Deniz Gamze Ergüvena, fille de la liberté

Mustang met en scène cinq soeurs, de 11... (Photo fournie par Métropole Films)

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Mustang met en scène cinq soeurs, de 11 à 17 ans, forcées de vivre sous le toit de leur oncle agresseur et intransigeant.

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(Paris) Fille de diplomate, Deniz Gamze Ergüvena a eu une enfance choyée entre la France et les États-Unis. À l'adolescence, après un séjour en Turquie où elle a passé «des années merveilleuses», elle s'installe pour de bon à Paris. Mais elle n'a pas oublié sa patrie d'origine, comme en témoigne Mustang. Son long métrage traite de l'oppression patriarcale et religieuse subie par cinq jeunes soeurs. Il est au plus fort de la course à l'Oscar du meilleur film en langue étrangère. Ce qui a beaucoup assourdi les commentaires misogynes et haineux de ses compatriotes...

La réalisatrice franco-turque Deniz Gamze Ergüvena a été... (Photo AP, François Mori) - image 1.0

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La réalisatrice franco-turque Deniz Gamze Ergüvena a été la cible d'attaques de nature politique et idéologique en Turquie, où son film féministe dérange.

Photo AP, François Mori

La Franco-Turque de 37 ans a tout ce qu'il faut pour enrager ceux qui refusent de considérer les femmes sur un pied d'égalité. Parfaitement trilingue, belle, articulée et indépendante, elle défend ses idées avec fluidité devant des journalistes réunis à Paris dans le cadre des rendez-vous annuels du cinéma français.

Mustang a bénéficié d'une visibilité inespérée en étant présenté à la Quinzaine des réalisateurs, à Cannes, où le film a enflammé la critique. Il obtient ensuite un succès d'estime en salle, en France. En Turquie, les réactions sont passionnées et polarisées, explique-t-elle. C'est que Mustang met en scène cinq soeurs, de 11 à 17 ans, forcées de vivre sous le toit de leur oncle agresseur et intransigeant. Ce dernier transforme sa maison en véritable prison, avant d'offrir ses nièces en mariage.

L'oncle incarne un patriarcat répressif, qui reprend de la vigueur en Turquie. Deniz Gamze Ergüven n'estime pas qu'elle a «exagéré» son portrait. «Ce n'est pas un archétype. J'ai beaucoup travaillé sur lui au moment de l'écriture. Il peut être perçu comme ça, mais je ne ressens pas le besoin d'illustrer toutes ses facettes dans ce film.» D'ailleurs, souligne-t-elle, la Turquie est un pays extrêmement diversifié, des plus réactionnaires aux plus progressistes, «même dans les grandes villes».

La réalisatrice est bien consciente que dans un pays qui produit peu de films, on a scruté attentivement son oeuvre. «Mais il y a 100 ans de cinéma qui nous précède. Je n'avais pas l'intention de faire un film qui contient tous les codes de l'humanité. Les spectateurs sont intelligents», et capables de faire la part des choses.

N'empêche: Mustang a obtenu sa part de commentaires virulents, notamment sur les réseaux sociaux. Surtout de gens affiliés au parti AKP, d'obédience islamiste, du premier ministre Recep Tayyip Erdogan, fait valoir la réalisatrice. Ce n'était pas des critiques liées au contenu du film, mais des attaques de nature politique et idéologique, dit-elle. «On me dénigrait, disant que je n'étais même pas Turque. Ça m'a beaucoup affectée.»

Son film féministe dérange. Même si elle a presque complètement évacué la question religieuse, plutôt traitée en filigrane. «C'est le maximum où je pouvais aller sans enflammer le débat.» Il n'y a pas que l'islam, «il y a aussi la question du code d'honneur, des choses inhérentes à la tradition et à la culture ainsi qu'au patriarcat qui ont été reproduites pendant des décennies sans être remises en question. Tellement que certaines femmes ne réalisent même pas à quel point ça les heurte. [...] Tout ce qui concerne les femmes est tabou.»

Tout n'est pas noir : «Il y a tout de même beaucoup de choses positives dans la culture turque.» Et elle a souvent choisi d'aborder des situations potentiellement très dramatiques avec humour - ce qui n'empêche pas la tragédie.

Malgré tout, Mustang n'a pas été retenu par la Turquie pour la course aux Oscars - il représente la France. Les nominations aux Golden Globes et à l'Oscar sont un réconfort.

«Les critiques sont plus diffuses et [certains] Turques sont vraiment fiers. La Turquie traverse une période noire et effrayante. Toute personne qui réfléchit est étiquetée terroriste... [...] J'ai vécu la nomination comme une accolade et une armure. Ça veut dire, d'abord, que je connais quelque chose au cinéma [Mustang est son quatrième film]. Et que le film a une résonnance. C'est une tribune formidable.»

Mme Ergüvena est l'une des deux seules femmes en nomination dans une catégorie de réalisation. Ce qui ne lui a pas échappé. «Les films que nous regardons ont un très grand impact sur la façon dont nous concevons le monde et la façon dont nous construisons nos sociétés. [...] Nous sommes habitués à voir le monde par le regard des hommes, ce qui nous appauvrit en termes de perspective. Le fait de ne pas avoir le point de vue de la moitié de la population mondiale est extrêmement réducteur.»

Les frais de ce reportage ont été payés par uniFrance.

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