Deux femmes, deux drames

Guy Édoin a réussi un coup fumant en convainquant une vedette internationale de... (Infographie Le Soleil)

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(Québec) Guy Édoin a réussi un coup fumant en convainquant une vedette internationale de jouer dans Ville-Marie: Monica Bellucci. Mais l'Italienne ne brille pas seule en haut de l'affiche de ce drame psychologique qui se déroule dans une urgence, l'espace de trois nuits troublantes. Pascale Bussières y livre une performance remarquable en infirmière fragilisée par une profonde blessure intérieure. En vue de ce film choral qui prend l'affiche vendredi, Le Soleil a discuté avec deux actrices au parcours remarquable.

Un beau cadeau pour Monica Bellucci

«J'adorais être ici au Québec. C'est un peu... (La Presse, Édouard Plante-Fréchette, Infographie Le Soleil) - image 3.0

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«J'adorais être ici au Québec. C'est un peu le pont entre les États-Unis et l'Europe», affirme Monica Bellucci.

La Presse, Édouard Plante-Fréchette, Infographie Le Soleil

Des acteurs français réputés apparaissent parfois au générique des films québécois. Mais une vedette de la stature de Monica Bellucci? Rarissime. On a vu l'ex--mannequin dans les Matrix des Wachowski, chez Spike Lee, Terry Gilliam et Bertrand Blier. Elle sera bientôt sur tous les écrans du monde en Lucia Sciarra dans le nouveau James Bond, Spectre, et jouera aux côtés d'Émir Kusturica dans le prochain long métrage du grand réalisateur serbe. Pourtant, le jour de l'entrevue, la sculpturale Italienne n'hésitait pas à comparer Ville-Marie à un beau cadeau. Faut dire que c'était le jour de son anniversaire...

Guy Édoin n'aime pas les divas. Avant d'expédier son scénario à Monica Bellucci, le réalisateur s'est renseigné. On l'a rassuré. Et la production de Ville-Marie en a eu la preuve éclatante mercredi. Plutôt que de célébrer ses 51 ans en grande pompe, l'actrice était au Québec pour enfiler les entrevues à la chaîne et participer à la première montréalaise.

Le réalisateur peut se compter chanceux. Les connaissances de Bellucci en cinéma québécois sont plutôt limitées. Mais elle a eu un coup de coeur à la lecture du script : «Je lui ai dit oui tout de suite.» Son intuition ne l'a pas trompée : «Guy a beaucoup de talent. Il est jeune, mais il a beaucoup d'autorité naturelle et un respect énorme de ses acteurs.» 

Elle a aussi été séduite par la complexité de son personnage. «On n'a pas si souvent l'occasion d'avoir des rôles aussi articulés.» Et les risques qui venaient avec. Il lui fallait entre autres interpréter Can't Help Falling in Love, d'Elvis Presley. «Je ne sais pas chanter [rires]. J'ai chanté comme une actrice. [...] Vous savez, à 51 ans, on peut encore faire plein de premières choses [rires].»

«Elle savait dans quoi elle s'embarquait», explique Guy Édoin en soulignant son professionnalisme. «Elle a eu la générosité [d'accepter] ce rythme qui est beaucoup plus rapide qu'en Europe. Elle a une intelligence émotionnelle qui est très impressionnante.»

La grande Méditerranéenne devait en avoir pour interpréter cette actrice française qui débarque à Montréal pour un tournage. Et qui veut profiter de l'occasion pour renouer avec son fils, installé ici depuis trois ans. Sophie Bernard est un «personnage qui a beaucoup de facettes. Elle couvre ses faiblesses à travers son métier d'actrice». Un terrible accident la forcera à «quitter son armure pour avoir le courage d'être une mère et une vraie femme. Elle trouve sa vraie force dans cette humanité. C'est une renaissance».

Ce moment s'incarne dans une séquence magnifique où Sophie Bernard partage un banc public dans un parc avec une infirmière (Pascale Bussières, lire l'autre texte). «Elle est belle cette scène, vous avez raison. C'est un moment où on va au-delà des différences sociales où chacune des deux femmes exprime sa douleur à l'autre et se comprennent sur un autre plan. La douleur a un visage.»

L'actrice n'a pas qu'encensé Guy Édoin, elle s'est faite aussi généreuse en compliments pour Pascale Bussières - «une belle comédienne, très profonde, une très belle rencontre pour moi» - et Aliocha Schneider, qui interprète son fils. «Il est merveilleux. Si j'ai pu donner tout ça, c'est parce que j'ai pu m'appuyer sur lui. Il y avait une alchimie qui passait, j'étais inspirée. C'est un jeune acteur très prometteur.»

Harmonie

Monica Bellucci prétend avoir vécu un beau moment de cinéma avec Ville-Marie, séduite par l'harmonie du plateau de tournage et les relations égalitaires qui y règnent. «Je me suis sentie protégée, et soutenue, comprise.» Et même plus. «J'adorais être ici au Québec. C'est un peu le pont entre les États-Unis et l'Europe. Il y a une mixité qui fait la richesse de ce pays.» 

Cette relation privilégiée se poursuivra à la fin octobre alors que Ville-Marie sera projeté au Festival international du film de Rome. Monica Bellucci y sera, accompagnée de Guy Édoin. 

Finalement, elle a surtout adoré l'occasion qui lui était offerte, comme «actrice italienne», de jouer pour un Québécois (Édoin), un Anglais (Sam Mendes) et un Serbe (Kusturica) dans un relatif court laps de temps. «Ça m'enrichit beaucoup comme comédienne, mais aussi comme être humain.»

Elle doit d'ailleurs finir le tournage d'On the Milky Road de Kusturica, puis faire la promo de Spectre. «Après, je me repose. Parce qu'il y a aussi deux enfants qui veulent voir leur maman et pas l'actrice...»

Les rôles au grand écran se font plus... (PhoLe Soleil, Jean-Marie Villeneuve, Infographie Le Soleil) - image 4.0

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Les rôles au grand écran se font plus rares, mais Pascale Bussières ne s'en fait pas trop.

PhoLe Soleil, Jean-Marie Villeneuve, Infographie Le Soleil

Pascale  Bussières : la renaissance de Marie

Pascale Bussières a la maturité rayonnante. Les rôles au grand écran se font plus rares, mais la femme de 47 ans ne s'en fait pas trop. Elle vient de renouer avec Guy Édoin pour Ville-Marie, dans lequel elle partage la vedette avec Monica Bellucci, et de tourner dans d'autres films. Mais son agenda est vide en ce moment, à part la télévision. L'actrice hausse les épaules : «J'aurais envie d'en écrire moi-même [des rôles].

«J'aimerais ça être en amont, ne pas être à la merci de ce qu'on voudra bien me présenter et aussi, à mon tour, aller au-devant des gens pour leur proposer des choses. J'aimerais être habitée par des choses que j'ai le goût de réaliser, tout en continuant de jouer, bien sûr», explique Pascale Bussières. Détendue, sobrement vêtue et maquillée, elle rigole souvent, se prêtant volontiers au jeu de l'entrevue en ce bel après-midi de septembre.

L'actrice n'a pas l'envie de passer derrière la caméra, mais elle aimerait bien confier un éventuel scénario à Anne Émond, à Xavier Dolan ou, «évidemment», à Jean-Marc Vallée et à Denis Villeneuve. «Ça va bien leurs affaires, eux», dit-elle en riant. 

En attendant, elle se consacre à la promotion des films qu'elle vient de tourner. «J'en profite grandement.» Elle était d'ailleurs au Festival de San Sebastián, il y a une semaine, pour accompagner Les démons de Philippe Lesage. Quelques jours auparavant, la belle brune était sur le tapis rouge du Festival de Québec pour Ville-Marie.

Après Marécages

Pascale Bussières y renoue avec le personnage de Marie Santerre, qu'elle interprétait dans Marécages (2011). Pour son premier long métrage, Guy Édoin s'était inspiré d'une infirmière qui devenait agricultrice. «Je me suis dit que le contraire n'était pas impossible, qu'elle avait repris son travail. En cours d'écriture, je me suis rendu compte que je n'avais pas tout dit sur cette femme», explique le réalisateur. «Je trouvais que c'était une belle continuité», ajoute l'actrice.

Marie travaille à l'urgence, où elle croise un ambulancier insomniaque (Patrick Hivon) et une mère en état de choc (Bellucci), une actrice française présente à Montréal pour un tournage. Les trois vivent avec un traumatisme, chacun à sa façon. L'infirmière s'abrutit de travail et combat sa dépendance. Les femmes alcooliques sont plutôt rares au cinéma et quand elles le sont, ce sont généralement des épaves. Pas ici. «Marie est fonctionnelle. [L'alcool] est une béquille, mais c'est une survivante», explique Guy Édoin.

«Malgré les épreuves, elle réussit à se recomposer une existence en aidant les autres. C'est une forme de réparation. Je trouvais que c'était une belle courbe [dramatique]», dit Pascale Bussières à propos de son personnage. Marie doit composer avec la mort d'un de ses fils. «Elle est en mode survie. Se remettait-on jamais d'une telle épreuve dans la vie? Faut apprendre à composer avec ça. [Nous], on ne veut même pas aller là dans notre tête.»

Dans ce film choral, le hasard mènera Marie et l'actrice sur un banc de parc, à un jet de pierres de l'hôpital - la douleur abolit les barrières. «Elles partagent sobrement leurs souffrances. Je trouvais que c'était beau. J'aimais la sobriété et le contraste entre les deux.»

Parlant de sobriété, la solitude de Marie et sa douleur ont imposé une très grande retenue dans le jeu. «Oui. Si t'appuies quelque part, elle va se décomposer. En même temps, il y a une forme de [ténacité] : "lâche pas ma fille sinon tu meurs." Cette dualité est très forte. Elle est toujours sur le bord du gouffre.»

Aussi talentueuse qu'elle soit, dans des rôles très diversifiés (Eldorado, La turbulence des fluides, Ma vie en cinémascope...), Pascale Bussières a quand même dû plancher sur son rôle d'infirmière de première ligne. Sur place, elle s'est sentie «comme un chien dans un jeu de quilles. J'ai essayé d'être le plus invisible possible. Pour vraiment voir et qu'ils oublient ma présence.» Elle y a analysé la routine des gestes, cette façon de prendre soin des gens dans le besoin à un moment d'extrême vulnérabilité. Mais elle y a aussi découvert «une familiarité, de l'humour», une façon de faire sortir la pression.

Preuve s'il en est une que Marie est un fort travail de composition, magnifiquement rendu par Pascale Bussières.  Éric Moreault

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