Sicario, duel à la frontière

Sicario s'attarde aux dilemmes moraux et éthiques des... (PHOTO FOURNIE PAR LIONSGATE)

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Sicario s'attarde aux dilemmes moraux et éthiques des personnages, surtout Kate (Emily Blunt).

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Le SoleilÉric Moreault 3/5

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(Québec) Denis Villeneuve n'a peut-être rien gagné au dernier Festival de Cannes, mais la présence de Sicario en compétition officielle a marqué les esprits.

La critique s'est enflammée pour ce suspense sombre et intense avec une solide distribution. Avec raison: le mélange de genres, le thème sociopolitique et la maestria du Québécois à la réalisation sont remarquables. Le genre de long métrage qui ne laisse aucun répit aux spectateurs.

Sicario ne cherche pas la facilité. Le scénario de Taylor Sheridan s'attarde aux ravages causés par le trafic de drogue dans la population civile à la frontière américano-mexicaine. 

Par les yeux de Kate

Cette violence effroyable, bien transposée, passe par le regard de Kate (Emily Blunt). La recrue idéaliste du FBI est enrôlée dans un groupe d'intervention mené par un agent du gouvernement désinvolte (Josh Brolin) et un énigmatique consultant colombien (Benicio Del Toro). Elle n'a aucune idée de ce qu'elle va dénicher et de l'engrenage qui vient de la happer.

Car Kate découvre avec effroi les méthodes peu orthodoxes et illégales utilisées par les forces de l'ordre pour décapiter le cartel du Sonora. Qui sont les «bons», qui sont les «méchants» quand la fin justifie les moyens? Sicario («tueurs à gages» dans l'argot des cartels) place le spectateur dans une position inconfortable en le rivant à son siège.

Non seulement le rythme est bon, mais la tension est renforcée par une trame sonore oppressante de Jóhann Jóhannsson à la Trent Reznor (de Nine Inch Nails).

Vrai que le long métrage est dur et cru, parfois à la limite du supportable. Mais sans jamais verser dans le sensationnalisme. Et le réalisateur place surtout son attention non pas sur l'action et les fusillades, comme il est de mise habituellement dans ce genre de films, mais plutôt sur les dilemmes moraux et éthiques de ses personnages, surtout Kate. Il faut d'ailleurs souligner l'intensité d'Emily Blunt dans le rôle-titre, qui est à la hauteur de l'interprétation trouble et troublante de Del Toro.

La réalisation précise de Villeneuve est très efficace à défaut d'être aussi distinctive qu'on l'aurait souhaité. N'empêche : l'originalité réside ailleurs. Il s'agit d'un drame policier, sauf que Villeneuve emprunte aussi au film noir et, surtout, au western. La frontière n'est plus à l'ouest, mais au sud. Ce ne sont plus des Indiens, mais des narcotrafiquants. Et le duel final ne se déroule pas du tout à la loyale...

Accompli

La collaboration de Villeneuve et de Roger Deakins avait fait des merveilles sur Prisonniers (2013). C'est encore vrai. La photographie de Deakins, dans des tons contrastants de désert et de ciel bleu, magnifie le tout, en plus de contribuer grandement à son esthétique en utilisant des images aériennes (de drones), thermiques et infrarouges.

Sicario est certainement le film le plus accompli de Denis Villeneuve sur le plan technique. Il est d'une efficacité et d'une fluidité redoutables. Il s'inscrit aussi en droite ligne avec ses longs métrages précédents sur le plan thématique, notamment la violence aveugle et la vacuité de la revanche.

Mais il nous met surtout le nez dans l'horreur guerrière qui frappe la population mexicaine en raison de la consommation de drogue nord-américaine. Autrement dit, il propose aussi un espace de réflexion. C'est tout à l'honneur de Denis Villeneuve et de son scénariste.

=> Au générique

  • Cote : ***1/2
  • Titre : Sicario
  • Genre : suspense policier
  • Réalisateur : Denis Villeneuve
  • Acteurs : Emily Blunt, Josh Brolin et Benicio Del Toro
  • Salles : Beauport (aussi v.o.a.), Clap (aussi v.o.s.-t.f.), Des Chutes, Lido et Sainte-Foy (aussi v.o.a.)
  • Classement : 13 ans et plus
  • Durée : 2h01
On aime : l'intensité des acteurs, la cinématographie, la maestria de Villeneuve

On n'aime pas : une certaine violence

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