Un film pour ouvrir des boîtes de Pandore

Michael Keaton et Mark Ruffalo dans Spotlight, sur l'équipe... (PHOTO FOURNIE PAR OPEN ROAD FILMS)

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Michael Keaton et Mark Ruffalo dans Spotlight, sur l'équipe de journalistes qui a révélé le scandale des prêtres pédophiles catholiques à Boston.

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(Toronto) TORONTO - Ce matin de septembre, Tom McCarthy était heureux. Et soulagé. La présentation de Spotlight au Festival de Toronto (TIFF), la veille, a fait sensation.

L'acteur Michael Keaton et le réalisateur Tom McCarthy... (AP, Casey Curry) - image 1.0

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L'acteur Michael Keaton et le réalisateur Tom McCarthy

AP, Casey Curry

Depuis, ce puissant et fascinant long métrage sur l'équipe de journalistes qui révèle le scandale des prêtres pédophiles catholiques à Boston est considéré comme un sérieux prétendant aux Oscars. L'acteur et réalisateur de 49 ans s'est entretenu avec Le Soleil sur ce qui l'a guidé, son amitié avec Mark Ruffalo et comment il a évité le pire comme enfant de choeur.

Q Question simple : pourquoi faire ce film?

R Réponse simple : parce qu'on me l'a offert [rires]. Quand j'ai commencé à faire un peu de recherche, j'y ai vu un sujet vraiment important, dans un genre de films que je n'avais jamais fait. Nous avons engagé Josh Singer pour l'écrire et dès le début, il a voulu se rendre à Boston. Je l'ai accompagné et nous avons rencontré les journalistes. C'était tellement cool que je lui ai dit que je voulais écrire avec lui. Josh et moi nous sommes tout de suite entendus, professionnellement et personnellement. [...] Quand on accompagne un film pendant trois ans, on se doit de l'aimer et d'être interpellé.

Q Justement, quelle a été votre réaction à ces abus?

R J'ai réagi la première fois il y a 12 ans, quand la nouvelle a éclaté. J'étais dégoûté. Consterné et choqué. Mais j'en ai pris la pleine mesure quand je me suis assis avec les victimes, c'était déchirant. Comme on le montre dans le film, ces gens doivent vivre avec ça pour le reste de leur vie et pour certains, c'est une lutte de tous les instants. On se dit : j'ai été chanceux. J'étais enfant de choeur. Comme mes deux frères. Rien ne nous est arrivé. Mais j'en connais à qui c'est arrivé. Il y en a d'autres qui se sont confiés à moi pendant le tournage. [...] Cette série d'articles a eu un impact global sur une des plus importantes religions au monde. Et j'ai l'impression que ce film va ouvrir de nouvelles boîtes de Pandore, que plus de survivants vont vouloir raconter leur histoire. Il y a encore certaines parties du monde, comme l'Amérique du Sud, où cette crise n'a pas encore éclaté et où ça se produira.

Q Québec a été secouée par un tel scandale [impliquant les Rédemptoristes] et le procès subséquent...

R C'est notre plus grande peur [comme parents]. Nous savons à quel point les enfants sont précieux. Et nous ne pouvons pas toujours les protéger. Il y a cet aspect dans l'histoire. Les gens plaçaient leurs enfants entre les mains de gens censés les protéger. Ces prêtres disaient aux pauvres : «On va en prendre soin.» Puis ils en abusaient. Le mal incarné... Et non seulement l'Église catholique couvrait les scandales, mais elle transférait [les prêtres] dans d'autres paroisses.

Q Sur le plan cinématographique, vous deviez relever un défi considérable : que le film ne soit pas trop statique. Des journalistes qui épluchent des rapports et donnent des coups de fil, ça n'a rien de trop palpitant.

R Dès le départ, nous nous sommes rappelé qu'on voyait l'histoire à travers les yeux des journalistes. Laissons-les nous guider et nous ramener à une époque où personne ne soupçonnait l'étendue du phénomène. C'est vrai que, souvent, le journalisme est ennuyeux. Pour contourner ça, nous avons décidé de passer d'un personnage à l'autre. Ils étaient un, d'une certaine façon. Ce mouvement crée l'impulsion narrative parce que l'audience ne sait jamais quelle direction nous allons prendre.

Q Vous avez une impressionnante brochette d'acteurs (Michael Keaton, Mark Ruffalo, Rachel McAdams et Stanley Tucci) pour jouer les journalistes. Ont-ils embarqué d'emblée?

R Nous avons commencé avec Mark, que je connais depuis longtemps. Nous avons un respect mutuel pour notre travail, du moins, c'est ce qu'il me dit [rires]. Mark est un activiste, qui croit beaucoup en la justice sociale. Mais c'est d'abord et avant tout un acteur. Il a été emballé tout de suite. Même chose pour les autres. La plupart des acteurs veulent travailler dans quelque chose de signifiant. Comme Mark dit souvent : «On fait des films pour [les spectateurs] et d'autres pour nous.» Celui-là était pour nous. Même si les vrais héros, ce sont les journalistes. 

Q Êtes-vous touché par la réaction enthousiaste du public en festivals?

R Comme réalisateur, on vit pour sentir les spectateurs accueillir notre film. Et c'est ce qui s'est passé à Venise, à Telluride et à Toronto. Toute l'équipe a vécu cette expérience et nous sentons que nous avons fait un film qui non seulement raconte une bonne histoire qui touche les gens, mais qui a un impact. Nous en sommes très fiers.

Spotlight : édition spéciale prend l'affiche vendredi.

Rachel McAdams (Sacha Pfeiffer), Mark Ruffalo (Michael Rezendes),... (Open Road Films) - image 2.0

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Rachel McAdams (Sacha Pfeiffer), Mark Ruffalo (Michael Rezendes), Brian d'Arcy James (Matt Carroll), Michael Keaton (Walter "Robby" Robinson) et John Slattery (Ben Bradlee Jr.) composent l'équipe du bureau d'enquête du Boston Globe dans Spotlight.

Open Road Films

Le scandale qui a ébranlé le Vatican

Spotlight tire son titre du nom du bureau d'enquête du Boston Globe. En 2000, un quatuor de journalistes commence à s'intéresser à un camouflage éhonté par l'Église catholique à propos d'un prêtre qui aurait fait 84 victimes sur une période de trois ans. Mais ils vont rapidement découvrir que l'omnipotente Église a des tentacules partout dans la société bostonnaise tissée serrée et que même la justice préfère détourner le regard. Lorsque Michael Rezendes, Walter Robinson, Sacha Pfeiffer et Marty Baron vont s'intéresser aux prêtres, ils vont découvrir que le nombre d'agresseurs prend des proportions endémiques. La série d'articles publiés en 2002 va secouer les fondations de l'Église et choquer le monde entier, permettant pendant des années à des victimes de lever le voile sur ces abominations. C'est cette scandaleuse histoire que Tom McCarthy a mise en images. 

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