L'aventure royale de Michel Marc Bouchard

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The Girl King est le cinquième scénario du dramaturge Michel Marc Bouchard, à qui on doit Les feluettes et Tom à la ferme.

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(Québec) Il y a quelques jours, Michel Marc Bouchard savourait chaque moment de son séjour dans la capitale. Le célèbre dramaturge officie comme juré de la compétition des courts métrages au Festival de cinéma de la ville de Québec (FCVQ). Ce qui le ravit, mais pas autant que de représenter The Girl King, film en compétition qu'il a scénarisé. Une aventure qui a pris bien du temps à se concrétiser, mais qui a fini par prendre différentes formes, a-t-il expliqué en entrevue au Soleil.

Malin Buska dans The Girl King... (Fournie par la production) - image 1.0

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Malin Buska dans The Girl King

Fournie par la production

Assis sur un banc à la place D'Youville, centre nerveux du Festival, MMB se remémore qu'Anna Stratton l'a abordé en 2008. Elle a coproduit l'adaptation des Feluettes de l'auteur, réalisée par John Greyson, en 1996. Elle lui indique que le réalisateur Mika Kaurismäki est en panne de scénaristes pour transposer la vie de Christine de Suède au grand écran.

L'auteur, qui ne connaît rien de cette femme flamboyante et peu orthodoxe, hésite. Il se documente. Rencontre ses biographes. «Notre rapport aux rois et aux reines est très ambigu. Ils nous ont soit abandonnés, soit dominés. [...] Mais elle est tellement particulière que j'ai été séduit par le personnage.»

Tellement, en effet, qu'après les premières moutures du scénario, il décide d'écrire une pièce distincte - Christine, la reine-garçon, crée en 2012 au Théâtre du Nouveau Monde, à Montréal. Les deux oeuvres se sont nourries l'une de l'autre, précise-t-il. «Ce sont deux objets qui se sont parlé. Il y avait une dimension de Christine qu'on perdait au cinéma, la dimension lyrique. Je pouvais corriger le tir.»

Et maintenant, Christine ira à l'opéra. La Canadian Opera Company a commandé une version, pour des représentations en français à Toronto. «Je suis quand même assez fier de ça.» Sans parler de l'adaptation des Feluettes par l'Opéra de Montréal, en mai 2016. Il a aussi signé les textes de Cité-Mémoire, une énorme installation en 44 tableaux de Michel Lemieux et Victor Pilon qui se déploiera sur les murs de Montréal pour son 375e anniversaire, en 2017. «Tout aboutit en un court laps de temps», dit celui qui vient de faire son entrée dans le Larousse des noms propres.

Autrement dit, MMB a eu du temps à consacrer à tous ses projets parce que «ça a été long» avant que The Girl King ne se concrétise. Ce drame historique met en scène le destin d'une jeune reine qui, dès son accession au trône en 1632, bouleverse l'ordre établi (les militaires, le clergé, l'aristocratie) par son désir de modernité et de sophistication. Mais il n'y a pas que ça. Élevée comme un garçon, elle éprouve aussi un fort désir pour sa dame de compagnie... «Est-ce un lesbianisme inné ou acquis, je ne sais pas.»

Marginalité

Le dramaturge a été attiré par sa «marginalité», une récurrence dans son oeuvre. Son intelligence et sa nature anticonformiste, également. Christine de Suède ne veut pas d'un mari - un mariage se traduirait par une perte de pouvoir. Cette féministe avant l'heure va aussi manoeuvrer, lorsqu'elle abdique en faveur de son cousin, pour maintenir son train de vie. «Elle n'est pas partie misérable de la Suède [pour Rome].» Séduite par l'effervescence artistique et intellectuelle qui règne au Vatican, elle s'y établit et se convertit.

Ce fabuleux destin et ses dilemmes inhérents posent avec acuité la question de la difficile conjugaison des aspirations personnelles et du bien commun. Ce que met en évidence The Girl King, plus concentré sur ses enjeux que le faste visuel habituel de la royauté au cinéma. «On n'est pas chez les Tudor ou les Borgia. C'est une reine médiévale», commente MMB.

Cinquième scénario

The Girl King est le cinquième scénario à porter sa griffe, mais le premier à ne pas être issu d'une de ses pièces comme Tom à la ferme, réalisé par Xavier Dolan. Chaque fois, il constate que «l'objet qu'on voit à l'écran n'est pas nécessairement celui qu'on a imaginé».

«Chaque projet est le projet du réalisateur. [...] Même s'il s'agit de notre oeuvre, on est quand même là pour servir la vision d'un réalisateur. Il y a une notion d'humilité chez le scénariste qu'on ne trouve pas nécessairement chez le dramaturge», estime-t-il.

Même dans une culture de cinéma d'auteur où il y a une étroite collaboration, «il n'en demeure pas moins que ce n'est pas toi qui vas le réaliser. La scénarisation est quand même un processus de deuil quand tu rentres dans la cuisine du tournage. Les choix, ce n'est pas toi qui les fais : c'est un lâcher-prise constant.»

The Girl King est présenté jeudi à 21h30, au cinéma Cartier.

«Un accident de parcours»

Michel Marc Bouchard est d'abord et avant tout un dramaturge - il décrit son travail de scénariste comme «un accident de parcours». Mais il aime bien le cinéma. «J'y vais beaucoup et j'en vois beaucoup.» Quand le Festival de cinéma de la Ville de Québec lui a proposé d'agir comme juré, il n'a pas hésité une seconde. «C'est plus un cadeau qu'un devoir.»

MMB l'avoue volontiers, c'est d'abord une question de disponibilité qui l'a conduit à Québec. Il a repoussé d'autres offres du même genre, faute de temps. Qu'il soit sollicité ne l'étonne guère. Sa sensibilité au récit et à sa construction est un atout important. «Je regarde énormément ce qu'on me raconte.»

Choses sombres

Ce contact avec les courts métrages de la compétition l'a étonné. «Les jeunes racontent des choses très sombres - séquelles d'actes de violence sexuelle, euthanasie... C'est assez troublant.»

Comme les oeuvres de MMB, pourrait-on dire, dont quatre ont retenu l'attention du monde du cinéma, en plus du scénario original de The Girl King. «Ce qui m'intéresse le plus, c'est la dimension scénaristique. Mais c'est deux processus d'écriture tellement différents, deux façons de raconter le monde.»

Comprendre, il va d'abord et avant tout exercer son immense talent comme dramaturge. Sa nouvelle création inspirée de Sarah Bernhardt a d'ailleurs obtenu des critiques dithyrambiques à sa création, cet été, au Festival Shaw, en Ontario. La divine illusion sera présentée à Montréal cet automne et à la salle Albert-Rousseau le 18 janvier.

***

«Necktie Youth» et «Paul à Québec» honorés

C'est Necktie Youth qui ressort grand gagnant de la cinquième édition du Festival de cinéma de la ville de Québec. Le long métrage de Sibs Shongwe-La Mer a obtenu le Grand Prix de compétition ainsi que le Prix du jury collégial. Un film de Québec, La divine stratégie, a par ailleurs obtenu la faveur du public dans la catégorie des courts métrages.

Le prix du public - long métrage canadien/québécois est allé à Paul à Québec de François Bouvier et le prix du public - long métrage à La démolition familiale de Patrick Damien.

C'est donc un réalisateur sud-africain qui a obtenu la faveur du jury composé de Debbie Lynch-White, Martin Brouard, Karim Ouellet, Julie Lambert et Louis-David Morasse. Necktie Youth s'intéresse au destin de deux jeunes privilégiés dans la vingtaine qui passent leurs journées à glander, mais qui seront happés par une tragédie : la diffusion en direct du suicide de leur amie.

Le jury a également attribué une mention spéciale à God Bless the Child de Robert Machoian et Rodrigo Ojeda-Beck. Neuf films étaient en compétition, dont deux longs métrages québécois, Guibord s'en va-t-en guerre et Ville-Marie.

Le jury des cinéphiles a arrêté son choix sur La démolition familiale de Patrick Damien. Ce documentaire s'intéresse aux diverses épreuves traversées par deux jeunes de la région de Bellechasse qui fréquentent les derbys de démolition.

Côté courts

Côté court, le jury de Michel Marc Bouchard, Biz et Matthew Rankin a récompensé Moulures, le premier film de Guillaume Monette. Les festivaliers ont plutôt choisi La divine stratégie de Martin Forget et Éliot Laprise. Ce court tourné à Québec a la particularité de compter sur un certain Robert Lepage comme acteur.

Malgré les prix remis hier soir, le FCVQ se poursuit jusqu'à dimanche, journée où on rediffusera les films gagnants. La reprise des films en compétition commence dès jeudi, en plus d'autres courts et longs métrages sélectionnés.

Passeport sprint

Bonne nouvelle pour ceux qui ont manqué le début du Festival ou qui ont profité du beau temps, le passeport est maintenant offert à un prix réduit de 24,99 $. Les modalités à propos de ce passeport sprint qui donne accès à toutes les projections, ainsi que l'horaire, sont au fcvq.ca.  

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