Une cérémonie en presque pas de noir et surtout en blanc

Straight Outta Compton...

Agrandir

Straight Outta Compton

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) BILLET / Il a peu été question de cinéma ou des choix plus ou moins discutables des membres de l'Académie lors de la divulgation des nominations aux Oscars à la mi-janvier. Pour une deuxième année de suite, les 20 acteurs en nomination aux Oscars sont caucasiens. Déclarations fracassantes, menaces de boycottage, accusations de racisme, campagne #OscarsSoWhite sur les médias sociaux... Le débat ne date pas d'hier mais la 88e cérémonie, dimanche, va attirer beaucoup d'attention et pas nécessairement pour les bonnes raisons.

Le problème est réel. D'autant qu'une plus grande diversité aiderait certainement à faire augmenter l'assistance en salle. On peut comprendre la symbolique liée aux Oscars. Mais, à mon avis, on lâche la proie pour l'ombre.

Les mises en nomination témoignent du manque de diversité de l'industrie hollywoodienne, certes, mais elles n'en sont qu'une représentation. Le problème est à la base: il n'y a pas assez d'Afro-Américains, mais aussi pas assez d'Hispanophones et d'Asiatiques et, surtout, on l'oublie encore beaucoup cette année, pas assez de femmes.

De façon plus large, ce manque de diversité est un symptôme du cancer qui ronge les États-Unis depuis la fin de la ségrégation. Le pays est encore largement dominé par une élite blanche et masculine peu encline à céder le plancher. Pas pour rien que le mouvement de revendication Black Lives Matter a pris une telle ampleur depuis l'an dernier.

Cela dit, il ne faudrait pas que la cérémonie nomme plus de noirs seulement pour être politiquement correcte. Vrai que Michael B. Jordan méritait encore plus une nomination comme meilleur acteur - il est excellent dans Creed - que Sylvester Stallone. Par contre, Straight Outta Compton avait beau être un très bon long métrage, il n'était pas de taille pour la catégorie du meilleur film, pas plus que F. Gary Gray comme réalisateur et aucun des acteurs. Ça n'a rien de raciste. C'est un jugement critique porté sur une oeuvre. Peu importe que ses artisans soient blancs, noirs, rouges, verts ou à petits pois mauves.

On vient de le dire plus haut, mais on va le répéter: le problème, ce n'est pas l'Académie, mais les États-Unis. En passant, on fait un peu mieux ici, mais en périphérie. Au prochain gala du cinéma québécois, les acteurs noirs sont en nomination... dans les catégories de soutien! Les Oscars sont un symptôme d'un mal beaucoup plus profond.

Il y a tout de même des Afro-Américains qui sont repartis avec la statuette dorée - même s'il y en a eu très peu depuis Hattie McDaniel en 1939, actrice de soutien pour Autant en emporte le vent, et Sydney Poitier, meilleur acteur pour Le lys des champs en 1963. Depuis, Jamie Foxx, Forest Whitaker et Denzel Washington ont gagné, ce dernier en 2001. La même année qu'Halle Berry. Doublé historique, mais qui ne masque pas le fait qu'il s'agit de la seule noire à avoir remporté l'Oscar de la meilleure actrice.

Si l'on évoque le manque de diversité, il ne faudrait pas oublier la faible place des femmes qui ont un rôle significatif devant la caméra à Hollywood - environ un tiers des rôles, confirmait une énième étude cette semaine. C'est encore pire derrière la caméra. Sur les 109 films produits par les grands studios en 2014, seuls 3,4 % étaient réalisés par des femmes - deux étaient noires Ava DuVernay (Selma) et Amma Asante (Belle).

Le débat #OscarsSoWhite aura au moins eu le mérite de forcer l'Académie à modifier ses règles. Un membre inactif depuis 10 ans (à part ceux qui ont gagné un Oscar) gardera ses privilèges, mais ne pourra plus voter. Et le conseil d'administration mettra en place des mesures pour doubler le nombre de femmes et de gens issus des minorités d'ici 2020. C'est peu, mais c'est un pas dans la bonne direction.

L'industrie, elle, devrait peut-être regarder ce qui se fait ailleurs. La Palme d'or 2015, Dheepan, de Jacques Audiard, mettait en vedette trois Sri-Lankais: un homme, une femme et une enfant. Vous me direz que la France ne l'a pas retenu pour le meilleur film en langue étrangère? Vrai, mais elle a opté pour Mustang, long métrage qui traite du sort de cinq adolescentes sous le joug de l'oppression patriarcale. Long métrage réalisé par une femme, qui plus est.

Cette catégorie devrait faire ouvrir des yeux et les esprits. Outre Mustang, elle contient des films sur des juifs (Le fils de Saul); un chaman amazonien (L'étreinte du serpent) et un jeune bédouin (Theeb). Quand on parle de diversité...

Chose certaine, Chris Rock, qui est de retour à l'animation, ne manquera pas de matériel lors de la diffusion de la cérémonie. Il y en a plusieurs qui vont rire jaune dans la salle et dans leur salon...

Partager

À lire aussi

  • Les Oscars sous les projecteurs

    Cinéma

    Les Oscars sous les projecteurs

    La 88e soirée des Oscars, qui se déroulera dimanche, est assurément l'une des plus serrées et des plus imprévisibles des cinq dernières... »

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer