Un film «contre la connerie»

Le réalisateur Jaco Van Dormael a choisi la... (Fournie par Axia Films)

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Le réalisateur Jaco Van Dormael a choisi la forme du conte pour raconter l'histoire d'Ea, une ado qui en a ras le bol de son «emmerdeur» de père - nul autre que Dieu en personne.

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(Québec) Jaco Van Dormael a frappé fort avec son premier long métrage, le savoureux Toto le héros (1991), Caméra d'or au Festival de Cannes. Il crée depuis une cinématographie à part, basée sur l'onirisme et la puissance de l'imaginaire. Cette fois encore, il revient avec une oeuvre iconoclaste et excentrique qui postule que non seulement Dieu existe et qu'il habite Bruxelles, mais qu'il est aussi un salaud de la pire espèce qui tyrannise sa fille Ea et sa femme, tout en emmerdant l'humanité...

La jeune fille finit par en avoir ras le bol de son père et décide de faire une fugue pour se mettre à la recherche de nouveaux apôtres. Mais pas avant d'avoir envoyé par texto la date de décès de chaque individu sur Terre et bogué l'ordinateur paternel! Le Soleil a voulu en savoir plus et a rejoint par vidéo le souriant réalisateur belge de 58 ans pour une entrevue sympathique et décontractée sur le sujet et les réactions que Le tout Nouveau Testament a provoquées...

Q La question qu'on a dû vous poser 1000 fois...

R D'où est venue l'idée [rires]... Moi et Thomas Gunzig, mon ami romancier et coscénariste, on était tombés sur une phrase de Woody Allen : «Si Dieu existe, il a intérêt à avoir de bonnes excuses.» À partir de là et de fil en aiguille, on a tricoté la base. J'ai une éducation catholique et j'ai toujours trouvé que c'était un bouquin vachement bien écrit avec des super personnages. On s'est dit : et si on transposait tout ça, un peu comme Don Quichotte ou Alice au pays des merveilles, dans quelque chose de différent, maintenant, avec une ado rebelle.

Q Cette ado qui balance leur date de décès à tout le monde force les gens à se libérer du quotidien et à envisager la vie autrement.

R Oui, tout à fait.C'est un peu un conte surréaliste. Si on connaissait la date de notre décès, est-ce qu'on ferait les choses différemment? Est-ce que les minutes seraient précieuses? Moi-même, des fois, je me rends compte que je vis comme un immortel [rires]. Je ne réalise pas que le temps passe si vite. Ce que la gamine amène, c'est de dire : la vie c'est maintenant, il n'y a pas un paradis plus tard. Il faut être bien tout de suite avec ce qu'on a.

Q Pourquoi avoir choisi la forme du conte?

R C'est une structure un peu différente, qui est moins utilisée maintenant. Or, ce qui m'intéresse dans les films, c'est justement d'arriver à une narration différente. En général, on attend la fin du film, une réponse qui va éclairer tout ce qui précède. L'expérience que j'ai de la vie, c'est pas tout à fait ça. J'ai pas toujours des réponses aux questions. Et les plus belles scènes ne sont pas toujours les plus indispensables. Dans ce film, on ne se demande même plus où ça va puisqu'on est dans le chemin. [...] Chaque moment devient important. C'est un film qui est ici et maintenant.

Q Le conte est lié à «l'enfance», une constante dans vos longs métrages. Est-ce conscient?

R J'y reviens toujours. Je veux faire autre chose et je fais toujours la même chose [rires]. Je crois que c'est parce que ce sont des rebelles, qu'ils le sachent ou pas. Les enfants, ce sont ceux qui n'ont pas encore été matés, qui n'ont pas appris à faire semblant d'être autre chose que ce qu'ils sont, qui n'ont pas encore appris à ressembler à ce qu'on attend d'eux... C'est ce que je trouve beau. Et c'est l'âge des premières fois, où t'as des interprétations un peu surréalistes du monde. Et j'aime bien travailler avec des enfants sur un plateau.

Q Pili Groyne, qui joue Ea, et qu'on a pu voir dans Deux jours, une nuit des Dardenne, comment vous l'avez choisie?

R Ça a été assez rapide. D'abord, elle habite à côté de chez moi. C'est tout petit la Belgique [rires]. Je l'avais vue jouer du piano chez des amis quand elle avait sept ans, elle n'avait peur de rien. À 10 ans, elle avait déjà joué dans un film et elle avait l'intelligence des sentiments. Elle est déterminée. C'est une bombe d'énergie et d'autorité. Il fallait qu'elle puisse faire le poids. Dans les répétitions, c'est à Ben [Poelvoorde] que j'ai dû dire : n'aie pas peur de lui faire peur. Elle ne baisse pas les yeux. 

Q Est-ce que Benoît Poel­voorde, qui joue Dieu, était déjà choisi?

R Il était dans un coin de ma tête. Je voulais commencer par les enfants. Puis Ben est arrivé. C'est un ami avec qui j'avais le goût de travailler depuis longtemps. Et il est croyant en plus. C'est un mec adorable dans la vie et je pense que c'est les gens les plus gentils qui font le mieux les méchants.

Q Pourquoi avoir choisi de dépeindre Dieu sous un éclairage aussi mauvais?

R Dans les textes les plus anciens, on le décrit comme jaloux et vengeur. Il n'est pas cool [rires]. Dans le Nouveau Testament, on dit qu'il est amour, mais il ne décroche pas [Jésus] de la croix. [...] On s'est dit que c'était peut-être le roi des emmerdeurs. Surtout s'il habite à Bruxelles, là où il pleut, il fait un peu gris, où il y a des embouteillages... Si c'est ça le Paradis, on aurait pu le faire nous-mêmes, comme on dit ici. C'est un endroit improbable.

Q Quelle a été la réaction

de l'Église?

R J'ai été assez étonné. [On] a conseillé assez vivement d'aller le voir. Parce que ça pose la question de la place de la femme dans nos sociétés et à savoir si le Paradis, c'est avant ou après. Ils ne sont pas cons. En plus, ce n'est pas un film contre l'Église, c'est un film contre la connerie. On a commencé à l'écrire quand il y avait les marches contre le mariage pour tous, à Paris, et on était au montage au moment [des attentats contre] Charlie Hebdo. Le film s'est tenu entre ces deux moments qui parlent de la religion, même s'il s'agit plutôt d'un conte surréaliste qui parle de ce qu'on fait du reste de notre vie. On a décidé de continuer de rire de tout avec tout le monde. S'il y a des gens qui ne supportent pas, ben, qu'ils ne supportent pas.

Q Quatre longs métrages en près de 25 ans, c'est peu. Qu'est-ce qui prend si longtemps?

R C'est long, écrire. [...] Avant la 20e version, le scénario ne fonctionne pas. C'est comme peindre la chapelle Sixtine...

Le tout Nouveau Testament prend l'affiche vendredi.

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