Le devoir de mémoire d'Atom Egoyan

Atom Egoyan a renoué avec l'acteur Christopher Plummer sur Souviens-toi.... (Fournie par les Films Séville)

Agrandir

Atom Egoyan a renoué avec l'acteur Christopher Plummer sur Souviens-toi. Il avait déjà travaillé avec le Montréalais sur Ararat, en 2002.

Fournie par les Films Séville

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Toronto) Atom Egoyan a senti le besoin de revenir à la source de son cinéma d'auteur avec Souviens-toi (Remember), après une dizaine d'années à réaliser des films plus ou moins réussis. Il a trouvé dans le scénario de Benjamin August des thèmes qui l'obsèdent depuis ses débuts. Il espère que ce long métrage étonnant sur un chasseur de nazis gériatrique lui permettra de retrouver sa réputation de cinéaste exceptionnel, confie-t-il en entrevue au Soleil en marge du Festival de Toronto (TIFF).

Après l'échec retentissant de La captive, l'an passé au Festival de Cannes - où il a souvent brillé -, on aurait compris si Egoyan s'était contenté d'une conférence de presse après la première nord-américaine de Souviens-toi. Contrairement à Jean-Marc Vallée ou à Denis Villeneuve, l'aventure hollywoodienne ne donne pas les résultats escomptés.

Mais le réalisateur torontois de 55 ans est un homme affable, brillant et bon communicateur qui ne se défile pas quand on évoque ses insuccès récents. Il les connaît puisqu'il lit les critiques. «Ma femme [l'actrice Arsinée Khanjian] et mon fils me disent souvent : "Ne t'inflige pas ça." D'autant que je consulte d'abord les critiques négatives. Je veux voir quels aspects sont attaqués.»

Selon lui, la principale fausse perception à son propos provient du fait qu'il tourne depuis longtemps. «Le milieu de carrière est difficile. Tu ne viens pas d'être découvert et tu n'es pas encore rendu à ce moment où tu es assez vieux pour faire ce que tu veux. L'autre idée reçue à propos de mon oeuvre? Que c'est facile de réaliser de grands films. Ça ne l'est pas. J'ai eu cette série extraordinaire [de films dans les années 90]. Mais c'est difficile de toujours faire mouche.»

Dans ce contexte, la production modeste de Souviens-toi s'est avérée un soulagement. «Ça faisait du bien de retrouver quelque chose de simple. J'avais besoin de faire quelque chose à cette échelle. J'en suis fier.»

Malgré son petit budget, Egoyan peut compter sur des acteurs légendaires : Bruno Ganz (Les ailes du désir), Martin Landau (Ed Wood) et le grand Christopher Plummer (La mélodie du bonheur, Un homme d'exception). La présence de l'Allemand «était presque surréaliste» tellement elle lui semblait improbable, surtout pour une apparition éclair. Il en allait autrement de Plummer, qui joue le rôle principal.

Egoyan avait déjà travaillé avec le Montréalais sur Ararat (2002) et dès la lecture du scénario de Souviens-toi, le réalisateur a espéré qu'il accepterait le rôle. Tout en sachant qu'il devrait s'adapter aux méthodes de travail rapides et aux horaires peu pratiques de l'acteur. Une fois que la prise est bonne, Plummer ne voit pas la nécessité d'en faire d'autres «juste au cas». 

«J'aime travailler avec des acteurs qui arrivent extrêmement préparés. Mais il faut s'adapter. [...] En salle de montage, on utilise souvent la première ou la deuxième prise de toute façon. Quand on en fait trop, on finit par oublier l'intention de départ. On perd du temps. De plus, en travaillant avec des acteurs âgés, je devais respecter leur rythme. Chris [Plummer] était très spécifique : il voulait faire toutes ses prises avant le dîner.»

Plummer interprète Zev, un octogénaire veuf depuis peu. À la maison de retraite où il soigne sa démence, son compagnon d'infortune Max (Martin Landau) lui confie une mission : retrouver Rudy Kolander, un homme qui a massacré leurs familles à Ausch­witz. Souffrant de pertes de mémoire, Zev doit constamment référer aux instructions que Max lui a écrites sur une missive.

«Ce sont des thèmes qui m'obsèdent depuis mes tout premiers films : les traumatismes, la mémoire, la justice... [Zev] réagit à ses idées, mais elles sont dans un endroit [de son cerveau] auquel il n'a pas accès en raison de sa démence. J'ai trouvé que c'était presque radical.» Au point de faire beaucoup de recherches auprès de spécialistes pour savoir si c'était plausible. «Il est aussi traumatisé par ce qui s'est passé dans ce camp, ce qui est assez inhabituel.»

Pour ce qui est de la lettre, explique Egoyan, elle n'a qu'une seule fonction : faire en sorte que Zev achète un pistolet, descende un suspect et que l'histoire éclate dans les médias. Ça ne se passe pas comme prévu parce que le vieil homme «va rencontrer plein de gens gentils qui vont l'aider» dans sa mission funeste. 

Ce qui a déterminé le ton détonnant de ce mélange de road movie et de suspense. «Il y a une tonne de références, mais je ne voulais pas qu'il y ait une cinématographie luxuriante comme dans Nebraska [d'Alexander Payne]. Je voulais que ce soit fonctionnel, qu'on se déplace d'un endroit à l'autre.»

Caméra portée

Atom Egoyan a aussi renoué avec la caméra portée qu'il utilisait dans ses premiers longs métrages. «Nous avons une grande tradition dans ce pays de cinéma direct où la caméra joue un rôle d'observation. J'ai grandi en regardant ces films de l'ONF qu'on nous présentait à l'école. [Plus vieux], je les rejetais, mais ensuite je me suis rendu compte que c'est quelque chose que le cinéma peut très bien faire : capter un moment extraordinaire. Ça devient invisible», dit-il en citant aussi les films des Dardenne et de Ken Loach.

Atom Egoyan n'a pas de projets dans l'immédiat. «J'ai besoin de temps» après avoir tourné trois films «très noirs» de façon consécutive, en plus de mises en scène à l'opéra. «J'aimerais tourner des films aussi simples que [Souviens-toi]. Mais je ne peux pas les écrire. Ce n'est pas comme ça que mon cerveau fonctionne.»

***

Souviens-toi (v.f. de Remember) prend l'affiche vendredi.

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer