Le Petit Prince: réinventer un classique ***1/2

Une petite fille qui vient de déménager rencontre... (Fournie par Les Films Séville)

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Une petite fille qui vient de déménager rencontre un vieil excentrique - l'aviateur de la fable de Saint-Exupéry - qui habite la maison d'à côté et envoie des avions de papier sur lesquels il raconte sa rencontre avec le Petit Prince.

Fournie par Les Films Séville

Le SoleilÉric Moreault 3/5

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(Québec) CRITIQUE / La relecture audacieuse du Petit Prince par Mark Osborne va certainement choquer les puristes. Le réalisateur américain y a greffé une histoire contemporaine qui encadre le célèbre récit d'Antoine de Saint-Exupéry. Libéré du poids de l'histoire, au propre comme au figuré, il livre un film d'animation coloré et plein de fantaisie qui relaie les constats de l'aviateur sur le monde des adultes tout en l'ancrant solidement dans notre réalité.

L'équipe du long métrage a construit son histoire autour d'une petite fille brillante qui doit réaliser le projet de vie de sa mère ambitieuse «où rien ne sera laissé au hasard», en commençant par être admise à la plus prestigieuse école de la ville. Le duo démé­nage à proximité, dans une maison moderne carrée et froide, semblable à toutes les autres. Sauf la bigarrée et colorée maison d'à côté, qui abrite un vieil excentrique - l'aviateur de la fable de Saint-Ex.

L'original envoie des avions de papier sur lesquels il raconte sa rencontre avec le Petit Prince, échappé de son astéroïde B-612. Avec cette mise en abyme, le film va monter en parallèle les deux récits, celui de la petite fille rationnelle qui doit réapprendre à être une enfant et celui de ce Petit Prince qui invite les adultes à retrouver l'enfant en soi.

Pour son récit primaire, Osborne a choisi une animation 3D par ordinateur qui ne se distingue pas outre mesure. Mais pour l'histoire du Petit Prince, le réalisateur de Kung-fu panda a opté pour une animation image par image (stop-motion) en papier mâché qui restitue les aquarelles originales et insuffle une dose de poésie qui commençait à faire cruellement défaut.

Ce procédé illustre bien le contraste entre la vie de mouton de la petite fille et de sa mère et celle plus anarchique incarnée par l'aviateur. Il est beaucoup question de transmission dans ce film, ainsi que de liberté, d'espoir, d'amitié, d'amour, mais aussi de solitude, de révolte et de la mort.

Pour l'essentiel, le film respecte le récit dont il s'est inspiré. Tout en prenant certaines libertés qui sont bienvenues dans les circonstances. Il n'y a pas d'intérêt à adapter une oeuvre au cinéma si c'est pour la refaire à l'identique et, surtout, si elle ne témoigne pas du monde dans lequel nous vivons maintenant. La nostalgie fige l'oeuvre et paralyse la réflexion.

La petite fille est donc tiraillée entre la vision carriériste de sa mère et celle plus fantaisiste de l'aviateur (un père de substitution). Elle fait le lien entre ces deux mondes et il n'est pas innocent que la femme et le vieil homme lui disent chacun qu'elle fera une adulte formidable. Elle doit grandir, mais tout en conservant son coeur d'enfant et sa capacité de rêver, suggère Osborne. C'est l'essentiel du message de Saint-Exupéry.

Cette version originale n'est pas exempte de défauts. Elle traîne en longueur bien qu'elle ait éliminé certains personnages de l'original, mais les principaux, du Renard au Serpent en passant par la Rose, y sont. Certains passages plus mélos vers la fin sont racoleurs.

Mais pour l'essentiel, c'est une belle réussite, notamment pour la dernière partie dont la folie fait penser à Brazil (Terry Gilliam). Mark Osborne a su résister à la tentation de prémâcher l'oeuvre pour les tout-petits, conservant intactes les métaphores du Petit Prince. C'est la meilleure façon d'inviter les enfants, petits et grands, à se replonger sans cesse dans l'oeuvre pour la décoder. Après tout, l'essentiel est invi­sible pour les yeux.

Bande-annonce

=> Au générique

  • Cote:  *** 1/2
  • TitreLe Petit Prince
  • Genre: animation
  • Réalisateur: Mark Osborne
  • Classement: général
  • Durée: 1h48
On aime: la volonté de réinvention, la poésie du «classique», la fantaisie

On n'aime pas: certaines longueurs, un ton moralisateur

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