Gaspar Noé, l'homme à scandale

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Gaspar Noé trouve qu'il y a une forme d'hypocrisie dans la représentation du sexe à l'écran. «Les films sont en général trop pudiques.»

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(Québec) Gaspar Noé a provoqué une spectaculaire controverse au Festival de Cannes, en 2002, avec Irréversible. On lui reprochait, notamment, une scène de viol explicite et très réaliste. Il a remis ça cette année avec Love, un film avec de nombreuses scènes sexuelles filmées pour vrai, le tout en 3D. En entrevue avec Le Soleil, le réalisateur franco-argentin s'est défendu d'être un provocateur et revient sur les difficultés qu'il a rencontrées.

L'histoire n'a rien de bien original. Murphy rencontre Electra, à Paris. Le duo s'aime passionnément. Mais une voisine va s'immiscer dans leur relation. Love ne fait pas dans la dentelle : il montre l'acte sexuel dans toutes ses variations. «J'ai voulu filmer ça comme ça se passe dans la vie, sans me créer de problèmes de censure. Ce n'est pas un film érotique, je crois. Mais ça devait paraître aussi vrai que dans la vie», explique Gaspar Noé.

L'homme de 51 ans l'avoue volontiers, il s'est inspiré de ce que ses amis et lui ont vécu plus jeune - le scénario remonte à plus d'une douzaine d'années. N'empêche : ça n'a pas été une sinécure à financer en raison «de sa nature». Et encore plus de trouver les acteurs.

Au départ, il comptait utiliser un vrai couple et «presque filmer comme un documentaire émotionnel». L'idée a été abandonnée, mais encore fallait-il des acteurs prêts à repousser les limites de la représentation physique dans un contexte qui n'était pas pornographique. L'intérêt démontré par certains a disparu lorsqu'ils se sont retrouvés en couple dans la vraie vie. Après avoir obtenu l'assentiment d'Aomi Muyock, une ex-mannequin suisse sans expérience au cinéma, il lui faudra attendre près d'un an et «in extremis» avant de pouvoir compter sur l'acteur américain Karl Glusman.

Love ne fait pas dans la dentelle :... (Fournie par les films Séville) - image 2.0

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Love ne fait pas dans la dentelle : il montre l'acte sexuel dans toutes ses variations.

Fournie par les films Séville

Projeté à Cannes hors compétition, Love divise profondément la critique. Certains soulignent sa beauté formelle et ses qualités mélodramatiques, d'autres, comme l'auteur de ces lignes, déplorent la banalité du récit, ses clichés et trouvent la provocation infantile. 

Ça ne l'empêche pas de dormir. «On ne fait pas des films pour la critique ou pour qu'il fasse beaucoup d'entrées. On le fait pour s'exprimer. La réaction à mon travail est toujours bipolaire. J'ai toujours la moitié de la presse qui cale mon film et l'autre moitié qui l'encense. Je suis habitué même si j'ai été un peu surpris : je n'y vois rien de sulfureux. Il est vrai, toutefois, que la représentation du bonheur des autres sous cette forme peut choquer [des gens] parce que ça ne correspond pas à leur imagerie du bonheur.»

C'est un point qui se défend. Gaspar Noé trouve aussi qu'il y a une forme d'hypocrisie dans la représentation du sexe à l'écran. «Les films sont en général trop pudiques. Je trouve que ça manque un peu dans le paysage», affirme-t-il en donnant en exemple La vie d'Adèle.

Montrer le sexe masculin

Encore que Love n'aplanit pas toutes les difficultés liées à ce sujet. Il se concentre surtout sur la sexualité masculine - on y voit beaucoup d'éjaculations, entre autres... Gaspar Noé assume. «Le sexe masculin est plus facile à filmer. Et ce qu'on trouve sur Internet, c'est un genre qui est destiné à une consommation rapide. Je ne voulais pas que mon visuel rappelle ce genre de film-là.» Vrai que, comme il le souligne, il filme aussi beaucoup les visages pendant l'acte. De cette façon, «on est collé à leur vie intime».

Ceci pouvant expliquer cela, le réalisateur s'est rendu compte que Love plaît plus aux femmes qu'aux hommes. «Elles sont plus touchées et plus fascinées.»

Peu importe ce qu'on peut penser de la démarche de Noé, elle est au moins conséquente avec son intention de montrer l'acte sexuel de deux personnes qui s'aiment. Il refuse d'ailleurs l'étiquette de provocateur. «On n'utilisait pas ce terme-là pour Pasolini, Fassbinder ou pour John Boorman quand il a fait Délivrance. Je suis plutôt l'héritier d'un certain cinéma des années 70. Je ne me considère pas du tout comme un provocateur. Je perpétue une forme de diversité cinématographique.»

Une diversité qui pourrait l'amener à s'intéresser, pour un prochain film, à «certaines formes d'escroquerie religieuse». Mais tout ça est encore flou, dit celui qui n'a pas de projet précis, mais qui aimerait bien tourner un documentaire ou un film en Afrique. Pas banal, en tout cas.

Love prend l'affiche le 27 novembre.

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