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Un film de 8 heures teste le courage des spectateurs à la Berlinale

Une berceuse au mystère douloureux raconte la longue quête... (AFP)

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Une berceuse au mystère douloureux raconte la longue quête de Gregoria de Jesus, une des rares femmes leader de la résistance aux forces espagnoles, pour retrouver le corps de son mari, exécuté à 33 ans en 1897.

AFP

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Agence France-Presse
Berlin

Les yeux fatigués mais enthousiastes, des centaines de cinéphiles sont finalement ressortis de... huit heures et demie de séance pour le film le plus long jamais présenté à la Berlinale.

Son réalisateur, le Philippin Lav Diaz, avait promis que la projection de son dernier opus, Hele Sa Hiwagang Hapis (Une berceuse au mystère douloureux), constituerait une «lutte» pour le public.

Mais lorsque le rideau est tombé jeudi soir à Berlin, la moitié des 1600 sièges était encore occupés et le cinéaste de 57 ans a été applaudi et félicité à coups de «bravo».

Cette oeuvre ambitieuse en noir et blanc, interrompue une seule fois pour une pause, est l'un des 18 films présentés cette année au festival du cinéma de Berlin en compétition officielle.

L'actrice Meryl Streep, qui préside le jury chargé de remettre les récompenses samedi soir, et les sept autres membres ont assisté à l'intégralité de la projection et tous les billets avaient été vendus.

Certains spectateurs, prévoyants, s'étaient munis d'oreillers gonflables, pour relever ce «test personnel de courage», selon Gerhard Reda, un réalisateur allemand amateur qui dit voir 10 à 15 films par semaine.

«Certains l'aiment, d'autres le détestent mais c'est toujours un défi», a-t-il ajouté, expliquant avoir vu d'autres oeuvres du Philippin. «Il peut faire une scène de 45 minutes où il y a juste des gens qui parlent ou marchent dans un champ», selon lui.

Considéré comme le père idéologique du nouveau cinéma philippin, il affirme qu'il «ne doit pas souffrir seul». «Je veux que le soi-disant spectateur lutte à mes côtés», a-t-il confié lors d'un entretien à l'AFP à Manille.

Enrico Cehovin, un Italien de 27 ans, a assuré que jouer de très longues heures à des jeux vidéo l'a aidé à préparer cette expérience: «Certains jeux prennent 8 à 10 heures et vous ne savez même pas comment le temps est passé, ils sont comme de longs films.»

La Berceuse, elle, est une immersion dans l'histoire - déjà - tumultueuse des Philippines à la fin du XIXe siècle, au tournant des colonisations espagnole et américaine.

Le film raconte la longue quête de Gregoria de Jesus, une des rares femmes leader de la résistance aux forces espagnoles, pour retrouver le corps de son époux Andres Bonifacio, exécuté à 33 ans en 1897 dans la montagne par une faction rivale.

À l'appui de son récit, Diaz convoque des figures légendaires comme le géant Bernardo Carpio qui retient les montagnes ou le monstre «tikbalang», corps humain et tête de cheval.

En toile de fond, l'oeuvre du héros de l'émancipation philippine, José Rizal, fusillé à 35 ans à Manille en 1896.

«J'ai entremêlé toutes ces influences pour faire ce film qui est une quête de l'identité philippine.»

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