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Michel Piccoli, le charme discret d'une anti-star de 90 ans

Michel Piccoli en 2013... (AFP, Pierre Andrieu)

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Michel Piccoli en 2013

AFP, Pierre Andrieu

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Marie-Pierre Ferey
Agence France-Presse
Paris

L'acteur français Michel Piccoli, qui fête dimanche ses 90 ans, se fait aujourd'hui plus rare sur les écrans, après une carrière étonnante marquée par des choix audacieux, du séducteur troublant du Mépris au provocateur de La Grande Bouffe.

«Je suis un vieil homme à la mémoire trouée», a confié ce grand pudique dans un livre d'entretiens avec l'ancien président du Festival de Cannes, Gilles Jacob (J'ai vécu dans mes rêves, éditions Grasset). Il y raconte son angoisse de ne plus pouvoir travailler : «On voudrait que ça ne s'arrête jamais et cela va s'arrêter (...) c'est très difficile».

Il était pourtant encore sur scène le 7 décembre au Théâtre du Rond-Point à Paris pour la dernière de Gainsbourg poète majeur, une lecture à trois voix avec Jane Birkin et Hervé Pierre de la Comédie-Française.

Il y a dix jours, il assistait aux obsèques du metteur en scène Luc Bondy, avec qui il avait «un projet». On l'a vu, droit comme un i, dominant l'assemblée de sa stature, telle la statue du commandeur dans Don Juan ou le festin de pierre, ce téléfilm à succès où il tenait le rôle titre, suivi à la télévision en 1965 par 12 millions de téléspectateurs.

Renoir, Resnais, Demy, Melville, Bunuel, Godard, Hitchcock, Ferreri : Michel Piccoli a tourné avec les plus grands, mais n'a cessé de découvrir, de s'engager avec de jeunes auteurs avant de se lancer lui-même dans la mise en scène, à 70 ans.

Grand, brun, sourcils broussailleux, voix qui tonne ou ensorcelle, ce personnage énigmatique, secret sur sa vie privée, s'est «régalé à jouer l'extravagance ou les délires les plus troubles, à casser (son) image».

À 20 ans, il plonge dans l'effervescence de Saint-Germain-des-Prés, rencontre Sartre, Boris Vian, Juliette Gréco - qu'il épousera en 1966. «Un jour, elle m'a dit : "Va-t-en" Presque de cette façon. Ca été douloureux, de mon côté en tout cas», confiera-t-il.

«Un stylo qui n'a plus d'encre»

Il est un temps compagnon de route du Parti communiste français. Un engagement à gauche qu'il n'a jamais renié, affichant son soutien à François Mitterrand en 1981, à Ségolène Royal en 2007.

C'est Le Mépris de Jean-Luc Godard (1963) avec Brigitte Bardot qui le révèle au grand public. «À ce moment-là, au début des années 60, je n'existais pas, j'étais un jeune acteur peu connu», rappelle-t-il dans son livre.

«Le Mépris m'a donné parmi les plus beaux moments que j'ai pu vivre avec mon réalisateur et mes partenaires. Tous, Fritz Lang (acteur dans le film), Bardot, l'équipe des techniciens, nous travaillions dans la joie, mais aussi avec une sévérité exceptionnelle. Il est rare qu'un film suscite à la fois autant de joie et de concentration».

150 films

Il tourne ensuite plus de 150 films, incarnant même un pape torturé par la peur de ne pas être à la hauteur dans Habemus Papam de Nanni Moretti (2011), tout en poursuivant une carrière au théâtre, où il est dirigé notamment par Peter Brook et Patrice Chéreau.

Parmi ses réalisateurs fétiches figurent Bunuel (Le journal d'une femme de chambre, Belle de jour, La voie lactée, Le charme discret de la bourgeoisie) et Claude Sautet (Les choses de la vie, Max et les ferrailleurs, César et Rosalie).

Son refus des plans de carrière, son côté «anti-star» l'amènent à tourner des films d'auteur : Leos Carax, Jean-Claude Brisseau, Jacques Doillon. En 1990, il campe avec gourmandise un personnage de grand bourgeois fantasque dans Milou en mai de Louis Malle.

Sa plus grande crainte? «Être prétentieux.» Il cite comme modèle Marcello Mastroiani : «Il l'a dit souvent devant moi : "Être acteur? Il n'y a pas besoin de se gargariser, il n'y a qu'à faire et puis voilà».

«Faire» est devenu plus difficile avec l'âge et la mémoire qui flanche : «Je suis comme un stylo qui n'a plus d'encre, et je me mets à râler comme un fou: "Où est mon encre?"»

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