Jacques Audiard, les héros inconnus

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Le réalisateur Jacques Audiard a remporté la Palme d'or du Festival de Cannes, en mai dernier, pour son film Dheepan.

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(Québec) Jacques Audiard a créé une certaine surprise en remportant la Palme d'or du 68e Festival de Cannes. Après tout, Dheepan, tourné sans vedette et à petit budget, raconte l'histoire de trois Sri Lankais qui fuient la guerre avant de se retrouver dans une cité française contrôlée par les trafiquants de drogue. Et pourtant... il s'agit d'un film courageux qui place l'humain au centre de sa réflexion sur l'immigration - ce qui est furieusement d'actualité. Quatre mois plus tard, au Festival de Toronto (TIFF), le grand cinéaste était revenu de ses émotions lorsque Le Soleil l'a rencontré pour discuter de sa passion pour les gens, de son désir de se renouveler sans cesse et de son projet de... western!

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Dheepan raconte l'histoire de trois Sri Lankais qui fuient la guerre avant de se retrouver dans une cité française contrôlée par les trafiquants de drogue.

Photo fournie par le Festival de Cannes

Q Vous ne voulez pas que Dheepan soit associé à la crise des migrants. Pourquoi?

R D'une part, je déteste l'opportunisme. D'autre part, c'est un projet qui remonte à loin. La question ne se posait pas dans ces termes-là. En fait, mes personnages parlent d'intégration alors que les personnes qui atterrissent sur les plages nous parlent de survie. Dans le développement, je suis passé par plusieurs phases et j'ai failli arrêter. Il y avait trop de rapports avec Un prophète [Grand prix du jury à Cannes en 2009].

Q Avec ce film, vous avez voulu donner un visage à ces gens qui cherchent à se réinventer ailleurs, non?

R Bien sûr. Je voulais prendre des gens qui n'ont pas de visage, pas de nom, et en faire des héros de cinémascope. Ces gens qui nous vendent des roses ou des babioles et qu'on chasse du revers de la main, ces gens-là ont eu plusieurs vies qu'on ignore. Et si c'était des héros?

Q Qu'est-ce qui vous intéressait dans l'intégration?

R Ça rejoint plusieurs thèmes que je développe régulièrement, qui ont à voir avec la pédagogie. Qu'est-ce que vous demande d'abandonner une société, qu'est-ce qu'elle vous donne en échange? En France, la laïcité, ça marche formidablement bien quand la société est vraiment méritocratique et que les richesses se redistribuent normalement. Mais sinon? Ce qui se passe aujourd'hui, c'est ce qui va composer la société de demain. Est-ce que l'Occident va réussir à penser cet avenir? Je trouve qu'on vit une période insensée, extraordinaire. De façon un peu cynique, je pourrais ajouter que [l'intégration], c'est toujours une dramaturgie intéressante.

Q Pourquoi avoir choisi des Sri Lankais alors qu'ils auraient pu être de n'importe quelle autre partie du monde?

R Mais ils sont de n'importe quelle partie du monde (rires). Je ne voulais pas qu'ils proviennent d'un territoire francophone. Je ne voulais pas qu'ils partagent la langue. Ensuite, c'est mon coscénariste Noé Debré qui m'a parlé de ce conflit largement inconnu. Ça m'a intéressé d'aller vers quelque chose que je ne connaissais pas du tout.

Q Depuis quelques films, et c'est encore plus frappant avec Dheepan, votre propos est plus social.

R Je m'intéresse au monde. L'usage que j'imagine être celui du cinéma c'est, en gros, de produire des images qui restent un peu, de trouver la modernité. Le propos de Dheepan réside dans son énoncé même. On va faire un film de 7 millions d'euros, avec des acteurs tamouls. Vous allez voir des producteurs et vous allez avoir un franc succès (rires).

Q Ces gens qui vous intéressent, ce sont surtout des laissés pour compte?

R Je ne sais pas. Ce qui m'intéresse au premier chef, c'est ce qui n'est pas moi. Parfois, je suis un peu fatigué du casting franco-français. J'ai travaillé avec des acteurs que j'ai adorés mais, parfois, je me sens un peu à l'étroit. Le cinéma doit faire jaillir autre chose, d'autres visages, d'autres sons, des choses que je ne comprends pas.

Q Est-ce que c'est la raison pour laquelle vous voulez tourner un film en anglais, un western qui plus est?

R Vous mettez le doigt dans la plaie, je vous remercie (rires). Plus sérieusement, je m'interroge sur ce qu'est tourner un western aujourd'hui. Est-ce que c'est une attitude post-moderne? Ça dit quoi, à quelle fin? Quelle est la pertinence? En poussant loin le bouchon, je peux me dire, un western, n'est-ce pas ce que tu viens de faire avec Dheepan? Il y a des acteurs et des actrices américains qui me font envie. Mais j'aimerais être plus sûr de moi.

Q Avec Les frères Sisters de Patrick deWitt, c'est la deuxième fois que vous adaptez un auteur canadien, après Craig Davidson pour De rouille et d'os (2012). Un hasard?

R C'est étonnant. Patrick est Canadien? C'est un hasard (rires).

Dheepan prend l'affiche vendredi.

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