Scratch : tout ce qui brille n'est pas d'or  ***1/2

Scratch s'articule autour du personnage de Leslie (Narra),... (Fournie par Filmoption International)

Agrandir

Scratch s'articule autour du personnage de Leslie (Narra), un chanteur de hip-hop voué au succès qui devra revoir ses priorités à la suite d'un accident.

Fournie par Filmoption International

Le SoleilÉric Moreault 3/5

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) Le sous-titre de Scratch - un «hip-opéra» - en révèle beaucoup sur sa nature et ses ambitions. Le premier long métrage de Sébastien Godron est une proposition radicale à laquelle on adhère ou pas. Malgré ses défauts, j'en suis.

Sa vitalité, sa recherche formelle, l'honnêteté et la pertinence du regard sur les jeunes défavorisés de Montréal, une certaine candeur même, en font un film surprenant à bien des égards.

Scratch est découpé en trois actes autour du destin de Leslie (Raphaël Joseph Lafond alias Narra). Au moment où débute le film, le jeune rappeur est interviewé par une équipe de documentalistes. Avec son groupe Light and Shadows, il est sur le point d'atteindre la renommée tant espérée. Une occasion de s'extirper de son «hood» de la Petite-Bourgogne, de sublimer son statut d'immigrant haïtien et de devenir une superstar.

Sa situation fait des envieux, surtout son rival Chucky Dee (Lovhard Dorvilier, décédé pendant le tournage). L'alter ego mauvais de Leslie n'hésitera pas à se venger d'un affront par un coup de feu, qui plonge ce dernier dans un coma. Une agression qui aura un impact déterminant sur lui, sa famille, son groupe, ses amis... Alors que le deuxième acte permet de comprendre, par une succession de retours en arrière, ce qui a mené au drame du premier acte, la dernière partie met l'accent sur la renaissance de Leslie sur le plan humain.

On aura compris, le rap est omniprésent. Les moments forts sont interprétés en chansons, plusieurs rappeurs de la métropole jouant dans le film, à commencer par Narra, l'interprète de Leslie. Le choix traduit à merveille la profonde urbanité de leur milieu étouffant, sans véritable horizon d'avenir, et donne son rythme à Scratch (qui n'est pas dépourvu de certaines longueurs et certains moments creux malgré tout). Évidemment, il faut une certaine sensibilité à la musicalité proposée et tolérer le franglais parsemé de créole.

Ce qui frappe toutefois, c'est l'honnêteté brutale du scénario. Sébastien Godron n'a pas cherché à glorifier ses personnages. Il démontre à quel point la quête de Leslie est illusoire - il est attiré par ce qui brille et comme Icare, il finira par s'approcher trop près du soleil. Sa petite amie (et membre du groupe) se prostitue et son frère aîné est un proxénète. Les gangs de rue y font la loi.

Le récit, par contre, est parfois un peu brouillon. Mais, pour l'essentiel, on saisit très bien les enjeux et thèmes abordés (le racisme, la discrimination, l'amour, l'amitié, l'espoir...).

Le choix formel est assez audacieux. Le premier acte est un «faux» documentaire (on y voit le réalisateur, interprété par Samian, et, souvent, le micro).Tourné en cinéma-vérité, il démontre ironiquement que tout le monde se la joue. Le deuxième, de forme plus classique, comprend plusieurs superbes cadrages. Quant au troisième, la caméra à l'épaule en traduit l'urgence et la métamorphose qui se déroule sous nos yeux.

Pour accentuer la véracité de Scratch, Sébastien Godron a choisi un mélange d'acteurs confirmés et d'amateurs. Ce qui demande une certaine indul­gence. Certains s'en tirent pas mal, d'autres... On n'est pas épargné par les clichés non plus, comme la rigidité des parents. 

La finale est peu plausible, elle est néanmoins chargée d'espoir. Cette conclusion démontre aussi que peu réussissent à échapper au destin prédéterminé d'un milieu défavorisé. À moins d'y introduire de l'espoir et d'y favoriser l'égalité des chances, notamment par l'éducation. En ça, Scratch fait aussi oeuvre utile.

=> Au générique

  • Cote : ***1/2
  • Titre : Scratch
  • Genre : drame musical
  • Réalisateur : Sébastien Godron
  • Acteurs : Raphaël Joseph Lafond, Fayolle Jean Jr. et Dominique Laguë
  • Salles : Clap
  • Classement : 13 ans +
  • Durée : 1h34
On aime : l'honnêteté et la pertinence du regard, la recherche formelle, la vitalité de l'ensemble

On n'aime pas : certains clichés

Partager

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer