John Crowley tout désigné pour Brooklyn

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John Crowley fait remarquer qu'Eilis (Saoirse Ronan) est «la première à dresser le portrait complet de l'immigré [irlandais] et aussi le premier à épouser le point de vue d'une jeune femme».

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(Québec) John Crowley n'avait que quatre ans quand son frère aîné a quitté l'Irlande pour l'Angleterre. Lui-même s'est établi à Londres, où Le Soleil l'a joint par téléphone, au début de la vingtaine. L'immigration, il connaît. L'homme de 46 ans était donc tout désigné pour réaliser Brooklyn et accomplir cette splendide et émouvante réussite cinématographique sur le déracinement.

Ironiquement, ce n'est pas John Crowley (Intermède) qui a d'abord été pressenti. Pourtant, il connaissait bien le livre de Colm Tóibín, qu'il avait lu deux ans avant qu'on lui refile l'adaptation écrite par Nick Hornby. Évidemment, il a été ravi.

«Cette histoire a une profonde résonnance pour l'Irlande, mais aussi pour les États-Unis et le Canada. Elle est la première à dresser le portrait complet de l'immigré [irlandais] et aussi le premier à épouser le point de vue d'une jeune femme», explique-t-il.

Bande-annonce de «Brooklyn»

L'ambivalence incarnée par Eilis (Saoirse Ronan) est à... (Fox Searchlight, Kerry Brown) - image 3.0

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L'ambivalence incarnée par Eilis (Saoirse Ronan) est à l'image des personnages très nuancés de ce long métrage qui fait une forte place à des femmes complexes et bien dépeintes. 

Fox Searchlight, Kerry Brown

Brooklyn s'attache au voyage d'Eilis, de son petit village irlandais vers l'Amérique, en 1952, puis de sa difficile intégration. Jusqu'à sa rencontre avec l'amour. Un événement familial la contraint à revenir dans son pays natal, où elle est courtisée par un héritier nanti. Entre les deux continents, entre les promesses d'une nouvelle vie et le réconfort de la tradition, son coeur balance.

Un dilemme vertigineux. «C'est deux versions d'elle qui deviennent possibles. Ce n'est pas un choix entre deux hommes, mais entre deux mondes. Dans chaque cas, elle aura une bonne vie. Cela revient à choisir la personne qu'elle veut vraiment devenir, envisager le contrôle qu'elle a sur son destin. Après avoir connu l'exaltation de l'Amérique, c'est vraiment difficile pour elle de revenir dans son petit village, même si c'est rassurant. C'est très déroutant. [...] Elle doit être honnête et reconnaître ce qu'elle est devenue.»

La situation est d'autant plus perturbante qu'on lui offre la possibilité de reprendre l'emploi de sa soeur aînée. «Elle est dans un état émotionnel étrange. Or, de plusieurs façons, elle peut marcher dans les pas de sa soeur. Ça lui permet de se sentir proche d'elle. Après un hiver difficile, même si l'amour lui donne des ailes, revenir à la maison ressemble à un bain chaud d'amour. Mais c'est comme si elle vivait la vie d'une autre. Ce qui met en lumière cette partie de l'immigration qui est si difficile : revenir à la maison. Tu ne ressens plus que tu es originaire de cet endroit parce que tu es passé à autre chose et les expériences que tu as vécues t'ont changé. Tu vois les choses différemment.»

Cette ambivalence incarnée par Eilis est à l'image des personnages très nuancés de ce long métrage qui fait une forte place à des femmes complexes et bien dépeintes. Ce qui a beaucoup plu au cinéaste lorsqu'il a lu le script du talentueux scénariste Nick Hornby (Haute fidélitéUne éducationWild). Les deux hommes ne se connaissaient pas, mais John Crowley était ravi de collaborer avec un auteur qu'il apprécie.

 

John Crowley réalisateur de Brooklyn... (AFP, John Sciulli) - image 4.0

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John Crowley réalisateur de Brooklyn

AFP, John Sciulli

Fidèles au roman

Ils sont restés fidèles au roman et ont centré le récit sur Eilis, formidablement interprétée par Saoirse Ronan - qui peut jouer pour la première fois avec son savoureux accent irlandais.

Dès le début, John Crowley était convaincu que ce rôle était taillé sur mesure pour l'actrice de 21 ans au visage extrêmement expressif. «Dès son plus jeune âge, elle a été une actrice incroyable, dans Expiation [Joe Wright, 2007]. Mais on ne lui avait pas encore offert une performance qui lui permettait de passer d'une jeune adulte à une adulte dans le même rôle. L'autre chose à propos de Saoirse, c'est sa capacité à regarder. Ce qui colle bien avec le personnage d'Eilis, qui est très introvertie. Je savais qu'elle pourrait atteindre le point sensible sur le plan émotionnel.»

La grande expérience de Crowley comme metteur en scène au théâtre a certainement été un atout, croit-il. «J'adore travailler avec les acteurs et les aider à se rapprocher de l'émotion pour qu'ils soient habités par leur personnage. C'est un de mes grands plaisirs.»

 

Saoirse Ronan dans le rôle d'Eilis Lacey et... (Fox Searchlight, Kerry Brown) - image 5.0

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Saoirse Ronan dans le rôle d'Eilis Lacey et Emory Cohen dans celui de Tony, dans une scène du film, Brooklyn.  

Fox Searchlight, Kerry Brown

Brooklyn a beau se dérouler il y a plus de 60 ans, ce récit a des résonances très actuelles. Le drame syrien était très présent dans leur esprit, avoue-t-il. Malgré un contexte très différent, «on s'est dit que si nous arrivions à dépeindre exactement ce qui se passait dans les années 50, qui était l'une des trois plus importantes vagues d'immigration irlandaise de l'histoire, nous pouvions tendre à l'universel même si c'était une toute petite histoire. Il ne se passe même rien de dramatique.

«Mais si vous êtes touché par sa situation et comprenez ce que ça implique de quitter son pays natal, l'énorme bouleversement que ça implique, peu importe ce que vous laissez derrière, les grosses montagnes qu'il faut gravir, il y a une chance pour que ça humanise cette masse informe et sans visage que sont les immigrants. C'est une façon délicate de dire qu'ils sont chacun des êtres humains. Et que la vaste majorité veut simplement continuer à vivre sa vie.»

Brooklyn prend l'affiche le 8 janvier.

Un Brooklyn à la sauce québécoise

Jessica Paré (à droite) dans le rôle de... (Fox Searchlight, Kerry Brown) - image 7.0

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Jessica Paré (à droite) dans le rôle de Miss Fortini 

Fox Searchlight, Kerry Brown

Avant même le début du tournage, la production de Brooklyn devait faire face à un problème de taille : le budget ne permettait pas de tourner à New York. Montréal a donc pris les apparences du Brooklyn des années 50. Une décision qui a eu des répercussions positives pour les artisans québécois et Jessica Paré!

«Quand nous avons réalisé que ce serait impossible, nous avons commencé à regarder du côté de Toronto et de Montréal, souvent utilisées pour doubler New York ou d'autres villes américaines au cinéma et à la télévision. Montréal nous est apparue, sur le plan visuel et esthétique, comme une forte probabilité. Nous nous sommes alors demandé comment le Canada pourrait jouer un plus grand rôle sur le plan financier, mais aussi pour le tournage», explique John Crowley, le réalisateur.

Après que la SODEC et Téléfilm eurent accepté de coproduire le film, la partie «américaine» du tournage s'est effectuée à Montréal au printemps 2014 - l'équipe n'a tourné qu'une seule journée à Brooklyn et le reste en Irlande. Une grande partie des techniciens était donc québécoise, y compris le directeur photo : nul autre qu'Yves Bélanger, bien connu pour son travail avec Jean-Marc Vallée sur Dallas Buyers ClubWild et Demolition.

Une aide très utile, si on en croit le cinéaste. Notamment, pour créer une esthétique différente pour chacun des trois actes du long métrage. Les deux hommes devaient aussi recréer le Brooklyn des années 50 sans qu'on détecte le Montréal actuel. Notamment dans les scènes extérieures, en nombre plus limité, mais aussi les intérieurs avec des fenêtres. Yves Bélanger s'est servi de sa maestria pour filmer de façon à ce qu'il soit impossible de distinguer quoi que ce soit à travers celles-ci.

Il n'y a pas que le décor et les techniciens qui y étaient québécois. Jessica Paré, bien connue pour son rôle de Megan, l'épouse de Don Draper dans la télésérie Mad Men, y a un petit rôle. L'actrice montréalaise interprète Miss Fortini, la superviseure bienveillante d'Eilis (Saoirse Ronan), l'héroïne du film.

Dans une coproduction, l'équipe doit, en partie, engager localement. Personne n'a fait de pression sur cet aspect, assure John Crowley. «[Jessica] semblait parfaite pour ce rôle. Il arrive qu'on trouve la pièce adéquate pour ce casse-tête.»

Les Oscars

Depuis sa présentation au Festival de Sundance en janvier, où il a fait sensation, Brooklyn accumule les accolades et les critiques dithyrambiques. Plusieurs le voient au plus fort de la course aux Oscars. John Crowley en fait peu de cas. «C'est exaltant cette réponse, pas seulement la critique, mais aussi de la part du public. C'est fantastique. Pour ce qui est de la course aux récompenses, honnêtement, c'est bien et flatteur que les gens en parlent de cette façon. Mais pour l'instant, ce n'est que ça : du blabla. Qui sait?  Qui peut prédire? [rires] En vérité, c'est déjà bien que le film se soit rendu aussi loin et si ça s'arrête maintenant, ça aura été extraordinaire. Ça n'a jamais été notre objectif. Nous avons fait ce film pour raconter une histoire importante et toucher un auditoire. Honnêtement, c'est tout ce qui compte pour moi.»

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