Anne Émond, de l'ombre à la lumière

Anne Émond a tourné Les êtres chers dans... (PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE)

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Anne Émond a tourné Les êtres chers dans le Bas-du-Fleuve, d'où elle est originaire.

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(Québec) Anne Émond a fait une entrée remarquée dans notre cinématographie avec Nuit #1 (2011). Son long métrage primé en festivals décrivait, sur un mode intimiste et urbain, la première nuit d'un homme et d'une femme qui font l'amour, puis tentent de se découvrir. Le très beau Les êtres chers ne pouvait être plus radicalement différent. Un film qui offre un portrait tendre sur une longue période d'une famille rurale qui doit vivre avec les répercussions sismiques d'un drame et tente de passer de l'ombre à la lumière.

La réalisatrice de 33 ans a fait un film plus «commercial», elle l'assume. La liberté de création ne supporte aucune contrainte ou formatage, dit celle qui aime les artistes comme Gus Van Sant «qui sont capables d'aller n'importe où». «Avec Les êtres chers, je trouvais qu'il fallait donner un souffle plus ample et faire un film plus généreux. J'avais cette responsabilité de vouloir rejoindre un plus vaste public.»

Le long métrage aborde un sujet sensible, surtout ici, le suicide d'un père et le mensonge d'un de ses fils au reste de la famille, qui dissimule la vraie nature de sa mort. «Le suicide fait partie du film, mais il parle aussi d'amour, de ce qu'on lègue à nos enfants. Même si le sujet est sombre et il y a des moments où on pleure, c'est assez lumineux et plein d'espoir. J'espère que les gens n'auront pas peur du sujet. Il y a de l'humour et de la tendresse.

«Par rapport au mensonge, ce que je voulais, c'était de créer un film universel. Si tout le monde n'a pas connu un suicide, j'ai l'impression que toutes les familles ont connu un drame. Toutes les familles ont des histoires non résolues, tout le monde peut aller chercher des choses.» À preuve, dit-elle, même s'il est très québécois dans son essence, Les êtres chers a touché les programmateurs des festivals (Locarno et Toronto, entre autres), qui se sont reconnus.

L'action se déroule dans le Bas-du-Fleuve, d'où est originaire la cinéaste. Le sujet, très personnel, taraude Anne Émond depuis longtemps. «Je n'ai pas envie de raconter ma vie. Ce que j'ai à dire est dans le film, mais je ne veux pas mentir. Il y a des trucs autobiographiques, mais il y a énormément de fiction. Si je l'ai écrit de cette façon, c'est parce que je sentais que j'avais les outils pour en parler de manière sensible et réaliste.»

Ceux qui restent

Cette fresque familiale, qui s'étend sur plus d'une vingtaine d'années, s'attarde donc à ceux qui restent. Et qui restent avec les questions et pas toujours de réponses, mais choisissent de vivre. «Dans la vie, on a tendance à simplifier le suicide. C'est-à-dire qu'on a besoin de raisons rassurantes pour expliquer l'inexplicable. [...] On peut porter un mal de vivre même si, en apparence, on a tout pour être heureux.»

Ce qui est le cas de David : un travail, une belle conjointe et deux enfants, dont sa fille Laurence [Karelle Tremblay], qu'il adore. «Le problème avec David, ce n'est pas qu'il n'aime pas la vie, c'est qu'il l'aime trop. Il n'est pas capable de vivre avec le côté éphémère des choses», explique-t-elle.

Maxime Gaudette, qu'on peut voir en ce moment dans 1984 au Trident, se glisse avec brio dans la peau de cet homme sensible et mélancolique. Un choix qui n'allait pas de soi. «J'aime beaucoup son travail, mais je ne l'avais pas du tout en tête.» Il a emporté le morceau en audition. «J'ai été complètement désarmée. Il sourit, mais il a au fond des yeux une tristesse tout le temps.»

On ne suit pas David tout au long du film. Lorsque Laurence sort de sa révolte adolescente, la jeune femme prend le relais de son père, à un moment crucial, un choix «casse-gueule» sur le plan scénaristique. «Karelle a réussi à bien reprendre le film sur ses épaules», estime la cinéaste.

«Ça parle aussi du temps qui passe, ce qu'on lègue, le bon et le mauvais. J'avais vraiment le goût qu'on voit les personnages vieillir sous nos yeux. Je voulais les rendre attachants et qu'on aille le temps de les connaître. C'est tout un défi.»

Anne Émond a voulu passer de l'ombre à la lumière avec Les êtres chers, le côté plus obscur des choses l'a tout de même rattrapée. La réalisatrice a tourné cet automne Nelly, librement inspiré de la vie et de l'oeuvre de Nelly Arcan. La sortie en salle est prévue pour 2016. En attendant, Les êtres chers prend l'affiche vendredi.

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