Claude Lelouch, les hasards de la vie

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Claude Lelouch

AFP, JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN

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(Paris) À 78 ans, Claude Lelouch en paraît facilement 10 de moins. Le succès d'Un + une l'a ragaillardi. Il faut dire que même avec 45 longs métrages au compteur, l'homme entretient une relation amour-haine avec la critique et le milieu du cinéma. Retour sur une conversation douce-amère avec un des plus illustres représentants du cinéma français.

«Ça fait 50 ans qu'on me fait payer mes deux Oscars et ma Palme d'or. Les vainqueurs sont là pour rassurer les imbéciles. Ça m'a permis de faire 45 films.» Toujours aussi affable en entrevue, Claude Lelouch ne perd même pas son sourire lorsqu'il se remémore les «retombées» du succès d'Un homme et une femme. «Je n'ai jamais eu beaucoup de tendresse pour l'intelligentsia.»

Vrai qu'il refait toujours plus ou moins le même film depuis, ce qui est encore le cas avec son tout dernier. Il ne s'en formalise pas. Puisque le sujet lui en a été proposé par Elsa Zylberstein et Jean Dujardin (lire le texte plus bas), «j'ai presque envie de dire qu'il s'agit de mon premier film de commande, rigole-t-il. J'ai trouvé l'idée formidable». Bien sûr.

Avec son héros bon enfant, qui s'amuse de tout, Claude Lelouch trace un parallèle avec l'école, qui est elle-même une métaphore de la vie. «Je pense que l'élégance d'un metteur en scène, c'est de commencer par la cour de récréation. Les enfants n'iraient pas à l'école s'il n'y avait pas la cour de récréation. C'est ensuite qu'ils veulent aller dans les salles de classe. Je construis mes films là-dessus. C'est pour ça que j'ai eu des difficultés avec la critique. [Dans ce film], je voulais montrer comment un clown devient un homme. C'est la vie qui nous façonne.»

Ce clown, il est évidemment interprété par Dujardin. Les diriger sa comparse et lui a été un pur bonheur, dit-il. Ce couple symbolise bien ce qui unit et ce qui oppose dans l'amour. Mais il y a un autre personnage très important dans Un + une, celui d'Amma (mère), une gourou révérée comme une sainte en Inde, qui étreint les gens. Mata Amritanandamayi y joue son propre rôle.

Parler d'amour

«Mon assistant [indien] m'a dit: "Vous pratiquez le même métier, parler d'amour." Je l'ai rencontrée, elle m'a pris dans ses bras, serré très fort, puis elle m'a dit: "Je ne sais pas ce que vous allez me demander, mais je vous dis oui." Elle a compris que j'étais là pour les bonnes raisons. J'adore les gens qui me disent oui. D'ailleurs, je ne remercierai jamais assez les gens qui m'ont dit non, car ils m'ont permis de trouver ceux qui m'ont dit oui. C'est une très belle rencontre. Le hasard m'a conduit chez Amma. Après, c'est devenu naturel de l'intégrer dans le film. Elle a du divin en elle, ce qui fait qu'elle n'a pas besoin d'explication, contrairement à nous.»

Ce hasard auquel Claude Lelouch accorde de plus en plus d'importance en vieillissant a d'ailleurs eu un rôle primordial dans l'aboutissement d'Un + une, estime-t-il. «Quand Jean et Elsa m'appellent, c'est le hasard qui m'appelle. Le hasard m'a toujours amené là où mon intelligence n'aurait pas eu le culot d'aller. Le plus grand scénariste du monde, c'est la vie.»

Un + une prend l'affiche vendredi.

Les frais de ce reportage ont été payés par Unifrance.

****

Lelouch en cinq films

Un homme et une femme, 1966

L'aventure, c'est l'aventure, 1972

Les uns et les autres, 1981

Itinéraire d'un enfant gâté, 1988

Tout ça.... pour ça!, 1993

Lors du tournage d'Un + une, la «chimie»... (Photo fournie par Unifrance) - image 2.0

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Lors du tournage d'Un + une, la «chimie» a opéré entre Elsa Zylberstein et son partenaire de jeu Jean Dujardin, indique l'actrice.

Photo fournie par Unifrance

Elsa Zylberstein: «Un film né d'un miracle»

La genèse d'Un + une est digne d'un film de Lelouch. «Un miracle», confie Elsa Zylberstein. L'actrice et Jean Dujardin ont partagé, «par hasard, mais il n'y a pas de hasard», un vol au long cours. Ils se sont mis à discuter de leurs désirs de cinéma et, très rapidement, ils en sont venus à la conclusion qu'ils aimeraient faire un film d'amour avec le réalisateur d'Un homme et une femme. Aussitôt dit, aussitôt fait, le rêve est devenu réalité, à tout point de vue.

«On lui a dit: une parenthèse amoureuse, loin.» Le duo voulait un film qui rendait hommage à Un homme qui me plaît (1969), avec Jean-Paul Belmondo et Annie Girardot. «Le clin d'oeil est direct.» Ce que corrobore Lelouch. «J'avais gardé un très bon souvenir et j'ai voulu repartir sur le même esprit : un héros qui déconne avant de dire des choses sérieuses.»

En deux temps, trois mouvements, le cinéaste avait un scénario. «Claude nous a dit: "L'Inde, ils vont tomber amoureux, mais ils sont déjà pris."» Dujardin (L'artiste) interprète un pianiste célèbre qui se rend au pays de Gandhi pour travailler sur la trame sonore d'un nouveau Roméo et Juliette. Il y rencontre Anna, la femme de l'ambassadeur français, interprété par Christophe Lambert. Même si tout les oppose, le duo va s'embarquer dans une aventure à travers l'Inde...

Le dépaysement favorise un état d'esprit différent. «Ça a tellement de charme.» Sauf que le décalage entre leur réalité et celle des Indiens a créé un choc. Une fois celui-ci absorbé, le pays leur a offert un monde de possibilité. «Ça a été magique de se retrouver tous les jours mêlés à la population, qui s'en fichait qu'on tournait. Ça donnait une véracité au film, un souffle. Il y a un mélange entre le réel et la fiction qui me plaisait.»

Et pas qu'à Elsa Zylberstein. Un + une connaît un succès critique et public comme Claude Lelouch n'en avait pas connu depuis longtemps. Ce film, «je l'adore», s'enflamme Elsa Zylberstein. Au point de prendre un vol de nuit au départ de Los Angeles pour faire des interviews à Paris. La femme de 47 ans, sobrement mais élégamment vêtue d'une robe blanche, avait à peine dormi lorsque Le Soleil l'a rencontrée. Mais son enthousiasme débordant lui donnait une folle énergie.

Coup de foudre professionnel

Il faut dire que l'actrice a eu un coup de foudre professionnel pour Jean Dujardin, avec qui elle jouait pour la première fois. «C'est le meilleur partenaire que j'ai eu. Avec Andy Garcia», ajoute-t-elle après un temps de réflexion. «Tu valses avec lui. Il y a les figures imposées, puis les sorties de route. On est libre.»

«Mais c'est aussi le cinéma de Claude qui permet ça. Cette liberté nous donne des ailes. [...] Il y a quelque chose qui nous permet de désobéir, d'oser, d'être libres. Tout est possible. Il nous décomplexe.» Les deux acteurs ne tarissent pas d'éloges envers le réalisateur. Au point où Elsa Zylberstein tournera dans son prochain long métrage, La très intime conviction, un film à sketchs. La fluidité de sa mise en scène, partie intégrante de la signature Lelouch, l'a totalement séduite.

La spontanéité remarquable des échanges dans Un + une laisse d'ailleurs croire à une large part d'improvisation. Ce n'est pas le cas. Selon Elsa Zylberstein, les dialogues étaient très écrits. Il faut chercher dans «la chimie» entre avec son partenaire de jeu pour expliquer ce résultat, dit-elle. «Quand on partait en impro, ça ne marchait pas.» Mais «tout n'était pas coulé dans le béton». Ils ont demandé, par exemple, au réalisateur d'écrire une scène de petit-déjeuner.

Elsa Zylberstein fréquente le cinéma d'auteur (Pialat, Doillon, Raoul Ruiz, Ackerman...). Anne Fontaine lui donne l'occasion de changer de registre avec Gemma Bovery (2014), une comédie romantique. Une répétition générale avant la concrétisation d'un rêve d'enfance. «Quand j'étais petite, j'écoutais Les uns et les autres en boucle», explique celle qui faisait de la danse classique. «C'était le film qui réunissait tout. C'était mon rêve. J'aurais voulu rentrer dans l'écran, comme dans La rose pourpre du Caire [Woody Allen, 1985].»

Tourner avec Christian Duguay

En attendant de retourner avec Lelouch, Elsa Zyberstein a prêté son talent au réalisateur québécois Christian Duguay pour Un sac de billes. «J'ai adoré Christian, c'est vraiment un mec en or. Patrick Bruel et moi, on a des seconds rôles, mais c'était une magnifique expérience. C'est un livre mythique, et je pense qu'à l'époque actuelle, il était important de le faire. C'est pour ça que j'ai accepté.»

Reste que «pour Jean et moi, il y a eu un avant et un après Claude Lelouch. C'était miraculeux».

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