Denis Villeneuve atteint sa cible avec Sicario

Emily Blunt dans une scène de Sicario... (PHOTO ARCHIVES AP)

Agrandir

Emily Blunt dans une scène de Sicario

PHOTO ARCHIVES AP

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) Prisonniers a établi la réputation de Denis Villeneuve à Hollywood, Sicario est venu la confirmer.

Le Québécois Denis Villeneuve ... (AP, Richard Foreman Jr.) - image 1.0

Agrandir

Le Québécois Denis Villeneuve 

AP, Richard Foreman Jr.

La sélection du puissant et haletant suspense en compétition officielle au Festival de Cannes, et le buzz critique qui a suivi, en ont fait un des films les plus attendus de l'automne et un candidat logique aux Oscars. À la veille de la sortie du long métrage qui met en vedette Emily Blunt, Josh Brolin et Benicio Del Toro et qui explore la psyché de ceux qui évoluent sur la frontière entre le bien et le mal, le réalisateur québécois a accordé une entrevue au Soleil sur son oeuvre la plus personnelle et la plus accomplie sur le plan technique.

Q À Cannes, tu as déclaré que c'était le film qui était le plus proche de toi, à tous points de vue. Dans quelle mesure?

R Premièrement, c'est un film qui reprend des préoccupations que j'avais dans Incendies et Prisonniers : l'impact de la violence et des cycles de la colère. Ensuite, je me sens proche du personnage principal. J'ai un petit côté boyscout. De par ma nature, donc, je ne me sens pas très loin du point de vue moral du personnage principal qui est très by the book, qui croit au système de droit, mais qui a ce fantasme que quelqu'un a la force nécessaire pour anéantir l'ennemi - un fantasme qui est très présent dans le cinéma américain actuellement avec les super-héros - et régler le sort du monde. Il aborde la peur du chaos, qui est très présente en moi. Ce sont des choses dont j'ai rêvé, mais que je n'ai pas été capable d'écrire. Taylor Sheridan l'a fait. Un scénario, c'est comme lire un livre ou voir une pièce de théâtre, tu peux te l'approprier. [...] On est deux personnes très différentes, mais son écriture m'a beaucoup touché. C'est pour ça que ce film est proche de moi. Je m'approprie le coeur et l'âme de l'histoire, c'est comme ça que je peux diriger les comédiens et mener le film à bon port : je l'aborde par l'intérieur.

Q Il y a aussi un autre thème qui était présent dans tes films précédents, la revanche...

R La vacuité de la revanche ou comment tu détruis ton âme autant que celle de l'autre. Quand j'ai lu Sicario, j'ai senti intuitivement que c'était en continuité avec Incendies et Prisonniers. C'est comme aborder les facettes d'un prisme. Puis, tranquillement, il y a une idée qui se construit au fil des films. Un film n'est pas comme un livre où tu peux explorer en détail un thème. C'est comme ça que je le vois. 

Q Parlant de vision, ce n'est pas tant le trafic de drogue entre les États-Unis et le Mexique qui t'intéresse que les dilemmes moraux et éthiques des agents pour qui la fin justifie les moyens?

R Tout à fait. Ce n'est pas un film sur les cartels. On ne va rien apprendre de neuf aux spectateurs. Le film aurait pu se dérouler en Afrique ou au Moyen-Orient.

Q Reste que Sicario, même s'il s'agit d'un drame policier, emprunte beaucoup à des genres typiquement américains, le film noir et le western. Était-ce conscient?

R Le film noir, complètement. J'ai poussé le film dans cette direction, qu'il amène à se poser des questions, qu'il soit dans une ambiguïté morale et dans une noirceur. C'était présent dans le scénario, mais j'en ai pris soin. Pour le western (longue pause), j'en étais peut-être moins conscient, mais une de mes sources d'inspiration principales était Les sept samouraïs (1954) de Kurosawa, qui lui a inspiré beaucoup de westerns. Dans le western, il y a celui qui incarne la loi et celui qui va la défier, et comment la frontière représente cet espace moral entre les deux. D'ailleurs, j'ai toujours pensé quand je tournais Prisonniers que je faisais un western. 

Q Sicario est dur et cru. Était-ce une volonté de montrer les choses comme elles sont, sans glorification, quitte à choquer certains spectateurs?

R La volonté n'était pas de choquer, mais d'être fidèle à une certaine réalité. Juarez [au Mexique], ces dernières années, était considérée comme la ville la plus violente au monde, une ville où l'horreur a atteint certains sommets. Mon objectif est que les spectateurs comprennent où mes personnages mettent les pieds, l'ampleur du problème à la frontière. J'ai essayé d'en montrer le moins possible et sobrement. Ce qui est décrit dans le film s'est réellement passé. Ce que j'ai lu et entendu, j'en ai pris 1 %. C'est prenant, dur pour l'âme. C'est intense ce que l'homme est capable de faire... J'ai essayé d'aller dans la suggestion le plus possible - c'est assez minimaliste.

Q On sait que les producteurs ont demandé au scénariste Taylor Sheridan de changer le personnage principal du féminin au masculin, ce qui aurait augmenté le budget disponible. Il ne l'a pas fait. Toi non plus. Était-ce important que le point de vue du film soit celui d'une femme, une verte recrue en plus?

R Son film est inspiré d'une vraie agente du FBI qu'il connaît. Sicario est né de cette rencontre avec cette femme qui lui a parlé du monde dans lequel elle évoluait. C'est sa source d'inspiration. Tout le film repose sur cette idée, entre autres, que cette femme sera peu à peu intéressée puis séduite par un homme [aux antipodes], ce qui donne naissance à un «étrange couple». C'était super important pour lui. Il y a aussi qu'à la frontière du Mexique, la féminité est broyée. Des milliers de femmes ont été assassinées ou sont disparues. [L'agente du film] est en position de vulnérabilité dans un monde complètement masculin, mais elle représente la droiture. Ce qui m'intéressait personnellement, c'était de donner un rôle intéressant à une femme. Le film aurait été complètement différent si ça avait été un homme. 

Emily Blunt incarne une recrue idéaliste du FBI... (AP, Richard Foreman Jr.) - image 2.0

Agrandir

Emily Blunt incarne une recrue idéaliste du FBI enrôlée dans un groupe d'intervention.

AP, Richard Foreman Jr.

Par les yeux de Kate

 

Benicio Del Toro est un énigmatique consultant colombien dans... (AP, Richard Foreman Jr.) - image 3.0

Agrandir

Benicio Del Toro est un énigmatique consultant colombien dans Sicario.

AP, Richard Foreman Jr.

Sicario («tueurs à gages» dans l'argot des cartels) s'attarde aux ravages causés par le trafic de drogue dans la population civile à la frontière américano-mexicaine. Cette violence effroyable passe par le regard de Kate Macy (Emily Blunt). La recrue idéaliste du FBI est enrôlée dans un groupe d'intervention mené par un agent du gouvernement désinvolte (Josh Brolin) et un énigmatique consultant colombien (Benicio Del Toro). Elle n'a aucune idée de ce qu'elle va dénicher et de l'engrenage qui vient de la happer. Car elle découvre avec effroi les méthodes peu orthodoxes et illégales utilisées par les forces de l'ordre pour décapiter le cartel du Sonora. Qui sont les «bons», qui sont les «mauvais» quand la fin justifie les moyens?

Sicario prend l'affiche vendredi.

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer