il.

Le Soleil, Erick Labbé

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(Québec) Avec Les mauvaises herbes, Louis Bélanger voulait faire un film d'hiver et un film rural, avec des personnages qui n'ont rien à voir ensemble. Il a imaginé l'histoire d'un cultivateur raté, d'un acteur en fuite et d'une jeune femme révoltée qui tisseront des liens en faisant pousser de la marijuana en plein hiver dans une grange d'Arundel.

Le point de départ de sa réflexion a été le roman La forêt des renards pendus, du Finlandais Arto Paasilinna, qui se déroule dans un coin retiré de la Laponie, où un petit groupe vit en autarcie. «L'éloignement offre toujours des possibilités dramatiques très intéressantes, relève Louis Bélanger. Les gens sont forcés de vivre ensemble, d'interagir et de se révéler eux-mêmes.»

Le scénario a été écrit à quatre mains avec Alexis Martin, tout comme Route 132, sorti en 2010. «Ensemble, on sait ce qui marche, ce qui a été vu mille fois et on essaie de sortir de l'ordinaire et d'aller vers des trucs qui ne sont pas nécessairement réalistes, mais plausibles», indique Louis Bélanger.

Ils ont travaillé à partir d'un lieu central, une ferme mal en point perdue dans la neige. «Comme cinéaste québécois, faire un film d'hiver, c'est comme un passage initiatique», note celui dont les films se passent rarement en ville.

Sans cautionner ni condamner la culture de la marijuana, Louis Bélanger compare la prohibition actuelle à celle de l'alcool dans les années 20. «Maintenant, on trouve ça ridicule. Je pense que dans quelques années, ce sera la même chose pour notre gestion de la mari», glisse-t-il.

Inspiré d'un duo réel

Le duo central du film, le cultivateur joué par Gilles Renaud et le comédien incarné par Alexis Martin, est inspiré d'un duo qu'a côtoyé Louis Bélanger: Michel Lafrance, surnommé Tex, et le cinéaste Robert Morin (Le Nèg, Requiem pour un beau sans coeur). «J'adorais écouter les conversations entre ces deux-là. Michel était un analphabète fonctionnel, un philosophe d'une intelligence extraordinaire, alors que Robert est un intellectuel qui a tout lu. J'aimais cette rencontre entre l'intelligence urbaine, celle des livres et de la culture, et l'intelligence rurale, du gros bon sens, de la débrouillardise, de l'expérience», raconte Bélanger.

Il a ajouté à l'équation une jeune fille incarnée par Emmanuelle Lussier-Martinez, qu'on verra pour la première fois au grand écran. «Avec elle, la notion du fossé générationnel embarquait. Elle renvoie un effet miroir au personnage de Gilles, qui s'est brouillé avec son fils lorsque celui-ci avait cet âge-là. Alexis fait un peu office de grand frère. Il la challenge sur ses projets, sur ses envies intellectuelles», indique-t-il.

Sur le plateau, le réalisateur met ses acteurs à contribution avant de faire rouler la caméra. «Je ne fais aucun découpage technique, savoir à l'avance où va aller la caméra, ça ne m'intéresse pas. J'ai besoin de le voir», explique-t-il. Il a pris l'habitude de placer les scènes avec sa garde rapprochée - seulement son directeur photo et son premier assistant - avant de mobiliser toute l'équipe technique.

Celle-ci a eu du fil à retordre dans la grange d'Arundel où la plupart des scènes ont été tournées, l'hiver dernier. «La grange où il y a les plants de pot n'est pas très grande, on était 50 tassés là-dedans. Ce n'était pas des vrais [plants], parce qu'ils seraient morts. Ils étaient faits en tissu, pour représenter quatre ou cinq phases de développement», a raconté l'acteur Gilles Renaud. Une couche de sable, placée sur la terre battue et gelée, créait des particules dans l'air qui forçait les techniciens à travailler avec des masques.

«J'ai besoin de défis lorsque je tourne un film», indique le réalisateur.

Les mauvaises herbes prend l'affiche vendredi.

Retour à la polyvalente de Charlesbourg

Le prochain film de Louis Bélanger est déjà en cours d'écriture et s'inspirera de ses souvenirs de jeunesse et de la polyvalente de Charlesbourg. «C'est une histoire d'amitié entre trois ti-culs qu'on suivra de 7 ans jusqu'à l'âge de 21 ans. Ils sont fanfarons, ils veulent vieillir un peu trop rapidement et il y en a qui vont se brûler les ailes», résume le scénariste et réalisateur.

Il compte toujours y mélanger humour et drame, comme les réalisateurs italiens des années 70 et 80 - Ettore Scola, les frères Taviani, Luigi Comencini - qui l'ont marqué. L'histoire de Vivre à cent milles à l'heure (un titre de travail) se déroulera justement ces deux décennies, «avec, en toile de fond, l'élection du PQ [Parti québécois], les Jeux olympiques de 1976, la mort de Muddy Waters. On va peut-être se rendre aux Grands voiliers», indique Bélanger, qui voudrait tourner à son ancienne polyvalente.

«C'est une horreur, ça a été fait par le même architecte et sur le même modèle que la prison d'Orsainville», rappelle-t-il. «À l'époque, c'était la plus grosse polyvalente au Québec. Il y en avait du jeune loadé de testostérone. Ça swinguait, j'aimais ça.»

Gilles Renaud incarne un cultivateur raté et Luc... (Le Soleil, Erick Labbé) - image 3.0

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Gilles Renaud incarne un cultivateur raté et Luc Picard, un «méchant violent, un peu fou, mais drôle», qui débarque à la ferme récla-­mer l'argent qui lui est dû.

Le Soleil, Erick Labbé

Famille improbable

Tout devrait séparer Simon, Jacques et Emmanuelle dans Les mauvaises herbes: l'âge, le milieu de vie, les valeurs. En quelques semaines, au fil des discussions et du labeur, ils finiront toutefois par former une famille.

«C'est vraiment le hasard qui les met ensemble dans cette maison-là. Quand tu les regardes, tu te dis: ils vont s'entretuer en moins d'une semaine», commente Gilles Renaud, qui interprète Simon Boulerice (aucun lien avec l'auteur et comédien du même nom). Le cultivateur raté s'éreinte pour que ses 1000 plants de pot passent l'hiver et lui rapportent l'argent qu'il lui faut pour faire un legs à son fils, avec qui il s'est brouillé il y a des années.

Jacques Sauvageau (Alexis Martin), lui, s'éclipse pour jouer aux machines à sous entre ses apparitions dans une pièce de théâtre. Poursuivi par Patenaude (Luc Picard), qui veut collecter ce qu'il doit, l'acteur aboutit en collants et culottes bouffantes près de la ferme de Simon.

«Ils se retrouvent un peu prisonniers de cette ferme-là, de cette maison qui tombe en ruine et de cette récolte qui les fait travailler 12 à 15 heures par jour, raconte Gilles Renaud. À travers ça, ils parlent, ils règlent des affaires.»

L'irruption de Francesca (Emmanuelle Lussier-Martinez), une jeune lesbienne qui s'emmerde à relever les compteurs d'Hydro-Québec en plein hiver, bouscule le duo qui vient de s'apprivoiser. «Elle est en révolte contre tout le monde, toujours sur Internet, sans véritables contacts humains», souligne Gilles Renaud.

C'est toutefois l'arrivée de Patenaude sur la ferme qui fera tout éclater. «C'est un archétype de cinéma, l'espèce de méchant violent, un peu fou, mais drôle, indique Luc Picard, qui compare son personnage à ceux joués par Joe Pesci. «Des personnages un peu BD qui ont l'air d'avoir conscience qu'ils sont dans un film», note-t-il.

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