La leçon de cinéma de Kent Jones

En 1962, François Truffaut et Alfred Hitchcock passent huit jours à... (Philippe Halsman fournie par Cohen Media Group)

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En 1962, François Truffaut et Alfred Hitchcock passent huit jours à discuter de cinéma à Hollywood. Le vieux lion britannique est à l'apogée de sa carrière, le jeune loup français, au début.

Philippe Halsman fournie par Cohen Media Group

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(Québec) Presque tout le monde se souvient de son premier Hitchcock. Du choc esthétique. Du plaisir cinéphilique. De la tension, aussi. Pour Kent Jones, ce fut presque un rendez-vous manqué, mais le critique et historien du cinéma s'est bien repris. Alors quand on lui a proposé de réaliser un documentaire sur le légendaire livre d'entretiens entre Alfred Hitchcock et François Truffaut, il n'était pas question de laisser passer sa chance, explique le francophile.

En 1962, les deux réalisateurs passent huit jours à discuter de cinéma à Hollywood. Le vieux lion britannique est à l'apogée de sa carrière, le jeune loup français, au début. Tout les sépare, sauf leur amour du septième art, qui va instaurer une fructueuse amitié. Hitchcock Truffaut repose sur les enregistrements de ce dialogue.

Car très rapidement, Kent Jones décide que le long métrage va se concentrer sur le processus de réalisation, «parce que c'est la nature de l'entreprise, ces discussions entre deux réalisateurs. J'ai juste décidé de la poursuivre en ajoutant d'autres cinéastes».

Et pas n'importe lesquels : Martin Scorsese, David Fincher, Wes Anderson, Arnaud Desplechin, James Gray, Richard Linklater, Olivier Assayas, Peter Bogdanovich, etc. «Je ne voulais pas seulement des réalisateurs. Je voulais qu'ils aient réalisé de grands films, que j'admirais. Je voulais aussi qu'ils soient engagés et puissent parler avec éloquence du sujet, qu'ils connaissent le livre et en aient une perspective, tout en disposant d'un savoir à propos de leur art. Je les connais tous, à différents degrés.»

Il faut dire que l'homme de 51 ans est l'actuel directeur du Festival du film de New York. En entrevue au Soleil, il appelle Scorsese par son petit nom... Il connaît aussi très bien Desplechin, avec qui il a coscénarisé Jimmy P. (2013), et Assayas, un ex-critique des Cahiers du cinéma (comme Truffaut) avec qui il correspond depuis longtemps. «Je les ai choisis parce que j'admirais leur travail et qu'ils sont des amis très proches.»

Dans le cas d'Assayas, «je n'avais jamais vraiment discuté avec lui de Hitchcock et je n'étais pas sûr s'il le connaissait. C'était tout le contraire. Pour ce qui est d'Arnaud, nous en discutions souvent et c'est une constante référence pour lui». Il a, «évidemment», demandé à Brian de Palma, qui cite souvent Hitchcock dans ses longs métrages, de participer. Il a décliné pour une «excellente raison» : «Il voulait garder ses réflexions sur Hitchcock pour le film sur son oeuvre.»

Quoi qu'il en soit, Kent Jones a donc assemblé un documentaire qui tourne autour des discussions des deux hommes sur le septième art ainsi que sur la volonté de Truffaut d'éplucher la carrière du cinéaste qu'il vénère, film par film, du cinéma muet jusqu'à ses derniers films hollywoodiens. Pour qu'on reconnaisse que Hitchcock est un grand artiste et un créateur majeur du XXe siècle.

Le film met toutefois l'accent sur deux chefs-d'oeuvre : Sueurs... - image 2.0

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Le film met toutefois l'accent sur deux chefs-d'oeuvre : Sueurs froides (1958), avec James Stewart et Kim Novak (ci-dessus) et Psycho (1960).

Deux chefs-d'oeuvre

Le film met toutefois l'accent sur deux chefs-d'oeuvre : Sueurs froides (1958) et Psycho (1960), films «qui couvrent beaucoup de terrain» dans l'oeuvre de l'homme. Ils sont pourtant dissemblables, mais emblématiques. Le premier, film à grand budget avec des vedettes, a reçu un accueil public et critique mitigé (avant de devenir une oeuvre caractéristique du corpus hitchcockien). Le deuxième, film en noir et blanc à équipe réduite, a eu un impact indélébile sur l'histoire du cinéma - vous savez, la scène de la douche...

Signe de leur importance, ils sont revenus souvent dans les entretiens que le cinéaste a menés. «Ces films se répondent, ce qui veut dire beaucoup. Il y a aussi le fait que Sueurs froides [Vertigo] sort des balises des productions commerciales pour explorer des territoires dans lesquels peu de cinéastes osent s'aventurer, soit dans les strates de l'innommable.»

Kent Jones va bosser pendant deux ans sur Hitchcock Truffaut, en majeure partie dans la salle de montage, ce qui est logique quand on consacre un long métrage au «maître du suspense». «Oui, mais c'est vrai de tout film qui est bon [rires].»

En se replongeant dans l'oeuvre considérable de «Hitch» et les documents de Truffaut, Kent Jones devrait être en bonne posture pour évaluer sa place dans l'histoire du cinéma. «Je ne sais pas. L'histoire du cinéma est tellement fluide. Cela dit, je n'imagine pas que Shakespeare sera périmé dans un avenir rapproché. C'est la même chose pour Hitchcock, tout comme John Ford ou Jean Renoir. Mais dans le cas de Hitchcock, il y a tellement de couches de complexité dans l'imposant ensemble de son oeuvre. C'est une source constante d'émerveillement pour moi.»

Pour beaucoup de gens, en fait.

«Je n'imagine pas que Shakespeare sera périmé dans... (Godlis) - image 3.0

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«Je n'imagine pas que Shakespeare sera périmé dans un avenir rapproché. C'est la même chose pour Hitchcock, tout comme John Ford ou Jean Renoir», déclare le réalisateur Kent Jones. 

Godlis

Truffaut, la quintessence du réalisateur

Jadis, Hitchcock n'était pas un des cinéastes favoris de Kent Jones, «mais une force que je reconnaissais». Il avait plutôt des inclinaisons pour François Truffaut. L'annonce de sa mort l'a presque autant affecté que celle de John Lennon, croit-il!

«Quand je découvrais le cinéma et que je lisais sur le cinéma, sur ce que c'était d'être un réalisateur, les critiques des films de Godard, de Truffaut, les entrevues avec lui et que je voyais La nuit américaine [1973] où il interprétait un réalisateur [dans son propre film], Truffaut était la quintessence de ma conception du cinéma. Je ne dis pas que je connectais plus avec ses films qu'avec d'autres, mais l'homme et le réalisateur incarnaient cette conception.»

Le futur critique était aussi sensible au «ridicule» antagonisme à la «Lennon-McCartney» de la presse spécialisée à propos des films de Truffaut et de Godard. «J'ai toujours trouvé sa présence et le débit de sa voix très touchants, ainsi que sa gravité sous la surface.» 

Il cite d'ailleurs La femme d'à côté (1981) et Les deux Anglaises et le continent (1971), en français, comme deux oeuvres profondément «troublantes». L'homme évoque aussi avec émotion «quand j'ai revu ses classiques comme Ne tirez pas sur le pianiste [1960] et Jules et Jim [1961] après plusieurs années. Ils m'ont semblé plus étranges et riches que quand il était vivant.»

L'homme se rappelle très bien «en octobre 1984, quand je suis arrivé dans mon appartement, que j'ai ouvert la radio et que j'ai entendu que le réalisateur français François Truffaut était mort. J'étais abasourdi. Ça m'a presque autant affecté que le meurtre de Lennon. La pensée que Truffaut était mort du cancer du cerveau si jeune [à 52 ans], lui qui incarnait l'éternelle jeunesse...»

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