La relâche sur grand écran

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(Québec) La semaine de relâche, qui approche à grands pas, est propice aux films familiaux. À preuve, Le Petit Prince, Avril et le monde truqué et Belle et Sébastien, l'aventure continue prennent l'affiche dans l'espoir de faire le plein de cinéphiles petits et grands. Lisez nos entrevues avec les créateurs de ces trois films qui ont tous un petit côté québécois.

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Dans ce deuxième volet, Sébastien (Félix Bossuet) fait la rencontre de son père (Thierry Neuvic), qui était absent depuis sa naissance.

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BELLE ET SÉBASTIEN, un défi taillé sur mesure pour Christian Duguay

Christian Duguay est un homme satisfait. Des films familiaux comme Belle et Sébastien, l'aventure continue, «il n'y en a pas une tonne». Et celui-là est «très réussi», estime le réalisateur québécois, qui fait maintenant carrière en Europe. Le pire, c'est qu'il n'était même pas intéressé quand on lui a proposé alors qu'il avait toutes les raisons de l'être...

Faire une suite, très peu pour lui. Mais Duguay, 59 ans, était un fan fini de la série télé quand il était au primaire - son fils ne s'appelle pas Sébastien pour rien. Il peut même encore entonner la chanson du générique, foi de journaliste. Alors, ça l'a «titillé».

La pression était là : le premier volet réalisé par Nicolas Vanier a obtenu trois millions d'entrées en France seulement. Mais une fois qu'il a accepté, il a saisi l'occasion: «Toute ma famille [il a quatre enfants, de 8 à 28 ans] travaille dans le film.»

Mais encore fallait-il qu'il puisse mettre son grain de sel dans cette deuxième mouture, qu'il voulait moins contemplative. Pour pousser la chose plus loin, il a mis l'accent sur la quête du père. Dans ce récit, Sébastien fait la rencontre de celui qui était absent depuis sa naissance. Avec cet homme indépendant et un peu trafiquant, le garçon et sa fidèle chienne doivent retrouver une disparue au milieu d'un incendie de forêt.

Vont-ils réaliser qu'ils sont père et fils? «C'est l'une des lignes fortes du film.» Et un thème qui revient souvent dans son oeuvre, reconnaît-il. «C'est un truc qui me parle, sans que je sache trop pourquoi. Les problèmes d'identité sont beaucoup liés au père chez les garçons, même si on l'idéalise ou qu'on le critique beaucoup. C'est très complexe. Mais il y a toujours une identification qui définit les gens.»

Reste que le réalisateur devait quand même respecter le cadre général de l'oeuvre de Cécile Aubry. «C'est un film qui ne prétend pas être autre chose que ce qu'il est.» Un film d'aventures pour la famille, donc. «Je suis content du résultat parce que les gens passent un bon moment. Mais ce n'est pas qu'un film d'action, il y a aussi de l'émotion et des vrais rapports humains. Tout le monde y trouve son compte.»

L'aventure continue est une ode à la nature, magnifiquement filmée par Duguay. Le cinéaste a notamment profité du fait que le père de Sébastien est aviateur pour livrer plusieurs plans aériens des Alpes. Sur le plancher des vaches, il s'est assuré qu'il y ait une véritable complicité entre l'enfant et son chien. «Je ne voulais pas faire de Belle un chien savant.»

Il a pu compter sur l'aide de Félix Bossuet, l'interprète de Sébastien. Il n'a que de bons mots pour le jeune acteur, qui devait beaucoup interagir avec les quatre chiens utilisés pour Belle, tout en gardant sa concentration sur la scène à jouer.

Christian Duguay s'est aussi servi de leur première rencontre, alors que le garçon l'a regardé avec une certaine méfiance. Cette attitude et la période d'adaptation subséquente ont inspiré le réalisateur pour le diriger dans la relation qu'il entretient, au début, avec son père inconnu (Thierry Neuvic).

Parlant d'éloges, Neuvic et Tchéky Karyo (voir autre texte) ont beaucoup apprécié la proximité de Duguay, qui manoeuvre lui-même la caméra. «Ça fait 30 ans que je fais ça et je ne sais pas comment faire autrement. Je cadre de façon intuitive et c'est complètement en phase avec les acteurs. C'est lié à la mise en scène et non pas à l'esthétique.»

Avec le recul, Christian Duguay est convaincu qu'il a pris une bonne décision en réalisant ce film. «C'est une bouffée d'air frais. C'est pour ça que je suis content. On a besoin de ce genre de film au cinéma, qu'il faut voir sur grand écran.»

Belle et Sébastien, l'aventure continue prend l'affiche vendredi.

Un premier scénario

Lorsque Le Soleil l'a joint, Christian Duguay était en plein montage d'Un sac de billes, d'après le célèbre roman de Joseph Joffo. Sa version, dit-il, n'a rien à voir avec celle de Jacques Doillon (1975), qui était passé à côté du propos et du livre, selon l'auteur. Le réalisateur québécois lui a proposé son adaptation de son récit sur l'Holocauste vu par les yeux d'un garçon qui fuit les nazis dans la France occupée. «Je me suis demandé ce qu'on pouvait faire pour se différencier. Déjà le livre est fascinant. J'y ai vraiment trouvé mon compte.»

Sa proposition, écrite avec Benoît Guichard (Cadavres d'Érik Canuel), a séduit Gaumont, qui a rapidement donné le feu vert. La veille, le réalisateur a vu une première version. «C'est un très, très bon film» auquel Patrick Bruel et Elsa Zylberstein prêtent leur talent. Il en est d'autant plus fier qu'il s'agit du premier scénario qu'il tourne dont il a défini toute la structure. Christian Duguay prévoit terminer au début de l'été afin que son long métrage soit présenté au Festival de Toronto (TIFF).

Le réalisateur a aussi dans ses cartons une autre collaboration avec Guillaume Canet, qu'il a dirigé dans Jappeloup (2013), ainsi que Rebelle sans frontières. Ce film, qu'il développe depuis plusieurs années, porte sur la vie du travailleur humanitaire québécois Marc Vachon. Son projet fétiche «n'est pas facile à monter. J'attends le moment opportun».

«On fait passer des valeurs assez cool. C'est... (Photo fournie par Les Films Séville) - image 4.0

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«On fait passer des valeurs assez cool. C'est agréable de faire des films pour le grand public», raconte Tchéky Karyo, qui joue le rôle de César, le vieil homme qui a adopté Sébastien (à droite).

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Deux fois le père

Le deuxième tome de Belle et Sébastien se déroule deux ans après le premier. L'orphelin vit avec le vieil homme qui l'a adopté et qui n'est pas très heureux de voir le père se pointer dans le décor. Même s'il est moins présent, Tchéky Karyo a repris avec plaisir son rôle de César.

«On fait passer des valeurs assez cool. C'est agréable de faire des films pour le grand public. J'adore le cinéma d'auteur, mais je trouve ça génial quand on a un produit qui fait du bien», explique l'acteur, rencontré à Paris le mois dernier. Thierry Neuvic, qui joue le père de Sébastien, abonde dans le même sens. «Quand on fait un film, c'est pour qu'il soit vu. Quand on a conscience que le premier a attiré autant de gens, on sait que ça va fonctionner. C'est un plaisir, évidemment.»

Ce qui permet d'avoir du coeur à l'ouvrage, même si le tournage a été très physique. Mais «c'est presque plus facile de jouer la comédie quand on est en prise directe avec la nature. On ne triche pas. De la même façon, c'est carrément génial de jouer avec un enfant. Il n'a pas d'agenda particulier. Il faut juste être en forme», rigole Tchéky Karyo. Son collègue est d'accord, mais Thierry Neuvic avait un avantage: comme il vit en Corse, il a l'habitude des randonnées. «Je n'avais pas de grands efforts à faire pour m'adapter à la montagne.»

Le premier film se déroulait dans un contexte historique très chargé, celui de l'occupation pendant la Seconde Guerre mondiale. Pas cette fois. «Pour certains, ça peut manquer, estime Tchéky Karyo. Comme c'était le premier, il y avait un désir de la part de Nicolas [Vanier, le réalisateur] d'être dans la filiation et de recréer l'esthétique, le style, les costumes, tout ça. Ça permettait de garder un contact avec l'origine. Là, je pense qu'il y a cette perspective de retrouver le père qui va au-delà de la simple dimension d'entertainment.»

Car ce qu'il y a de particulier dans ce film, c'est que le père ignore qu'il a un fils. Jusqu'à ce que Sébastien fasse irruption dans sa vie. «Quand il découvre cette paternité sur le tard, c'est un choc extrêmement violent. Avec tout ce que ça comporte : la culpabilité, l'incompréhension... C'est une découverte de lui-même à travers les yeux d'un enfant qui le bouscule. C'était beau, ce rapport qui s'établit pendant une quête», souligne Thierry Neuvic.

Les deux hommes se prêtent au jeu de l'entrevue avec beaucoup de plaisir et dans une atmosphère de franche rigolade. Outre ce film, ils ont en commun d'être arrivés tardivement dans le métier d'acteur, mais d'y avoir été initié par la famille.

Thierry Neuvic avait un oncle très cinéphile «qui m'amenait voir quatre films par semaine et qui me réveillait la nuit pour regarder le ciné-club. Je me tapais des films sans arrêt. Mais c'était pas les acteurs qui m'intéressaient, plutôt la mise en scène.» Ce n'est qu'à la fin de l'adolescence, alors qu'il suit un petit cours de théâtre, qu'il a la piqûre et qu'on remarque son talent. À 45 ans, il a plus joué à la télé qu'au cinéma, mais il a un rôle principal dans Belle et Sébastien.

Quant à Tchéky Karyo, c'est son père qui a initié le solide acteur (Nikita, Jappeloup) au cinéma. «J'adorais regarder avec mon père, car il critiquait constamment. Il disait : lui regarde, on ne croit pas à ce qu'il fait, il triche. Lui, c'est bien», raconte-t-il avec l'accent turc, déclenchant des éclats de rire à la ronde. Mais c'est aussi son paternel qui a retardé sa carrière. L'homme de 62 ans a fait des études pour lui plaire. «Mais j'ai tout laissé tomber pour être acteur. C'était plus fort que moi. Ça me brûlait.»

*Les frais de ce reportage ont été payés par Unifrance.

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AVRIL ET LE MONDE TRUQUÉ, histoire parallèle

Il en aura fallu du temps à Franck Ekinci et à Christian Desmares pour concrétiser Avril et le monde truqué. Huit longues années pour créer cet extraordinaire univers rétrofuturiste inspiré de l'oeuvre du bédéiste Tardi. Un dur labeur couronné par un prix prestigieux, mais victime des circonstances. Au grand dam des réalisateurs, le film a pris l'affiche tout juste avant les attentats du 13 novembre à Paris... Ils espèrent maintenant un meilleur sort à l'international, dont ici, surtout que des acteurs québécois leur ont prêté leur voix.

Jacques Tardi, l'auteur des Aventures extraordinaires d'Adèle

Blanc-Sec, a proposé l'idée originale et s'est impliqué dans le processus créatif avant de confier la barre aux deux hommes, qui réalisent leur premier long métrage.

Ils ont imaginé tout un univers cohérent avec le style graphique de Tardi basé sur ce qu'on appelle l'uchronie : une histoire parallèle qui dévie de la nôtre à la suite d'un élément déclencheur. «Avec ses influences cinématographiques, on a puisé dans un cinéma classique des années 40-50. C'est plutôt l'intrigue qui va maintenir le spectateur en haleine et non pas la forme virtuose. Tardi ne ferait jamais ça», estime Christian Desmares. «On souhaite déjouer les attentes du spectateur au fil du récit [...] en cassant un petit peu les jouets classiques du film d'aventures», ajoute son comparse.

Ce long métrage d'animation singulier met donc en scène Avril et son chat parlant Darwin, en 1941, dans un monde radicalement différent de ce que nous avons connu. Depuis 70 ans, les savants disparaissent mystérieusement, ce qui prive le monde d'inventions capitales et d'une découverte possiblement révolutionnaire. La jeune femme se lance à la recherche de ses parents scientifiques et tente de résoudre l'énigme de ce monde truqué. Elle devra bien sûr affronter des méchants, dont on vous laisse le plaisir de la découverte.

Avant sa sortie en France, ce film rempli d'imagination sur le thème des dérives scientifiques dangereuses et à l'iconographie extrêmement riche a remporté le Cristal du meilleur long métrage du Festival international d'Annecy, le Cannes de l'animation. Malgré ça et des critiques très favorables, il n'a pas eu le succès escompté. Après les attentats au Bataclan et ailleurs à Paris, les spectateurs ont déserté les salles. «Les attentats n'ont pas arrangé les choses», constate Christian Desmares.

Distribué dans plusieurs pays

Heureusement, le film sera distribué dans plusieurs pays, dont ici. «Vous êtes notre espoir, aidez-nous, lance à la blague Franck Ekinci. On n'est pas Spectre ou Star Wars. On sait que ce sera modeste et confidentiel. Mais ça peut infuser sur le long terme. On se console, vous savez.»

D'autant que les deux hommes ne savaient pas dans quelle aventure fastidieuse ils se lançaient pour illustrer ce récit. «Si on en dit trop, il n'y a plus de mystère, si on n'en dit pas trop, on risque la confusion. C'est une histoire très touffue, très exubérante, qu'on a essayé de rendre le plus lisible possible. Du coup, il fallait contextualiser. On s'est pris la tête», confie Franck Ekinci.

Tellement riche, en fait, que «si on avait dû tout illustrer, on aurait eu un film de 2 heures 30. Il a fallu trouver des astuces pour que ça se tienne», témoigne Christian Desmares. Ce luxe de détails, en phase avec ce monde truqué et détraqué, va jusque dans l'incarnation de vrais savants (Einstein, Tesla, etc.) et leurs citations célèbres. Les deux hommes se sont adjoint une journaliste scientifique pour rendre le tout crédible et basé sur les connaissances. «On est allé jusqu'au bout de la réflexion.»

L'équipe qui entoure Avril et le monde truqué ne ménage pas ses efforts pour donner la visibilité qu'il mérite au film. Casterman en a tiré un très beau livre jeunesse, maintenant disponible au Québec. Un jeu interactif vraiment bien fait, pour ordi et tablette, accompagne la sortie du long métrage, vendredi (ici.radio-canada.ca/avril).

Et qu'est-ce qu'on fait après tant d'années d'efforts? «On va se coucher», blague Franck Ekinci.

Nécessité fait voix

Comme à peu près tous les films d'animation au budget bien doté (14 millions $), Avril et le monde truqué mise sur des acteurs connus pour prêter voix aux personnages : Marion Cotillard, Philippe Katerine, Jean Rochefort... Mais coproduction oblige, on retrouve aussi Marc-André Grondin, Macha Grenon et Benoît Brière.

«[Marc-André] Grondin arrive assez bien à prendre l'accent français», indique Christian Desmares pour expliquer le choix du Québécois pour jouer Julius, petit bum que s'amourache d'Avril et l'accompagne dans sa quête.

Les acteurs ont enregistré les voix avant l'animation. «On avait le story-board, mais on a décidé de ne pas leur montrer pour ne pas les influencer, pour voir comment ils allaient s'approprier leur personnage», explique le coréalisateur.

«C'est très inspirant quand on a les voix définitives et qu'on est sensible à leur musicalité. Ça peut donner des idées spécifiques de jeu et de personnage et à des choses auxquelles on n'aurait pas pensé forcément.»

Il n'y a pas que des voix québécoises dans ce film. Il y a aussi les images. Tout comme Le petit prince de Mark Osborne, Avril et le monde truqué a été produit en grande partie à Montréal.

Sensible au fait que les femmes «sont sous-représentées... (Photo fournie par Les Films Séville) - image 7.0

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Sensible au fait que les femmes «sont sous-représentées dans notre cinéma», Mark Osborne a décidé de choisir une fille comme personnage principal. 

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LE PETIT PRINCE, s'il vous plaît... dessine-moi un film!

Mark Osborne jugeait impossible d'adapter Le Petit Prince d'Antoine de Saint-Exupéry. Il a donc transposé sa propre vision dans un long métrage d'animation. Depuis, il est terrifié par son audace. Le Soleil a profité de son passage à Montréal, où a été produit le film, pour discuter de ses angoisses, de son immense respect pour l'oeuvre et du surprenant acteur qui a prêté sa voix pour incarner le blond garçon échappé de son astéroïde B-612.

Q    Pourquoi avez-vous voulu adapter la célèbre fable?

R    On me l'a proposé - je n'en aurais jamais eu l'audace. J'ai dit non. J'ai toujours cru qu'une stricte adaptation était impossible parce que l'histoire vit dans l'imaginaire du lecteur. Puis j'ai réalisé qu'on pouvait raconter une histoire sous cet angle et donner une nouvelle vie au livre surtout pour ceux qui n'auraient pas été mis en contact avec celui-ci autrement. [...] C'est une façon d'adapter le livre et de montrer son impact sur nos vies.

Q    C'est un choix risqué. Aviez-vous peur de la réception?

R    Je vis dans la peur et la terreur absolues depuis cinq ans et demi. J'ai passé neuf mois à penser à une façon appropriée de protéger le livre et de la faire adéquatement. J'ai donc créé une sorte d'armée d'une centaine d'artistes et de techniciens qui aiment le livre, voulaient l'honorer et étaient prêts à oeuvrer coeur et âme pour lui rendre hommage. J'y ai vu une opportunité de raconter une plus grande histoire en utilisant les thèmes du livre et ce qu'il signifie quand on le lit.

Q    À cet égard et en sachant la place qu'il occupe dans la culture française, le présenter au Festival de Cannes en mai dernier représentait-il une bénédiction ou une malédiction?

R    J'ai toujours été extrêmement préoccupé sur la façon dont les Français allaient me percevoir, étant donné que je suis Américain. J'espérais que ma distance objective me donne un point de vue unique. Mais je savais qu'il serait impossible de plaire à tout le monde, surtout les Français [rires]. Je rigole, mais cette première était extrêmement stressante, surtout avec les héritiers Saint-Exupéry dans la salle. Avec autant de pression, je voulais seulement m'en sortir sans me faire huer. Mais nous avons eu une ovation. Il y a eu des critiques négatives, bien sûr. Mais je crois que ma job était d'être audacieux et de prendre des risques - comme ce livre non conventionnel. J'ai essayé très fort de faire la même chose sur le plan cinématographique.

Q    Parlons de risques. L'un de ces gros paris était d'adapter le livre comme tel en utilisant l'animation image par image, ce qui contraste avec l'animation du reste du film en 3D. Pourquoi?

R    Le stop motion est mon premier amour. Pour moi, c'était une façon de traduire l'âme du récit. Mais je n'aurais jamais eu l'opportunité de réaliser tout le long métrage en stop motion bien que j'aurais adoré. Trop difficile d'obtenir du budget. Mais l'idée d'utiliser la 3D et le stop motion ensemble s'est révélé parfaite pour illustrer la différence entre être un adulte et un enfant, une parfaite métaphore. L'imagerie par ordinateur représente cette petite fille prisonnière d'une société adulte alors que nous avons le monde de l'imaginaire décrit par l'aviateur en stop motion. C'est un commentaire satirique sur l'industrie moderne de l'animation. Le nombre de fois où je me suis fait fermer la porte au nez en mentionnant stop motion... C'est pourtant un médium très versatile et émouvant.

Q    Choisir une petite fille comme personnage principal est un autre risque que vous avez pris...

R    Pour raconter une histoire de façon significative, on cherche toujours les contrastes. Pour moi, cette histoire plus large à propos de son expérience du récit représentait un équilibre pour illustrer la puissance des thèmes. Je suis aussi très sensible au fait que les femmes sont sous-représentées dans notre cinéma, en particulier dans les films d'animation, à part chez [Hayao] Miyazaki. Je voulais aussi que le [long métrage] représente l'expérience de la lecture de ce livre, qui est le coeur battant de notre film.

Q    Vous dites, au fond, que les thèmes abordés par Saint-Exupéry sont toujours aussi pertinents?

R    Absolument. Plus de 70 ans après sa publication, il [le livre] garde toute sa pertinence parce qu'il aborde ce qui fait de nous des humains, l'amour, l'amitié, la solitude, le deuil, ce que ça représente grandir et devenir un adulte... Le fait qu'il soit juste assez ambigu pour créer un dialogue contribue à sa magie. Si notre film peut amener plus de gens à le lire, je crois que nous avons fait notre travail.

Q    Doit-on envisager le troisième acte comme une critique de notre monde actuel?

R    Pour moi, il représente l'anxiété de la petite fille. En fait, mon anxiété, petit, d'être adulte et d'avoir un travail de neuf à cinq, ce genre de truc. C'est une représentation cauchemardesque de ce que représente la vie d'un adulte du point de vue d'un enfant. C'est ce qui m'a frappé la première fois que j'ai lu Le Petit Prince. J'ai essayé de traduire ces éléments du livre, la façon dont Saint-Exupéry parle du monde d'adulte dans lequel vit l'aviateur. Chaque petite chose dans le film, même la plus folle, prend sa source d'inspiration dans un mot, une phrase, une idée du livre.

Q    Pourquoi avoir choisi Montréal comme lieu de production?

R    Pour plusieurs raisons, notamment en raison de la coproduction et du talent des animateurs. Mais aussi parce qu'il y a beaucoup de femmes animatrices - je n'ai jamais vu ça aux États-Unis. Ça donnait un aspect unique et féminin au personnage de la petite fille.

Q    Comment en êtes-vous arrivé à choisir votre fils, Riley, pour la voix du Petit Prince?

   Au début du processus, je n'avais pas les acteurs. Ma fille interprétait la petite fille, ma femme la mère, j'étais l'aviateur et mon fils le Petit Prince. Ce qui est absolument incroyable, c'est que nous avons capturé un moment unique avec Riley. Après, on n'a trouvé personne qui était meilleur que lui. Tout le monde aimait le son de sa voix, de son rire en particulier. Ça s'est produit accidentellement et de façon très organique. En passant, c'est ma fille qui a servi d'inspiration pour la petite fille. Elle a une dédicace de petite muse dans le générique.

Le Petit Prince est présentement en salle.

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