Le film d'une vie pour Michel La Veaux

«J'ai été happé par cet hôtel qui n'a pas... (La Presse, David Boily)

Agrandir

«J'ai été happé par cet hôtel qui n'a pas de télévision dans les chambres, par ses petits couloirs... C'est un lieu magique où on peut sentir l'histoire de Paris et y vivre comme dans les années 40-50.» - Michel La Veaux

La Presse, David Boily

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) Michel La Veaux est habituellement au service des autres cinéastes comme directeur photo. Mais pour Hôtel La Louisiane, il tenait à avoir les rênes bien en main. S'il ne devait réaliser qu'un seul film, ça aurait été celui-là, confie-t-il en entrevue. Son documentaire, tourné entre 2006 et 2014, immerge le spectateur au coeur du Saint-Germain-des-Prés «mythique» des existentialistes et des créateurs comme Miles Davis et Robert Lepage. Entretien.

Q Est-ce la réputation de l'hôtel qui vous a motivé à réaliser ce long métrage?

R J'étais habitué d'aller à Saint-Germain-des-Prés chaque fois que j'allais à Paris, mais je ne connaissais pas du tout cet hôtel. Alors que je revenais d'un tournage en Italie, il n'y avait pas de place à mon hôtel habituel. On m'a dit : "Allez, un peu plus haut sur la rue de Seine, on va arranger quelque chose pour demain." Je suis allé là un peu par accident et je ne suis jamais retourné à l'autre hôtel [rires]. J'ai été happé par cet hôtel qui n'a pas de télévision dans les chambres, par ses petits couloirs... C'est un lieu magique où on peut sentir l'histoire de Paris et y vivre comme dans les années 40-50. Je ne connaissais pas la légende du lieu. Après plusieurs séjours, j'ai fini par atterrir dans la fabuleuse chambre 10 où Robert Lepage a écrit Les aiguilles et l'opium, [...] la chambre de Jean-Paul Sartre, de Juliette Gréco et Miles Davis, celle où Picasso jouait au poker. Ça m'a donné un déclic pour faire ce film.

Q Est-ce que la période des existentialistes vous parlait particulièrement?

R Oui. Si j'avais été à Paris à la fin de la [Seconde] Guerre, j'aurais été un existentialiste [rires]. Ils avaient une grande préoccupation à propos de la liberté et ça, ça me touche directement. La jeunesse [française] était assoiffée de liberté après l'occupation allemande. En plus, il y a ce mouvement litté-raire et intellectuel qui s'y est greffé autour de Sartre et Simone de Beauvoir. Si tu continues en ligne droite, tu arrives à mai 68, sur ce même territoire. Alors, oui, ça m'interpellait. Et d'avoir accès à la reine de Saint-Germain-des-Prés, Juliette Gréco...

Q Justement, comment avez-vous eu accès à la grande chanteuse?

R C'était pas évident. Je l'ai appelée et elle m'a donné rendez-vous au Café de Flore pour le lendemain. Elle m'a dit : "Je vous donne une heure et je décide si je fais partie de votre aventure ou non." Ça met un petit peu de pression... [rires] On a finalement passé trois heures ensemble. Elle a adoré la façon dont je l'ai abordée. Elle m'a dit : "Je vais faire votre film parce que vous ne me parlez pas comme un intervieweur, mais vous me parlez d'amour, de liberté, de choses essentielles dans ma vie." On est presque devenus amis.

Q Dans votre film, l'hôtel est un personnage à part entière, mais il est beaucoup question de liberté, de simplicité volontaire et autres valeurs, c'était important de véhiculer ça?

R Je ne voulais pas faire un film historique. Qu'est-ce qui me plaisait autant dans ce lieu? De faire un film sur les gens qui y habitent et en ont fait un lieu magique. Qu'ont-ils de particulier, en commun? Des valeurs humanistes qui me touchent, qui sont essentielles.

Michel La Veaux est habituellement au service des autres... (La Presse, David Boily) - image 2.0

Agrandir

Michel La Veaux est habituellement au service des autres cinéastes comme directeur photo. Le voilà réalisateur pour le documentaire Hôtel La Louisiane.

La Presse, David Boily

Vous démontrez une affection particulière pour l'écrivain Albert Cossery. Pourquoi?

R Il n'a pas été facile à gagner, mais si je ne l'avais pas eu dans mon film, j'aurais capoté. C'est l'âme vivante de l'hôtel où il a habité pendant 60 ans... Il ne m'a pas accepté d'emblée. J'ai essuyé des sarcasmes et son attitude très exigeante. Après, j'ai eu le privilège de marcher avec lui. Il a fait ça toute sa vie : partir de l'hôtel, aller au Flore, manger chez Lipp, prendre le boulevard Saint-Germain et rentrer à l'hôtel. Dans le milieu littéraire parisien, on appelle ça la "Cossery Trail" [rires]. [...] Il a toujours prôné que la vie est magnifique et que pour lui, la paresse, c'est prendre le temps de réfléchir. C'est une leçon. Pour moi, c'est comme si j'accompagnais un vieux sage. Son meilleur ami, c'était [Albert] Camus. Je me sentais privilégié.

Q N'était-ce pas difficile d'éviter le piège de la nostalgie?

R Si être nostalgique, c'est d'avoir une reconnaissance de ce qu'est la réflexion, la dignité et d'avoir un regard humaniste, si être nostalgique, c'est de croire que le monde peut être autre chose que chacun pour soi et gagnons du fric, je le suis. Je rêve d'un monde où les gens se préoccupent l'un de l'autre.

Q Vous avez une solide réputation comme directeur photo, mais être réalisateur, ça implique d'autres responsabilités. Comment Michel La Veaux se sentait-il dans ce rôle?

R J'adorais ça. J'étais responsable de tout et de ma vision des choses. Si j'avais un film à faire, c'était celui-là. Je suis un directeur photo connu et coté et j'ai pas de problème avec ça. Le langage du cinéma et la lumière, c'est ma passion. Mais cet hôtel, ce lieu qui est mon bonheur géographique, c'était obligatoire de faire ce film. Mais ça ne venait pas d'une pulsion importante de réalisation.

Q Vous avez pourtant des projets?

R Oui. Un documentaire sur certains écrivains que je trouve majeurs. Mais je travaille d'abord sur un documentaire sur le grand Jean-Claude Labrecque, avant qu'il ne soit trop tard comme Michel Brault. Je veux faire un film à la hauteur de ce que représente Labrecque dans notre cinéma québécois. Il y a aussi Claude Robinson qui a écrit un long métrage de fiction et il veut que je réalise son film, si ça fonctionne. Et comme directeur photo, il y a aussi le prochain film de Sébastien Pilote [Le démantèlement]. Vous allez être surpris : il travaille sur une nouvelle adaptation de Maria Chapdelaine [qui est en écriture].

***

Michel La Veaux sera présent le 19 décembre au Clap, à la séance de 17h50, pour présenter le film puis discuter avec les spectateurs.

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer