Rentrée culturelle

Paul à Québec: souvenirs intimes

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Paul à Québec raconte une histoire universelle, celle d'une famille qui accompagne le patriarche jusqu'à son dernier souffle.

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(Québec) Paul à Québec est, sans contredit, l'événement de la rentrée culturelle 2015. Il s'agit d'une première au cinéma québécois : l'adaptation «en vrai» d'une BD, celle d'un tome de la couronnée de prix et très populaire série des Paul de Michel Rabagliati. Aidé par une distribution tout étoiles, François Bouvier, un réalisateur chevronné et sensible, s'est chargé de transposer cette histoire universelle d'une famille qui accompagne le patriarche jusqu'à son dernier souffle. Mais pour y arriver, l'auteur a dû puiser dans de douloureux souvenirs intimes.

La BD, publiée en 2009, raconte de façon très humaine les derniers mois de la vie de Roland (Gilbert Sicotte), le beau-père de Paul (François Létourneau) qui souffre d'un cancer. «C'est peut-être [mon oeuvre] la plus autobiographique : seuls les noms ont été changés. Une histoire comme ça, ça ne s'invente pas. J'étais bien placé pour la raconter et je l'ai fait de la façon la plus honnête possible», explique Michel Rabagliati en entrevue.

Le bédéiste a accompagné son beau-père pendant trois mois. «On était là tous les soirs.» Les «camions d'Urgel Bourgie» qui viennent sur une base quotidienne, il les a vus. Cette transposition fait de Paul le narrateur et témoin privilégié des événements dramatiques : c'est son point de vue.

Ce rôle d'observateur du déclin d'un homme orgueilleux mais aimant n'a pas été sans causer des soucis à l'auteur et au réalisateur au moment de la scénarisation. «Bizarrement, c'est l'oeuvre où Paul est le moins présent», explique François Bouvier (Histoires d'hiver). Et où, malgré le titre, Québec joue un rôle effacé. Il a donc fallu prendre certaines licences créatives avec la réalité, des «petites tricheries», comme dit le réalisateur.

On a ainsi laissé Roland et sa femme (Louise Portal) à Saint-Nicolas et situé le centre de soins palliatifs dans la région, plutôt qu'à Montréal. Mais les créateurs ont surtout voulu «donner une vie à Paul en dehors de Roland, avec sa blonde [Julie Le Breton] et leur fille Rose». On le voit donc avec sa chorale et avec son père typographe, des éléments autobiographiques. «J'étais complètement à l'aise avec ça. On a cherché en nous», souligne Michel Rabagliati.

La plus belle trouvaille reste de lier cette fin de vie à l'éveil artistique de Paul, qui décide de prendre la plume pour devenir bédéiste. «C'est une idée à moi! s'exclame Rabagliati, pas peu fier de son coup. Il fallait que ce soit plausible» à défaut de respecter la véritable chronologie de la vie de l'auteur. Il en a profité pour glisser d'autres références au 9e art, notamment à Red Ketchup et à Réal Godbout ainsi qu'à Tintin d'Hergé, afin de «cimenter l'idée que [Paul] va vraiment se mettre à faire [de la BD]».

De toute façon, il fallait bien que le film ait son propre langage cinématographique. François Bouvier dit avoir respecté de façon «rigoureuse trois, quatre scènes» qui s'y prêtaient. Reste que «c'est une adaptation. Il y a une inspiration et un respect de l'essence, de l'humanité des personnages. Mais [le tournage], c'était ma prérogative.»

Ce que reconnaît volontiers Michel Rabagliati. Sur le plateau, «t'es tassé, c'est le réalisateur qui prend les commandes». Lui qui tient à sa liberté de création où il est le «grand timonier», il a constaté qu'il n'avait pas «grand contrôle». Mais la chose s'est déroulée en toute connaissance de cause puisque l'auteur avait pris soin de consulter des collègues comme Christine Brouillet et Patrick Senécal. Et dans le plus grand respect.

«Je suis sacrément bien tombé avec François Bouvier. J'ai entendu des histoires d'horreur en adaptation. C'est pas ça  qui s'est passé. François était affectueux de mon oeuvre, toute l'équipe avait lu [Paul à Québec]. On est vraiment dans le ton : on passe du rire aux larmes, comme dans mon livre. Et c'est comme ça qu'on l'a traité. Je suis super content.»

Stress de la réalisation

Au point de recommencer comme scénariste, si l'éventualité se présente, mais pas comme réalisateur. Trop stressant : «C'est complètement débile.» Il s'est plutôt évertué à terminer Paul dans le Nord, qui sortira le 14 octobre. Un album qui marque la fin d'un cycle de jeunesse pour son héros ordinaire. Non seulement il considère avoir fait le tour, mais il n'a «pas vraiment d'idées» pour des chapitres subséquents...

En attendant, il y a ample matière dans les huit volumes de la série des Paul. Et un interprète qui a la même dégaine en la personne de François Létourneau. «Quand j'ai lu Paul

à Québec, c'était déjà une évidence», commente François Bouvier. Et maintenant que le film est fait, «je vois mal comment ça aurait pu être un autre acteur». Une opinion partagée par l'auteur : «À cause de son physique, de sa candeur, de sa bienveillance. Dans le film, on le croit tout de suite», commente Michel Rabagliati.

Mais le long métrage compte aussi sur la «performance exceptionnelle» de Gilbert Sicotte. «Je ne peux pas imaginer qu'un autre acteur ait pu faire ça», estime François Bouvier. En fait, c'est toute la distribution qui est solide. «J'ai réuni une famille extraordinaire. Je crois que le film ressemble exactement à ce que je voulais qu'il ressemble. [...] Inutile de vous dire que je suis ébahi. Je dis souvent qu'il y a des acteurs qui deviennent meilleurs avec certains réalisateurs. Aujourd'hui, je dis humblement que je suis devenu meilleur réalisateur en raison des acteurs qui font partie de la distribution. Ils me font bien paraître», rigole-t-il.

Avant de prendre l'affiche, le 18 septembre, Paul à Québec sera le film d'ouverture du Festival de cinéma de la ville de Québec, la veille - un choix logique vu que la capitale y sert de décor. S'il s'agit d'un «honneur immense» pour le réalisateur et le bédéiste, cette projection revêt un caractère très particulier pour François Létourneau puisqu'elle se déroulera devant la famille du natif de Sainte-Foy. «Ça va être très touchant.» Nul doute.

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François Létourneau a lu tous les albums de Michel Rabagliati pour préparer le rôle de Paul. 

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François Létourneau: dans la peau de Paul

Dès que François Bouvier et Michel Rabagliati ont commencé à oeuvrer à l'adaptation de Paul à Québec, le réalisateur et le bédéiste ont tout de suite pensé à François Létourneau (Les invincibles, Série noire) pour le rôle-titre. Un personnage beaucoup plus près de ce qu'il est dans la vie, selon le natif de Sainte-Foy. Le Soleil s'est entretenu avec l'acteur, qui sera aussi porte-parole de la prochaine édition du Festival de cinéma de la Ville de Québec (FCVQ).

Q Quel effet ça fait de se glisser dans la peau de Paul?

R Je me sentais bien, je me sentais très proche du personnage. Les gens me posent souvent la question si j'étais intimidé d'interpréter un personnage de bande dessinée. Non, ça ne m'a pas inquiété, déjà que je ressemblais un peu au bonhomme. C'était clair avec François Bouvier qu'on n'allait pas reproduire la BD, mais faire un film. Michel [Rabagliati] a aussi pris des éléments des autres [BD] pour les mettre dans le film. Par contre, ça m'a rendu très heureux quand j'ai vu que l'esprit de la BD y est : la sincérité et l'humanité.

Q Curieusement, Paul est proche de toi, alors que quand tu écris tes scénarios, les personnages sont plutôt des antithèses...

R [Rires] Je ne dirais pas que ce sont des antithèses. C'est un côté plus sombre et tordu, qui fait quand même partie de moi. Je suis quelqu'un d'assez sympathique et gentil dans la vie, mes personnages ne le sont pas nécessairement. [Avec Paul],  je trouvais ça le fun d'avoir cette opportunité. Je pouvais me rapprocher de ce que je suis dans la vie. En même temps, mes personnages comme Denis Rondeau dans Série noire ou P.A. dans Les invincibles me ressemblent aussi : ils sont l'extension de moi que je n'arrive peut-être pas à exprimer dans la vie.

Q N'empêche : Paul est un personnage préexistant. Comment as-tu préparé

ton rôle?

R J'ai lu tous les albums, j'ai passé du temps avec Michel, parce que Paul, c'est un peu Michel. J'étais très curieux de son métier et je m'en suis beaucoup nourri. Quand j'ai commencé à tourner, je ne pensais pas à la BD. Je me suis beaucoup nourri de mes partenaires, aussi. C'est beaucoup eux qui ont fait mon Paul, surtout qu'il ne parle pas beaucoup et est très observateur.

Q Il fallait d'ailleurs une bonne complicité avec Gilbert Sicotte, qui incarne ton beau-père mourant?

R Oui. Il a été mon professeur au Conservatoire. C'est quelqu'un que je connais depuis longtemps, qui était une figure d'autorité. C'est ce que j'avais à jouer dans le film : Paul est impressionné par son beau-père. Mon rapport réel avec Gilbert a nourri mon interprétation. C'est un acteur formidable. Il était tellement investi dans son rôle que, sur le plateau, je pensais qu'il allait mourir pour vrai. C'était facile de jouer : je n'avais plus besoin de faire semblant, il était vraiment touchant. Il y avait aussi toutes les scènes avec la famille élargie, ce n'était pratiquement pas du jeu tellement on avait du fun. J'aime quand les conditions sont réunies, qu'on puisse s'appuyer sur le réel pour que ça ait l'air plus vrai.

Q Un petit mot sur Série noire (dont il est coscénariste et interprète) en terminant?

R Ça va super bien. J'ai vu à épisodes sur 10 et je suis ravi de cette deuxième saison. Les gens vont retrouver leurs personnages avec beaucoup de bonheur. Ce n'est pas une répétition et on est tout de suite dans une série policière. Radio-Canada va mettre en ligne tous les épisodes le 5 novembre sur tou.tv extra. C'est la première fois qu'ils font ça et c'était un peu notre idée que les gens puissent l'écouter en rafale. La série sera diffusée en janvier, de façon conventionnelle.

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