Olivier D. Asselin: l'inconfort et la différence

Olivier D. Asselin a suivi pendant trois ans les... (Le Soleil, Patrice Laroche)

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Olivier D. Asselin a suivi pendant trois ans les démarches - et les actions - de quatre militants environnementalistes pour réaliser son documentaire Pipelines, pouvoir et démocratie.

Le Soleil, Patrice Laroche

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(Québec) Les circonstances ne pouvaient être plus ironiques pour interviewer Olivier D. Asselin à propos de Pipelines, pouvoir et démocratie. Le réalisateur était d'ailleurs stupéfait : le matin de l'entrevue à Québec, on apprenait qu'Enbridge venait d'inverser sa canalisation 9B pour acheminer le pétrole des sables bitumineux de l'Alberta vers les raffineries de l'Est, notamment celle de Lévis. Or, son documentaire suit le combat de quatre militants qui utilisent autant de tactiques d'intervention pour contrecarrer les visées expansionnistes des pétrolières au Québec...

«Qu'ils aient le culot de faire ça pendant la conférence de Paris [sur les changements climatiques]...» Olivier D. Asselin n'en revient pas. Mais, en même temps, le geste illustre parfaitement le sujet réel de son long métrage : le déficit démocratique et le pouvoir des lobbys sur les gouvernements pour «assouvir leurs intérêts».

Ça aurait pu être les mines ou l'eau, il a choisi le pétrole, ne s'attendant pas à ce que ça devienne «autant une question de société» ces dernières années. Lui qui s'intéresse aux questions environnementales «depuis longtemps», comme en témoigne sa filmographie de courts et de moyens métrages, a eu l'occasion de suivre «ces personnages qui m'ont donné accès à une diversité hallucinante de lutte. C'est devenu une étude sur ce qui nous reste de pouvoir contre l'influence des lobbys de l'énergie».

Le documentaire suit donc pendant trois ans les démarches - et les actions - de Daniel Breton, alors ministre de l'Environnement, d'André Bélisle, d'Alyssa Symons-Bélanger et de Mikaël Rioux, notamment pour empêcher la construction d'un terminal pétrolier à Cacouna. Une bataille couronnée de succès dans leur guerre contre le projet d'oléoduc Énergie Est de TransCanada, bien connu dans la région et dans l'est du Québec.

«Les lobbys contrôlent l'agenda énergétique même s'il y a des gens de bonne volonté» à différents paliers de la société. Ce que le film cherche à démontrer, c'est «qu'il y a un problème structurel [dans notre système parlemen­taire] qui concentre le pouvoir dans les mains de quelques individus».

Film engagé

Pipelines... est un film engagé, dans la plus pure tradition du cinéma direct québécois. Parce que la surexploitation des ressources naturelles et ses conséquences environnementales «inquiètent» l'homme de 41 ans. «Nous sommes à un moment charnière.» «Il y a moyen de renverser la vapeur et de faire la différence. C'est le but du film.» Pas question de prétendre à une quelconque objectivité. 

«Je fais du documentaire, pas du journalisme. La différence, c'est le point de vue» - celui de ces militants qui arrivent difficilement «à percer le mur de l'indifférence médiatique». Ne cherchez pas la version des pétrolières, elle est déjà omniprésente «tant dans les reportages que dans la publicité des médias [généralistes]».

Comme ses protagonistes, Olivier D. Asselin revendique son droit de parole. «Je suis un citoyen qui s'indigne de temps en temps, comme tout le monde devrait le faire.» Son cinéma devient une forme de militantisme social et environnementaliste, il ne s'en formalise pas, ni ne s'en excuse. «Je ne peux pas faire autrement que de prendre position», dit-il calmement.

Le réalisateur est allé à la bonne école : il fut longtemps l'assistant du regretté Magnus Isacsson (Uranium, Vue du Sommet, La bataille de Rabaska...). Le documentaliste lui a appris l'engagement sans le dogmatisme. «Je ne me sens pas dans une boîte. J'ai l'impression que tout le monde devrait, à un moment donné, prendre le flambeau et s'indigner.»

«Minuit moins une»

Dans l'état actuel des choses et du débat sur les hydrocarbures, tant son exploitation possible sur Anticosti que du transport du pétrole destiné à l'exportation sur notre territoire, le réalisateur espère que le film va provoquer des discussions. «Ça ne laisse personne indifférent. J'espère. Il est minuit moins une.»

Le film n'impose pas pour autant ses vues - «il ouvre plusieurs portes» - ni ne prêche aux convertis. «C'est exactement le contraire, s'exclame-t-il. On suit la lutte de quatre humains dans toute leur complexité et leur vulnérabilité. C'est ce qui fait que tout le monde peut s'identifier. Ce n'est pas un film qui s'adresse aux gens qui sont déjà informés sur ces enjeux-là, mais à tout le monde. Et tant mieux. Parce que le sujet, c'est ce qu'il nous reste de démocratie face au pouvoir qui agit derrière des portes closes. Ça, on s'entend, ça devrait concerner tout le monde.»

Le réalisateur sera présent à la représentation de samedi, à 19h10, au Cinéma Cartier pour une séance d'échanges avec le public.

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