Au coeur de l'océan: perdus au large ***

Chris Hemsworth incarne Owen Chase, le colérique second... (Fournie par Warner Bros. Pictures)

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Chris Hemsworth incarne Owen Chase, le colérique second du capitaine de l'Essex, qui obtiendra son bateau s'il remplit la cale d'huile de baleine.

Fournie par Warner Bros. Pictures

Le SoleilÉric Moreault 3/5

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(Québec) CRITIQUE / Ron Howard a peut-être échoué à mener à bon port l'oeuvre grandiose à laquelle il aspirait avec Au coeur de l'océan (In the Heart of the Sea). Le réalisateur a néanmoins créé un drame historique épique qui illustre autant le combat de l'homme contre la nature que les affres de la cupidité capitaliste. Et le triomphe de l'indomptable monstre marin qui a inspiré Moby Dick.

C'est d'ailleurs le célèbre Helman Melville (Ben Whishaw) qui sert de clé d'introduction au récit. L'auteur vient recueillir les propos de Thomas Nickerson (Brendan Gleeson), le dernier survivant du baleinier Essex.

Muré dans le silence et les tourments jusqu'à cette rencontre, l'homme qui s'était fait embaucher comme mousse (Tom Holland) raconte pour la première fois les causes du naufrage, prétexte à un long retour en arrière. À commencer par la lutte de pouvoir entre George Pollard (Benjamin Walker) et Owen Chase (Chris Hemsworth). Le capitaine, fils de riche, veut prouver ses compétences. Le colérique second obtiendra son bateau s'il remplit la cale d'huile de baleine.

C'est cette quête pour le combustible qui amène l'Essex très loin au large des côtes de l'Équateur. Puis l'avidité les pousse à affronter cet immense cachalot. Les séquences d'affrontement entre la baleine et les marins sont absolument terrifiantes. Howard construit une tension dans les plans successifs qui rappellent celle de Jaws (Spielberg).

Malheureusement, cette exaltation s'émousse beaucoup une fois que la bête a détruit l'Essex et pousse les survivants à la dérive dans des canots pendant 90 jours. Parce que le réalisateur d'Apollo 13 a dépeint des personnages trop unidimensionnels - les acteurs font ce qu'ils peuvent, mais ils n'ont pas grand-chose à se mettre sous la dent (au propre comme au figuré). Ce qui empêche le spectateur de ressentir une réelle empathie. Le film souffre aussi d'un manque de vélocité au début et à la fin.

À vrai dire, Howard n'avait guère le choix. Au coeur de l'océan s'avère bien plus une oeuvre sur l'incroyable force de l'instinct de survie et les abominations que l'homme peut commettre en son nom qu'une lutte sans merci entre la baleine et un capitaine. Ce qu'était Moby Dick, qui traitait de la folle obsession d'un homme et son désir de revanche. 

Le scénario de Charles Leavitt s'interroge également sur les dilemmes et les problèmes de conscience auxquels ces hommes sont confrontés, de même que les choix qui minent leur conscience. Si bien que les affrontements occupent finalement une portion congrue du film. Mais quelle portion!

Puissantes scènes de navigation

En fait, Howard semble s'être directement inspiré des Révoltés du Bounty (Lewis Milestone, 1962) et autres films de piraterie qui étaient en vogue à l'époque. Les puissantes scènes de navigation, avec le vent qui fait claquer les voiles, les cordages qui sifflent et les vagues qui bruissent, sont très évocatrices de ce que devait être la navigation au XIXe siècle.

Oui, tout ça fait vieille école. Mais les spectaculaires prises de vues aériennes et sous-marines ainsi que l'utilisation des effets spéciaux pour faire nager majestueusement les baleines sont très contemporaines. 

En fait, pour un peu qu'on cesse les comparaisons avec le Moby Dick de John Huston (1956), on peut apprécier Au coeur de l'océan pour ce qu'il propose: un voyage dans le temps où les océans étaient encore des lieux inexplorés et terrifiants qu'on ne pouvait défier impunément. Ce qui, à bien y penser, est encore le cas de nos jours...

Bande-annonce de «Au coeur de l'océan»

=> Au générique

  • Cote: ***
  • Titre: Au coeur de l'océan (v.f. de In the Heart of the Sea)
  • Genre: drame historique
  • Réalisateur: Ron Howard
  • Acteurs: Chris Hemsworth, Benjamin Walker et Tom Holland
  • Classement: général
  • Durée: 2h01

On aime: les affrontements, la photographie

On n'aime pas: le rythme inégal, des personnages mal définis

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