Les êtres chers: ceux qui restent  ***1/2

L'affection de David (Maxim Gaudette) pour sa fille... (Fournie par les Films Séville)

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L'affection de David (Maxim Gaudette) pour sa fille Laurence (Karelle Tremblay) lui permet de sublimer son mal de vivre.

Fournie par les Films Séville

Le SoleilÉric Moreault 3/5

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(Québec) CRITIQUE / Anne Émond est sortie là où on ne l'attendait pas pour son touchant deuxième long métrage. Les êtres chers s'avère radicalement différent de Nuit #1, autant dans son thème - le lourd fardeau d'un drame - que dans son traitement, plus accessible. Résultat : une chronique lumineuse et tendre malgré son sujet délicat, un très beau portrait familial qui touche une corde sensible enfouie au plus profond de chaque spectateur.

Nuit #1 (2011) avait fait forte impression en raison de sa signature sans compromis et de sa façon explicite de montrer un couple qui fait l'amour pendant toute une nuit. Après Éros, c'est Thanatos qui est convié devant sa caméra dans Les êtres chers, mais avec beaucoup de pudeur.

Le long métrage aborde une problématique douloureuse, surtout au Québec, le suicide d'un père. Le film s'ouvre sur cette mort violente, en 1978, et le mensonge subséquent d'un de ses fils au reste de la famille, qui dissimule la vraie nature de sa mort. Il le fait surtout pour protéger David (Maxim Gaudette), un jeune homme sensible et mélancolique. 

Les années passent et David forme à son tour une famille dans le Bas-du-Fleuve, avec sa belle Marie (Valérie Cadieux) et ses deux enfants. Lorsque le sculpteur apprend la vraie nature de la mort du patriarche, il est envahi par des idées noires. Son affection pour sa fille Laurence (Karelle Tremblay), qu'il adore, lui permet de sublimer son mal de vivre...

L'acte de s'enlever la vie aurait pu devenir l'éléphant au centre du film que personne ne veut voir. Sans l'éviter, Anne Émond en montre des aspects, mais surtout tout ce qui l'entoure : ceux qui restent et doivent composer avec les répercussions sismiques de la tragédie.

Autant le portrait de cette famille rurale se veut intimiste, autant la durée en est ambitieuse : une vingtaine d'années. En quelques vignettes et ellipses, la réalisatrice nous montre ses personnages, sur lesquels elle pose un regard empathique, vieillir devant sa caméra. Ce qui favorise notre attachement. Tout le monde se reconnaît dans ces petits bonheurs et ces tensions familiales, notamment celles entre David et son frère cadet alcoolique, puis entre ce père (trop) aimant et son ado qui étouffe.

À ce propos, la réalisatrice a pris un gros risque scénaristique. Aux deux tiers du film, lorsque Laurence sort de sa révolte adolescente, la jeune femme prend le relais de son père, à un moment crucial sur le plan narratif. 

L'abandon de ce personnage profondément attachant, interprété avec brio et une incroyable sensibilité par Maxim Gaudette, ne va pas sans heurts. Karelle Tremblay montre un surprenant aplomb, mais Laurence me semble moins bien dessinée. Et son frère apparaît peu dans le portrait. 

N'empêche. La jeune réalisatrice (33 ans) démontre une belle sensibilité, tant dans l'écriture que dans la mise en scène, et une belle maîtrise. Sa caméra s'attarde aux visages sans être intrusive, à la recherche de l'émotion fugace qui marque les esprits. Son utilisation de la musique, particulièrement pertinente, me fait penser à la touche Jean-Marc Vallée.

Les êtres chers est un film bouleversant, mais rempli de tendresse et d'humour, qui se termine sur une note d'espoir. Un dialogue me revient d'ailleurs sans cesse, lorsque Karelle demande à sa grand-mère à quoi bon vivre : «Pour voir vieillir ceux qu'on aime.»

Bande-annonce de «Les êtres chers»

=> Au générique

  • Cote: *** 1/2
  • Titre: Les êtres chers
  • Genre: drame
  • Réalisatrice: Anne Émond
  • Acteurs: Maxim Gaudette, Karelle Tremblay, Valérie Cadieux et Mickaël Gouin
  • Classement: général
  • Durée: 1h42
On aime: la sensibilité et la touche de la réalisatrice, le sujet sans faux-fuyant, la fabuleuse trame sonore

On n'aime pas: un troisième acte plus faible, quelques longueurs vers la fin

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