La dame à la camionnette: au point mort ***

La dame à la camionnette vaut d'abord le... (Fournie par Métropole Films)

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La dame à la camionnette vaut d'abord le détour pour Mary et son interprète Maggie Smith. Et ensuite pour la réflexion qu'il suscite sur la façon dont nous traitons les gens lorsqu'ils sont vieux...

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Le SoleilÉric Moreault 3/5

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(Québec) CRITIQUE / La dame à la camionnette (The Lady in the Van) est «une histoire quasiment vraie», nous prévient-on au début. L'écrivain Alan Bennett a accueilli une sans-abri dans sa cour, à Londres, pendant 15 ans. Il en a tiré un livre (1989), une pièce (1999) puis un scénario. Il y avait amplement matière dans cette histoire d'illuminée revêche, brillamment interprétée par la grande Maggie Smith. Sauf que le film reste trop souvent au point mort, à l'image du véhicule immobilisé dans son allée.

Le film débute en 1970 avec un accident que le spectateur ne voit pas. Il implique Mary Shepherd (Smith). En 1974, elle stationne presque perpétuellement dans une rue de Camden avec le véhicule accidenté. Bennett (Alex Jennings) s'y établit. Sans en avoir l'air, la squatteuse manipulatrice réussit à se garer chez le bienveillant célibataire.

L'histoire de ce séjour imposé et de cette amitié hors-norme est racontée du point de vue de Bennett, qui sait faire preuve d'autodérision et d'une étonnante sincérité. S'il accueille l'excentrique, ce n'est pas tant par grandeur d'âme que culpabilité - l'homosexuel à moitié dans le placard tient sa mère en perte d'autonomie à distance, puis la confie au foyer.

La vie de Mary est aussi placée sous le joug de la culpabilité, la cause de son isolement social. Mais ce traumatisme en cache un autre et bien des choses: la vieille dame a vécu plusieurs vies avant d'aboutir chez Bennett.

Il est difficile de dynamiser les écrits que le dramaturge confie à son carnet. Pour y arriver, Bennett le scénariste a eu l'idée de se dédoubler en «celui qui écrit» et «celui qui vit». L'ensemble demeure quand même statique et l'intérêt réside surtout dans ses méditations sur la maladie, la solitude, la mort, le temps qui fuit et, bien sûr, l'étouffant sentiment de culpabilité.

Car La dame... est britannique jusqu'à la caricature. Bien sûr, les personnages sont le fruit de l'époque, mais l'humour pince-sans-rire et la retenue y sont typiques jusqu'à la faute de goût. En fait, le film se révèle aussi être une étude sur la nature introvertie des Anglais. Fascinant, mais jusqu'à une certaine limite.

Nicholas Hytner est un très grand dramaturge, qui a aussi été le directeur artistique du National Theatre de Londres de 2003 à 2015. Il a quelques films à son actif, dont La chasse aux sorcières (1996), une adaptation de la pièce d'Arthur Miller. C'est lui qui a mis en scène Lady in the Van, avec Maggie Smith dans le rôle-titre.

Mais comme bien des dramaturges qui dirigent une adaptation, Hytner s'empêtre dans la réalisation, incapable de donner une plus-value cinématographique. Elle est convenue, académique et manque franchement de tonus. Il se contente de filmer platement les dialogues, en plus de se barrer les pieds dans une finale ridicule.

Bouleversante Maggie

Évidemment, il y a la bouleversante performance de Maggie Smith (le professeur McGonagall dans les Harry Potter), pas tellement éloignée, de prime abord, de celle de la comtesse douairière de Grantham dans Downton Abbey. Sa carrière est couronnée de tellement de récompenses, dont deux Oscars, que la camionnette de son personnage déborderait.

La dame de 81 ans en fait encore l'étonnante démonstration alors qu'elle laisse peu à peu le spectateur découvrir les multiples strates qui composent la détresse émotive de la sans-abri. Engoncé dans la retenue de l'auteur, Alex Jennings paraît bien fade.

Bref, La dame à la camionnette vaut d'abord le détour pour Mary et son interprète. Et ensuite pour la réflexion qu'il suscite sur la façon dont nous traitons les gens lorsqu'ils sont vieux...

***

Au générique

  • Cote: ***
  • Titre: La dame à la camionnette
  • Genre: comédie dramatique
  • Réalisateur: Nicholas Hytner
  • Acteurs: Maggie Smith et Alex Jennings
  • Classement: général
  • Durée: 1h44
On aime: la performance de Maggie Smith, la squatteuse revêche

On n'aime pas: le statisme de l'ensemble, la réalisation terne

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