Les prix Jutra changeront de nom

L'organisme Québec Cinéma a annoncé mercredi qu'il changerait le nom du gala... (Infographie Le Soleil)

Agrandir

Infographie Le Soleil

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
<p>Ian Bussières</p>

(Québec) L'organisme Québec Cinéma a annoncé mercredi qu'il changerait le nom du gala des prix Jutra, qui récompensera le 20 mars les artisans du cinéma québécois. Les révélations, quelques heures plus tôt dans La Presse, d'un homme qui aurait été victime d'agressions sexuelles répétées de la part du cinéaste Claude Jutra depuis l'âge de six ans ont pesé lourd dans cette décision.

«À la lumière de la publication d'un témoignage d'une infinie tristesse [...] et dans la foulée de la parution d'une biographie de Claude Jutra, Québec Cinéma changera le nom de la soirée de remise de prix récompensant le travail des artistes et des artisans du cinéma québécois», a annoncé en point de presse le président du conseil d'administration de Québec Cinéma, Patrick Roy.

La décision aurait été prise tôt mercredi matin, soit peu après la parution dans La Presse du témoignage de Jean (prénom fictif), qui racontait comment il avait subi durant 10 ans les caresses sexuelles, masturbations et fellations du cinéaste qui était un ami de sa famille.

«Notre rôle n'est pas de commenter ces révélations, mais avec la nature des derniers développements, ce changement de nom est nécessaire. Nous sommes profondément bouleversés par le témoignage que nous avons lu ce matin et nous tenons à souligner le courage dont a fait preuve cette victime présumée. On ne pouvait proposer autre chose que cette décision à notre conseil d'administration qui l'a entérinée à l'unanimité», poursuit M. Roy.

Quant au nouveau nom du gala, diffusé à Radio-Canada, et du trophée qui y sera remis, la directrice générale de Québec Cinéma, Ségolène Roderer, a affirmé que ces éléments seraient révélés lorsque l'organisation aurait pris une décision qui sera basée sur la suggestion d'un comité formé lundi. Le trophée dans la forme qu'on a connue par le passé ne pourra cependant pas être remis cette année.

La ministre satisfaite

La décision a réjoui la ministre de la Culture, Hélène David, qui avait demandé plus tôt dans la journée à Québec Cinéma de rayer le nom de Jutra en raison du «geste pédophile totalement insoutenable» que la victime présumée attribue au cinéaste décédé en 1986.

«C'est une sage décision», a-t-elle déclaré en point de presse à sa sortie du Conseil des ministres, ajoutant toutefois qu'elle n'allait pas empêcher la diffusion ou l'enseignement des oeuvres de Jutra. «C'est un créateur qui a une oeuvre, ce qui ne veut pas dire qu'il y a des lieux et qu'il y a des choses qui sont nommés en son nom. Alors les gens feront après ça ce qu'ils voudront du côté artistique. Je ne m'en mêlerai certainement pas du côté de l'appréciation du créateur.»

Montréal, Québec, Lévis, Saint-Bruno-de-Montarville et Candiac ont confirmé, mercredi, qu'elles retireraient tous leurs toponymes au nom de Claude Jutra alors que Blainville et Repentigny ont indiqué qu'elles prendraient une décision sous peu.

Incrédulité

Dans la communauté artistique, plusieurs personnes qui ont côtoyé le défunt cinéaste étaient encore incrédules mercredi, malgré le témoignage de Jean, quant aux décisions qui équivalent à faire disparaître la mémoire de Claude Jutra.

«Je suis très triste, je suis en deuil pour un bout de temps! C'est dommage qu'on change le nom des Jutra, car je ne suis pas sûre de ce que dit ce garçon-là», a déclaré au Soleil la comédienne Monique Mercure, maintenant âgée de 85 ans et que Jutra a dirigée dans À tout prendre, Mon oncle Antoine, Pour le meilleur et pour le pire et La dame en couleurs.

«Oui, Claude aimait les garçons, c'est sûr. Mais le témoignage, je ne peux pas le croire. Moi, j'ai des enfants, et Claude venait à la maison et il ne s'est jamais rien passé comme ça. Qu'on ressorte ça, je trouve ça déplorable. Ça fait quand même 30 ans qu'il est mort!» poursuit-elle.

Rita Lafontaine, qui a joué dans Kamouraska et La dame en couleurs, parle de son côté de «véritable chasse aux sorcières». «Je n'aime pas donner mon opinion là-dessus. Il y a trop d'émotions liées à ça de la part du public. J'ai vu ça sur Facebook et ce n'est pas joli, ces opinions. Ça va trop loin», a déclaré celle qui dit garder un bon souvenir du cinéaste. «Il a toujours été d'une grande courtoisie avec moi.»

Quand à Serge Evers, qui a été figurant dans Mon oncle Antoine à l'âge de huit ans, il assure n'avoir jamais été victime d'abus de la part de Jutra, qui lui rendait visite à Thetford Mines et lui apportait des cadeaux chaque année après le tournage du film en 1970. «Je n'ai jamais eu connaissance de gestes déplacés de sa part. Je ne le connaissais pas du tout comme ça, alors ça a été tout un choc quand j'ai lu ça dans les journaux ce matin», a-t-il déclaré au Soleil.

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer