Jean-Philippe Duval: la légende d'un peuple

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Le réalisateur Jean-Philippe Duval (deuxième à partir de la gauche) entouré des têtes d'affiche de Chasse-galerie - La légende, Caroline Dhavernas, François Papineau et Vincent-Guillaume Otis.

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

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(Québec) Quelque temps après que Jean-Philippe Duval eut quitté Québec pour aller étudier en cinéma, un prof lui a demandé d'adapter une oeuvre existante. Le futur réalisateur a choisi La chasse-galerie, souvent racontée par son père. L'exercice a pris de la poussière dans un tiroir, et Duval n'y a plus pensé pendant plus de 20 ans. Jusqu'à un coup de fil du producteur Réal Chabot. Une grande légende de notre patrimoine allait enfin prendre vie sur grand écran.

Chasse-galerie: la légende... (Fournie par Les Films Séville) - image 1.0

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Chasse-galerie: la légende

Fournie par Les Films Séville

À n'en pas douter, le réalisateur de 47 ans était l'homme de la situation. Son grand-père et son père étaient ingénieur forestier. Lui-même a vaguement caressé l'idée d'être travailleur forestier. Un séjour dans un camp de bûcheron, à 16 ans, l'a ramené sur terre. Ce qui ne l'empêche pas de passer le plus de temps possible dans le bois.

Le projet initial tendait vers le conte fantastique, lui a plutôt eu le goût d'en faire une légende «plus proche des faits». Et donc de son expérience. Guillaume Vigneault, avec «le père qu'il a», s'avérait un naturel au scénario. Le film est devenu le récit d'un peuple qui se bâtit, mais qui est encore sous le joug de ses superstitions et de la religion.

«J'ai voulu raconter plus qu'une histoire fantastique: une partie importante de l'histoire du Québec. J'ai voulu montrer le XIXe siècle comme on ne l'avait jamais montré au cinéma. [...] Je voulais faire un film qui soit à la fois un divertissement populaire, mais qu'il raconte aussi l'histoire pour vrai.» Un long métrage qui contient quand même de l'amour, de l'action et du suspense, ajoute le réalisateur.

Les deux hommes ont conservé certains éléments de base de la légende couchée sur papier par Honoré Beaugrand. Puis ont brodé une histoire d'amour et de désir. «Quand on résume La chasse-galerie, c'est toujours une histoire de gars et de filles. Avec un triangle amoureux, ça prenait une histoire forte.» Celle de Jos (Francis Ducharme) qui aime Liza (Caroline Dhavernas), aussi convoitée par le notaire Boisjoli (Vincent-Guillaume Otis).

Chasse-galerie - La légende ne se limite pas à ça. Le diable est Anglais, ce qui n'est pas innocent. Il y a aussi la dualité entre le coureur des bois et l'homme instruit, qui représente la tentation pour Liza. «C'était une façon de montrer qu'au Québec, en 1880, on n'était pas qu'une bande de demeurés. On avait du courage, on vivait des choses tough, mais il y avait une vie assez évoluée à Montréal. [...] Pour moi, c'était une opportunité de raconter une chasse-galerie qui n'est pas que superficielle.»

La version pleine d'atmosphères de Duval laisse beaucoup de place à l'interprétation afin que le spectateur puisse vivre l'époque. «C'était une façon de raconter la forêt, l'hiver, l'histoire simple d'un gars qui est déraciné et qui est envoyé dans le bois contre son gré, s'ennuie de sa blonde et frôle la folie. [...] J'avais envie que les spectateurs aient le feeling d'être là pour vrai. Pour moi, les bûcherons qui ont bâti le Québec étaient des héros.»

Le long métrage conserve quand même l'essentiel, deux fois plutôt qu'une: la navigation en canot au-dessus des forêts au début et à la fin du film. Entre les deux, une histoire inventée - ce qui est le propre de la tradition orale dont est issue la légende. Les vols ont bien entendu nécessité l'apport d'effets spéciaux, mais pas seulement ça: plus de 400 plans en tout.

Ce qui explique le report de la sortie, initialement prévue aux Fêtes en même temps que Star Wars - Le réveil de la force. «Le film est prêt depuis la semaine passée [rires]. Il y avait beaucoup de travail de finition à faire. On visait fin février, début mars. Je trouvais ça parfait.»

Tournage glacial

Le film doté d'un budget de 7 millions $ casse l'image romantique des chantiers des années 30. La production a plutôt recréé en Mauricie un camp identique à ceux qu'on trouvait au milieu du XIXe siècle. Le réalisateur du touchant Dédé, à travers les brumes (2007) a tourné Chasse-galerie - La légende l'hiver dernier, qui a connu son mois de février le plus froid en 115 ans. Pas particulièrement sadique en temps normal, Duval s'est réjoui d'avoir les conditions hivernales de l'époque.

Si lui avait un gros sourire dans la face, ses acteurs étaient transis de froid. Parlez-en à Vincent-Guillaume Otis, qui, avec la deuxième mouture de Série noire, s'est tapé 70 nuits de tournage et a fait «cinq sinusites»! «C'était des conditions épiques, se remémore-t-il. Mais à choisir, je préfère travailler l'hiver. Un acteur est bon quand il est en déséquilibre, quand il se bat. Tu ne fais pas semblant. L'hiver devient un personnage.»

L'épreuve a aussi inspiré Caroline Dhavernas «Ça m'a beaucoup fait penser à nos ancêtres, qui ont survécu avec beaucoup moins de confort que nous. La résilience et la force des Québécois viennent de là.»

Chasse-galerie - La légende prend l'affiche vendredi.

François Papineau... (Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve) - image 2.0

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François Papineau

Le Soleil, Jean-Marie Villeneuve

François Papineau: le malin sous des traits humains

François Papineau n'a pas hésité une seconde quand Jean-Philippe Duval lui a proposé d'incarner l'ange des ténèbres dans Chasse-galerie - La légende. Et il y a pris un malin plaisir, façonnant avec le réalisateur un personnage aux traits humains, mais aussi un archétype: celui de l'Anglais qui exploite les hommes et les ressources du Québec.

L'homme en noir s'appelle Jack Murphy. À dessein, révèle Duval. «On raconte la domination des Anglais à l'époque, qui commençaient à acheter le territoire. J'ai pas voulu en faire un diable avec du feu et des cornes. C'est un homme d'affaires britannique qui vient faire de la business et étendre sa malédiction.» A beau mentir qui vient de loin, relève François Papineau. «On est encore aujourd'hui berné par ça. Ça marche tout le temps.»

Le réalisateur a demandé à son acteur de jouer en conséquence, «à la limite comme un tueur à gages qui vient dans un village faire un contrat». L'acteur a travaillé de concert avec celui qu'il a connu avec États humains (2004-2007) et qui le dirige, dans la peau de Normand Despins, depuis 2012 dans Unité 9, aussi un rôle qu'ils ont développé. «Je sais comment il travaille», indique l'acteur.

Il fallait néanmoins que le diable soit incarné pour que Papineau puisse le jouer. «Je le vois comme un représentant du mal, qui vient et qui a une job à faire. Je le vois comme un intermédiaire qui a des comptes à rendre à un Mal supérieur, un genre d'arnaqueur.»

Presque méconnaissable

Sans que son apparence soit modifiée de façon conséquente, l'acteur est presque méconnaissable, dans une composition inquiétante et forte à la Robert De Niro dans Angel Heart (Alan Parker, 1987) - un film qu'il n'a pas vu. «Mais j'imagine que c'est parce qu'il prend le temps de jouer. C'est un luxe qu'on ne prend pas souvent. Mais il faut que tu sentes que tu as la permission de le faire et que tu la prennes. C'est ce qui va donner le petit plus à la scène.»

Le secret réside dans la spontanéité, après une bonne préparation, plaide-t-il. Et dans la confiance mutuelle. Ensuite, «tu es là pour faire apparaître quelque chose que tu ne contrôles pas nécessairement. Il faut que tu cherches, que tu te challenges et que tu n'aies pas peur de ce qui va apparaître».

Pas besoin de vendre son âme au diable. Ou au réalisateur.

Propriétaire d'une mercerie, Liza Gilbert (Caroline Dhavernas) est... (Fournie par Les Films Séville) - image 3.0

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Propriétaire d'une mercerie, Liza Gilbert (Caroline Dhavernas) est courtisée par le notaire Romain Boisjoli (Vincent-Guillaume Otis), bien qu'elle lui préfère un autre homme.

Fournie par Les Films Séville

Caroline Dhavernas et Vincent-Guillaume Otis

Une «femme forte»

Caroline Dhavernas incarne Liza Gilbert, une «femme forte» qui est propriétaire d'une mercerie. Elle a refusé une demande en mariage du notaire Boisjoli, trois ans avant les événements, parce qu'elle lui préfère Jos Lebel. Mais elle est soumise à la tentation. «Je pense que quand ça fait plusieurs mois que t'es séparée de la personne que t'aimes, tu commences à te demander, même si c'est réel dans ton coeur, si c'est bien réel au quotidien. À un moment donné, tu as quelqu'un qui prend soin de toi, qui a envie de te faire découvrir de la beauté et qui te remarque. C'est normal qu'elle soit un peu tentée.»

***

Un «bon parti»

Vincent-Guillaume Otis se glisse dans la peau du notaire Romain Boisjoli. «Je suis le penchant dans le triangle amoureux qui va faire en sorte que les deux amoureux vont se rapprocher. C'est un vilain, il va faire des choses méchantes, mais j'ai essayé de le travailler avec le plus de compassion possible. Pour que les spectateurs, à la limite, se disent: c'est un bon parti pour Liza. Il n'est pas machiavélique. Il n'attend pas la bonne occasion pour la ravir et la marier de force. Il se sent coupable. Et il aime Jos Lebel. J'ai essayé de le travailler plus dans le contraste. Je me dis que si on trouve un personnage méchant, il faut l'avoir aimé un petit peu. C'est plus intéressant quand on vit cette dualité-là comme spectateur.»

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