Boris sans Béatrice: la misère des riches ***

L'apparition d'un mystérieux inconnu va confronter Boris (James... (Fournie par K-Films Amérique)

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L'apparition d'un mystérieux inconnu va confronter Boris (James Hyndman) à ses certitudes et à ses comportements douteux. Et nous poser une question lancinante: est-il schizophrène?

Fournie par K-Films Amérique

Le SoleilÉric Moreault 3/5

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(Québec) CRITIQUE / Denis Côté a l'habitude de sortir là où on ne l'attend pas. C'est encore le cas avec Boris sans Béatrice, un film qui marque une rupture autant par son récit que son ambition. Ça demeure du pur Denis Côté: déstabilisant et original. Mais le propos m'a laissé perplexe.

Le Boris en question, joué par James Hyndman, est un industriel aisé dont la Béatrice (Simone-Élise Girard), ministre à Ottawa, est clouée au lit par une profonde dépression. Ce qui ne l'empêche pas de s'envoyer en l'air avec une collègue, puis de flirter avec Klara (Isolda Dychauk), la jeune domestique de leur opulente maison de campagne.

Mais l'apparition d'un mystérieux inconnu (Denis Lavant, l'acteur fétiche de Léos Carax) va confronter cet homme arrogant et imbu de lui-même à ses certitudes et à ses comportements douteux. Et nous poser une question lancinante: Boris est-il schizophrène?

Cette incursion dans l'univers bourgeois, aux allures de nouveaux riches, tourne parfois à vide. On cherche la pertinence. Si, au moins, on sentait une certaine ironie relativement à cette opulence sensée incarner un Québec décomplexé et néolibéral.

Car, oui, Boris est une métaphore du Québec, mais elle est beaucoup plus politique que sociale. Il incarne un homme incapable de faire son lit, qui rêve d'indépendance sans être capable de l'assumer et qui ne souhaite, au fond, que retrouver le confort tranquille que lui offre sa femme (une ministre canadienne, avec qui il éprouve de sérieux problèmes de communication - l'allégorie est assez simple). D'où le titre.

Le propos est ambitieux, mais Côté peine à maintenir notre intérêt pour le destin de Boris, personnage baveux, égocentrique et orgueilleux. Il ne nous inspire aucune sympathie malgré les efforts de James Hyndman (aussi solide et intense que d'habitude). Le film est aussi le récit d'une lente métamorphose. Mais quand Boris commence à faire preuve d'un peu d'empathie et d'humanité, il est trop tard pour la plupart des spectateurs pour l'accompagner dans sa rédemption.

Boris sans Béatrice a parfois des allures de tragédie grecque - l'inconnu est l'incarnation d'un oracle -, sans qu'il y ait de tragédie, justement. La référence n'est pas fortuite: l'inconnu explique à Boris le mythe de Tantale, un être sans cesse tourmenté. Reste que cette évocation manque de puissance et que l'arc dramatique du film, plutôt distendu, tire souvent à côté de sa cible. L'humour pince-sans-rire, un peu absurde, par contre, fait mouche.

Réalisation énigmatique et déstabilisante

Il y a quand même la réalisation de Côté, toujours aussi déstabilisante et énigmatique (il se passe parfois beaucoup de choses dans le hors-champ). Sa caméra est plus mobile que d'habitude, mais il conserve une affection pour les plans-séquences révélateurs. Il veut aussi éviter que le spectateur se sente trop confortable, utilisant ici et là, par exemple, une musique électronique dissonante, à la limite agressante. Et il démontre encore une fois son flair pour placer les bons acteurs dans les bons rôles.

Ce n'est pas pour rien que le Québécois a obtenu le prix Alfred-Bauer en 2013 au Festival de Berlin avec Vic + Flo ont vu un ours. Cet Ours d'argent est remis à une oeuvre qui offre une vision esthétique novatrice et singulière. C'est encore le cas, mais dans une moindre mesure, avec Boris sans Béatrice. Ce qui explique en partie pourquoi Côté est reparti les mains vides de la Berlinale le mois passé.

L'enfant terrible du cinéma québécois continue à chercher hors du cadre habituel une façon de proposer un cinéma autrement. Il y arrive parfois moins bien, comme cette fois. Boris sans Béatrice n'en demeure pas moins un film original, porté par une signature forte. C'est plus que ce qu'on nous propose 95 % du temps sur grand écran...

***

Au générique

  • Cote: ***
  • Titre: Boris sans Béatrice
  • Genre: drame psychologique
  • Réalisateur: Denis Côté
  • Acteurs: James Hyndman, Simone-Elise Girard et Denis Lavant
  • Classement: général
  • Durée: 1h33
  • On aime: l'originalité de la réalisation, la force d'Hyndman
  • On n'aime pas: Boris, la métaphore un peu plaquée

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