Renée Beaulieu: de pharmacienne à Garagiste

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La réalisatrice Renée Beaulieu n'envisageait personne d'autre que Normand D'Amour pour le rôle principal du Garagiste, un film qui traite de dignité, de liberté, d'identité et de filiation.

La Presse, Martin Chamberland

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(Québec) Lorsque Le Soleil l'a jointe, Renée Beaulieu bouclait ses valises. Elle accompagne Le garagiste à Kiev, en Ukraine, en compétition au 45e Festival Molodist. Fébrile, donc. Mais aussi immensément heureuse. Parce que la réalisatrice a prouvé qu'elle était «capable de faire un film», avec trois fois rien. Un beau destin pour un long métrage basé sur une mort annoncée...

Renée Beaulieu a grandi «sur les rochers de Trois-Pistoles», en rêvant de cinéma. Mais l'enseignante en scénarisation à l'Université de Montréal a d'abord pris un détour : elle est devenue pharmacienne. Même si elle «n'a pas trop travaillé là-dedans», un remplacement lui a fourni un souvenir indélébile, lié à un pilulier très compliqué d'un homme devant se soumettre à de la dialyse. 

Un jour, «il est arrivé au bout du comptoir et il a annoncé qu'il arrêtait tout. Il est venu dire adieu à mon conjoint [pharmacien] et aux employés. Ça a causé toute une onde de choc. On savait qu'il serait mort dans les 7 à 10 jours. Ça m'a marquée», explique Renée Beaulieu.

Après Le ring (2007), d'Anaïs Barbeau-Lavalette, qu'elle a scénarisé, Renée Beaulieu s'est attaquée à cette histoire, puisant dans ses souvenirs pour la mettre à sa main - son grand-père était garagiste. 

Mais le long métrage n'a jamais reçu l'assentiment institutionnel. «J'ai essayé de l'oublier.» Pas possible. Avec 20 000 $ en poche, elle a tout de même convaincu ses deux producteurs. Puis les acteurs, qui ont accepté de tourner pour rien. Aidée de professionnels expérimentés, mais aussi d'étudiants, la cinéaste a tourné ses 135 scènes en 17 jours, à Trois-Pistoles. «Tout le monde dormait chez mon oncle, ma tante, les amis...»

Pas question de tourner ailleurs. «J'aime les choses compliquées, dit-elle en riant. Je ne me suis pas trop posé de questions. Tout était propice à ce que ce soit tourné là. La nature est vraiment importante pour le film.»

Mais pas autant que ce garagiste taciturne, usé par sa maladie et ses cinq années à espérer une greffe du rein. Renée Beaulieu n'a pas écrit avec un acteur en tête, mais dès le scénario complété, Normand D'Amour s'est imposé pour l'interpréter (lire l'autre texte). 

Avec ce personnage «généreux», Renée Beaulieu a voulu faire un film sur la dignité, la liberté et l'identité. Mais il traite aussi beaucoup de filiation. Adrien va engager un jeune comme aide-mécanicien - sans savoir, au départ, que c'est son fils. Et quand il va l'apprendre, Adrien va accepter de ne pas lui révéler. «C'était le secret qui m'intéressait. Il se comporte comme un père et l'autre reçoit ça comme un fils sans vraiment s'en rendre compte.»

Le film pose donc avec acuité toute la question de la parentalité et des liens affectifs qui se développent sans pour autant reposer sur le sang - une situation de plus en plus courante en Occident avec les familles recomposées et l'adoption. «Il n'y a pas de réponse comme telle. Mais ils sont dans un rapport filial fort sans en parler, sans explication.»

Univers masculin

On s'en doute, Le garagiste est un univers très masculin. Le père d'Adrien travaille, enfin, c'est vite dit, au garage lui aussi. Les femmes sont en retrait, et leur personnage, peu développé. On s'en étonne, mais Renée Beaulieu «assume». «Quand j'écris, je ne me pose pas ces questions-là. Mes sources d'inspiration étaient diverses, mais surtout axées sur le personnage principal. C'était l'histoire que j'avais à raconter.»

D'ailleurs, son prochain long métrage a un «caractère féministe» malgré son titre équivoque : Les salopes. «Il explore l'infidélité féminine et le rapport des femmes au plaisir.» Renée Beaulieu espère «que ça va aller plus rondement» cette fois. Le film «est déposé [aux institutions] en production».

Les multiples sélections du Garagiste en festival (Italie, Maroc, Allemagne, etc.) sont une douce revanche. «C'est très gratifiant. Et ça justifie tous mes efforts.»

 

Dans Le garagiste, Normand D'Amour incarne Adrien, un... (Fournie par TVA Films) - image 2.0

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Dans Le garagiste, Normand D'Amour incarne Adrien, un homme taciturne, usé par sa maladie et ses cinq années à espérer une greffe du rein. 

Fournie par TVA Films

Montrer la vie

Renée Beaulieu n'envisageait personne d'autre que Normand D'Amour pour le rôle principal du Garagiste. Son charisme et son animalité, «ça me prenait cette force-là», dit la réalisatrice. Même sans cachet, l'acteur ne s'est pas fait prier. La détermination de la cinéaste a fait foi de tout, explique cet amoureux du septième art. 

Le rôle de cet homme blessé, au propre comme au figuré, a aussi pesé lourd dans la balance. «Je voulais relever le défi de cet homme taciturne, qui ne livre jamais ses émotions. Dieu sait qu'il y en a des hommes comme ça au Québec! J'ai pensé beaucoup à mon père et surtout à mon frère qui était en train de se battre contre un cancer au moment du tournage. Un combat qu'il a perdu...»

Sur place, Normand D'Amour a adoré son expérience sur le bord du fleuve Saint-Laurent, l'énergie de la petite équipe très soudée... «C'est simple, il n'y a pas d'esbroufe... C'est un film qui montre la vie comme je l'aime. Pas obligé que ça saute partout», explique celui qui confie avoir des goûts cinématographiques très éclectiques. «Un bon film, c'est un bon film. Que ce soit La guerre des étoiles ou Paris, Texas [de Wim Wenders]. Je suis ému très facilement.»

Le visionnement du Garagiste, avec sa structure de plans-séquence, a confirmé son intuition. «Ça m'a fait le même effet que Paris, Texas. Cette vague, jamais violente, mais avec un ressac...»

Dialogues minimalistes

Les dialogues minimalistes s'avéraient aussi un beau défi pour exprimer autrement son talent d'acteur, par le simple regard. «Au cinéma, moins tu en fais, mieux c'est. Je suis très heureux d'y être arrivé. C'est toujours ce que j'ai voulu faire dans la vie, du cinéma. Ça me parle énormément. J'aimerais ça en faire beaucoup plus. Ça viendra.»

Même s'il est énormément sollicité au théâtre et à la télévision, il n'attendra pas trop longtemps des offres. Normand D'Amour envisage de réaliser ses propres films. «Ça me trotte dans la tête depuis longtemps. J'ai juste 53 ans et je n'ai pas dit tout ce que j'avais à dire.» Et Dieu sait qu'il en a des choses à dire, en entrevue!

L'intense acteur n'a pas de scénario sous la main, mais il entend profiter de l'été prochain pour en écrire un. Comme on n'est jamais si bien servi que par soi-même... 

Le garagiste prend l'affiche vendredi.

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