Les démons de l'enfance selon Philippe Lesage

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Pour son premier long métrage de fiction, le réalisateur Philippe Lesage a voulu exorciser ses démons imaginaires et mettre en image cette «sensibilité à fleur de peau» qui caractérise l'enfance.

La Presse, Édouard Plante-Fréchette

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(Québec) Philippe Lesage a grandi à Longueuil, dans les années 80, alors que sévissait une vague d'enlèvements d'enfants. Pour son premier long métrage de fiction, le réalisateur de 40 ans a voulu exorciser ses démons imaginaires et mettre en image cette «sensibilité à fleur de peau» qui caractérise l'enfance. Il livre un film très personnel, tant sur le fond que dans la forme, qui a néanmoins une résonance universelle, estime le cinéaste en entrevue au Soleil.

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Les démons repose sur des plans-séquences, souvent cadrés large. Il a parfois fallu plus d'une quarantaine de prises pour que tout le monde soit bon.

Fournie par FunFilm Distribution

Dans Les démons, Félix, 10 ans, vit les derniers jours de l'année scolaire dans une banlieue anonyme et à un moment non précisé. Anxieux et l'imagination débordante, le garçon craint d'être enlevé, que ses parents se séparent, d'être différent et même d'avoir le sida...

«Félix, c'est très proche de mon enfance», confirme cet hypocondriaque assumé. Mais tout le monde va s'y reconnaître, croit-il. «On est très sensible quand on est enfant et on absorbe beaucoup. C'est pour ça que l'enfance a l'air d'une éternité. C'est une période tellement intense. Je trouvais intéressant d'explorer les peurs, la lente perte d'innocence, la solitude aussi.»

Même bien entouré, Félix est dans son monde et les parents y évoluent en périphérie. «Même si j'avais de grandes angoisses un peu bizarroïdes, je n'avais pas nécessairement le goût de confier ça à des adultes.» Des menaces chimériques qui sont néanmoins ancrées dans le réel.

«La mort peut nous attendre à un coin de rue. La société nous le rappelle constamment. On vit dans une société de méfiance, de peur. On projette beaucoup ça dans les enfants. [...] On les surprotège, et peut-être qu'en les surprotégeant, on les rend plus anxieux.»

Dans cette «vie intérieure très intense» qu'on voit par les yeux de Félix, les événements sont peut-être le fruit de son imagination. Paradoxalement, la facture des Démons a beau être un peu décalée, elle emprunte au cinéma-vérité et au documentaire, d'où vient le réalisateur, pour des raisons pratico-pratiques.

C'est qu'à la sortie de ses études en cinéma, au Danemark, il était peu intéressé par le court métrage. Le documentaire lui permettait d'explorer le long métrage, à peu de frais. Ce coeur qui bat, couronné d'un Jutra en 2012, disposait de 25 000 $. «C'était ridicule.»

Même si ses quatre documentaires étaient très cinématographiques, son expérience a teinté son approche, admet-il. «Je me suis rendu compte, en observant le réel, qu'il y a tellement de choses incroyables, spectaculaires et riches qui se passent devant la caméra. La vraie vie est plus intéressante que la fiction. Mais, en même temps, je trouvais ça insatisfaisant d'être prisonnier du réel. Je ne pouvais pas exprimer quelque chose de plus personnel. [...] En documentaire, j'explorais des univers qui m'étaient plus étrangers. Là, je pouvais m'exprimer de façon plus frontale et directe.»

Mais pour ça, Philippe Lesage devait d'abord trouver son alter ego, et les nombreux enfants qui l'entourent. L'équipe a vu plus de 800 enfants sur une période de six mois. Comme il est de coutume, le réalisateur s'est ensuite fait seconder par un «coach d'enfants». Mais après une semaine, il a sacrifié l'intermédiaire. «Ta personnalité influence beaucoup la façon dont ils abordent le rôle : tu leur communiques quelque chose d'intangible. C'était ma job.»

Une approche risquée puisque Les démons repose sur des plans-séquences, souvent cadrés large. Il a parfois fallu plus d'une quarantaine de prises pour que tout le monde soit bon : «Tu ne peux pas tricher.» Un effort qui en valait la peine, estime-t-il.

«Ça donne plus de liberté au spectateur, d'une part. Je suis aussi fasciné par le ballet des corps humains, d'autre part, le mouvement de la vie. Dans ce film, ça marchait bien parce que [les plans-séquences larges] servent la tension. Ça te met un peu sur le qui-vive. Tu laisses la caméra rouler et le spectateur s'attend à ce qu'il se passe quelque chose, mais ce n'est pas toujours ce qu'il a soupçonné. Bien cadré, il y a quelque chose d'hypnotique. [...] Le grand maître de ça, c'est [Stanley] Kubrick. Ça corroborait le type de mise en scène que je voulais avoir.»

Un effort remarqué puisque le long métrage était de la compétition officielle à San Sebastian. Il a aussi été présenté à Namur, à Hambourg et au Festival du nouveau cinéma de Montréal, la semaine passée.

Maintenant qu'il a pris racine dans la fiction, Philippe Lesage veut poursuivre sur sa lancée. Son prochain film, Genèse, reviendra sur les premières amours à l'adolescence. On appelle ça avoir de la suite dans les idées.

Les démons prend l'affiche vendredi.

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