Les 8 enragés: explosif huis clos ****

Les répercussions de l'esclavage, le racisme, l'individualisme forcené,...

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Les répercussions de l'esclavage, le racisme, l'individualisme forcené, la division nord-sud sont omniprésents dans Les 8 enragés, dont l'histoire se déroule après la guerre de Sécession.

Le SoleilÉric Moreault 4/5

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(Québec) Exactement trois ans après Django déchaîné, Quentin Tarantino revient foutre le bordel dans la période des Fêtes avec l'intense Les 8 enragés (The Hateful Eight). Un western qui s'inscrit en continuité avec le précédent, mais qui s'avère un véritable huis clos explosif plutôt qu'un film pétaradant. Superbement dirigé et réalisé, il fait partie du bon cru du cinéaste indépendant.

Dans les montagnes du Wyoming, un blizzard force John «Hangman» Ruth (Kurt Russel), un chasseur de primes, à chercher refuge pour sa prisonnière Daisy Domergue (hallucinante Jennifer Jason Leigh) et lui. Mais il croise d'abord un collègue, le major Marquis Warren (Samuel L. Jackson). L'équipée trouve un arrêt pour diligence, déjà occupé par des inconnus. Alors que la tempête fait rage et que le vent siffle constamment, tout ce beau monde s'installe pour une nuit dont certains ne verront pas la fin...

Tarantino ne cessera de nous étonner. S'il s'agit d'un western sur la forme, le fond s'apparente plutôt à un récit meurtre et mystère à la Agatha Christie. Il est d'ailleurs découpé de façon à respecter les règles du théâtre classique (à deux exceptions près) : unité de temps, de lieu et d'action.

Mais il s'avère aussi un prétexte pour radiographier les États-Unis. Django prenait place deux ans avant la guerre de Sécession, Les 8 enragés se déroule après. Les répercussions de l'esclavage, le racisme, l'individualisme forcené, la division nord-sud sont omniprésents et se veulent un reflet de la situation actuelle chez nos voisins.

Un pur régal

Cela dit, ce huitième long métrage de Tarantino est un pur régal sur le plan cinématographique. Et pas seulement parce que le réalisateur l'a tourné en 70 mm - bien qu'il se déroule presque tout au long dans une pièce. C'est un hommage manifeste au cinéma de Ford (pour les paysages grandioses) et de Leone (dans l'utilisation des gros plans, notamment des yeux).

C'est aussi que Tarantino déploie tout l'arsenal du cinéaste doué : profondeur de champ, ralentis, montage parallèle, musique oppressante (signée par le légendaire Ennio Morricone), travellings originaux, etc.

Mais depuis Django... (2012), on dirait que Tarantino a tout de même réfréné son besoin de faire de l'esbroufe cinématographique. Cette fois, il s'y est encore plus débarrassé de la plupart de ses tics au profit d'une esthétique plus épurée. Il a même mis la trame sonore en sourdine! C'est dire. Son utilisation de l'espace restreint, pourtant encombré de huit personnages, est d'une efficacité redoutable.

Parlant des personnages, chaque acteur y livre de solides performances - bien que Walton Goggins cabotine un peu trop en shérif niais. Samuel L. Jackson, un habitué de Tarantino depuis ses débuts, tout comme Tim Roth, est absolument dans la note. Mais la plus étonnante partition est livrée par Jennifer Jason Leigh, totalement éclatée, mais en même temps crédible, dans la peau d'une tueuse déjantée.

Du sang à profusion

Huis clos, Les 8 enragés repose sur d'abondants dialogues, des répliques assassines, du langage vulgaire et un humour très noir - comme d'habitude chez Tarantino. D'ailleurs, ce huitième long métrage partage plusieurs éléments avec son premier, Reservoir Dogs.

Le réalisateur américain n'a pas oublié ceux qui adorent son penchant gore. La dernière heure est particulièrement sanguinolente. Mais toujours aussi décalée, au point où on en rigole franchement, parfois. Il y a une puérilité dans la provocation qui ne s'estompe pas avec l'âge. Sauf que son utilisation excessive se veut aussi une réflexion sur l'usage de la violence au cinéma. Et il n'y a clairement aucune volonté de réalisme tellement c'est disproportionné.

Tout ça pour dire que Quentin Tarantino demeure l'un des plus doués des réalisateurs américains indépendants, avec une signature forte malgré ses nombreuses références. Il aura fallu attendre la toute fin de 2015, mais il s'agit d'un des meilleurs films de l'année.

Au générique

Cote:  ****

Titre: Les 8 enragés (v.f. de The Hateful Eight)

Genre: western

Réalisateur: Quentin Tarantino

Acteurs: Samuel L. Jackson, Kurt Russell et Jennifer Jason Leigh

Classement: 13 ans et plus

Durée: 2h56

On aime: la réalisation maîtrisée, les thèmes abordés, le jeu d'ensemble des acteurs

On n'aime pas: un peu trop verbeux

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