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Bernard Émond porte Tchekhov au grand écran avec Le journal d'un vieil homme

Le journal d'un vieil homme repose sur la... (Photo fournie par Les Films Séville)

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Le journal d'un vieil homme repose sur la relation entre Nicolas (Paul Savoie) et sa fille adoptive Katia (Marie-Ève Pelletier). «Dès qu'on a mis ces deux-là en présence, on a dit: "Ça y est, on a le film!"» se rappelle Bernard Émond.

Photo fournie par Les Films Séville

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(Québec) Il aura fallu une vingtaine d'années à Bernard Émond pour mettre au monde Le journal d'un vieil homme. Deux décennies qui ont tout naturellement changé son regard sur l'oeuvre Une banale histoire d'Anton Tchekhov, dont est inspiré le long métrage.

«Il n'y a rien de plus actuel que... (La Presse, Olivier Pontbriand) - image 1.0

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«Il n'y a rien de plus actuel que Tchekhov dans son théâtre et ses récits. Les gens ont continué à vieillir, à avoir des problèmes amoureux.» - Bernard Émond

La Presse, Olivier Pontbriand

«Ce qui m'intéressait il y a 20 ans, c'était le sort de la jeune femme. J'avais 40 ans. Et maintenant, je me sens plus près du personnage principal de Nicolas», explique le réalisateur de La neuvaine, grand amoureux de Tchekhov.

Dès les premières images du film, on fait connaissance avec Nicolas (Paul Savoie), un professeur de sciences à l'université à la santé chancelante. Autrefois reconnu et admiré, l'homme de 70 ans est aujourd'hui anonyme et dépourvu devant la perte de ses facultés.

Sa femme Barbara (Marie-Thérèse Fortin), plus jeune que lui, essaie de le garder sans grand succès accroché au quotidien. Il a une fille adolescente (Ariane Legault) avec qui les liens se sont atténués avec le temps. Il a aussi une fille adoptive, Katia (Marie-Ève Pelletier), la seule qui, malgré son désarroi, le garde vivant.

Une banale histoire a été écrite en 1889 par le Russe Anton Tchekhov. «J'aime beaucoup Tchekhov, dit Paul Savoie, qui a joué dans plusieurs pièces de théâtre de l'auteur, mais je me rends compte que c'est difficile à faire passer. Je ne sais pas pourquoi.» Peut-être parce que l'auteur pose des questions sur la mort, la vie, l'existence, auxquelles on préfère ne pas être confrontés...

Mais son propos reste d'actualité, croit fermement Bernard Émond. «Il n'y a rien de plus actuel que Tchekhov dans son théâtre et ses récits, affirme-t-il. Les gens ont continué à vieillir, à avoir des problèmes amoureux. Tchekhov nous parle de ça avec vérité. Pour moi, c'est un texte extrêmement contemporain.» Émond a d'ailleurs changé peu de choses du récit original si ce n'est qu'il a fixé l'histoire dans le monde d'aujourd'hui.

Dans la peau de Nicolas

Dès la fin de l'écriture du scénario, Émond savait qui il voulait pour interpréter Nicolas : Paul Savoie. «J'aime beaucoup filmer cet homme-là, dit Émond. C'était important parce qu'une bonne partie du film, on le regarde être, on le regarde vieillir. J'ai eu beaucoup de plaisir à le cadrer, à l'éclairer.»

Paul Savoie, qui avait eu un petit rôle dans La neuvaine, a répondu présent lorsque Émond lui a demandé de faire partie du film, malgré la difficulté d'interprétation de ce personnage affaibli. «J'ai trouvé ça [le tournage] difficile, mais c'est ce que je voulais, reconnaît-il. Je ne voulais pas juste accumuler des jours de tournage. C'est plutôt une expérience humaine que je suis allé chercher dans ce film-là.»

La façon de travailler d'Émond allait en ce sens. «J'avais à jouer un homme malade, raconte Savoie. Avec un autre réalisateur, il aurait peut-être fallu boiter, trembler... Avec Bernard, il y a une ligne très mince qu'il faut soutenir : ne pas montrer trop, mais qu'en même temps, ce soit vrai.»

Marie-Thérèse Fortin, qui interprète la femme de Nicolas, Barbara, travaillait avec Émond pour la première fois. «Il a un regard très aiguisé qui épure beaucoup notre interprétation, décrit-elle. J'avais déjà vu son cinéma, donc je ne suis pas arrivée avec le festival de la mimique! [...] Avec Bernard, il suffit de dire les dialogues, sans plus. Ça se passe aussi beaucoup dans les non-dits. On doit faire entendre ce qui gronde en dessous des mots.»

«Il sait exactement ce qu'il veut mais en même temps, il nous laisse toute la place pour lui donner», ajoute Marie-Ève Pelletier qui donne vie à Katia.

Au fil du tournage, Paul Savoie s'est surpris à s'inspirer de son propre père pour incarner Nicolas. «En abordant la faiblesse de cet homme-là, ce corps fatigué, malade, ce qui a été étrange, c'est que j'avais l'impression de me sentir comme j'avais vu mon père être malade. J'avais l'impression d'être le corps de mon père. C'était très étrange, mais en même temps très nourrissant. Je bougeais comme mon père a bougé sans le planifier. C'est arrivé comme ça. [...] Mes mains étaient celles de mon père, mes gestes étaient ceux de mon père.»

Les quelques jours de répétition avant de se retrouver devant la caméra - une rareté au cinéma - ont permis aux acteurs de ne pas tomber dans les clichés, dans l'évidence, croit Paul Savoie. Et puis, Bernard Émond aborde le jeu d'un oeil bienveillant en regardant ses acteurs en face, plutôt qu'à travers le moniteur du réalisateur, illustre M. Savoie. Une proximité qui appelle la vérité du jeu. «Un des plaisirs de mon métier, c'est qu'on peut regarder les gens comme on ne les regarde jamais dans la vie, dit Bernard Émond. Si je pouvais, je dévisagerais tout le monde dans le métro! Au cinéma, je peux faire ça. Avec Paul et Marie-Ève, je me suis payé la traite!»

Katia et Nicolas, relation privilégiée

Le noyau du film Le journal d'un vieil homme est la relation entre Nicolas (Paul Savoie) et sa fille adoptive Katia (Marie-Ève Pelletier). Pour dénicher celle qui allait interpréter la jeune femme, Bernard Émond a tenu des auditions. «Quand j'ai vu Marie-Ève, j'ai su que c'était elle», lance-t-il. La voix, l'attitude, le rapport au texte de celle qu'on a surtout vue sur les planches ont renversé le réalisateur. 

Mais il fallait absolument que le courant passe avec Paul Savoie, qui avait déjà été choisi pour interpréter Nicolas. «Dès qu'on a mis ces deux-là en présence, on a dit : "Ça y est, on a le film!"» se rappelle Émond. «Paul et moi, on changeait d'une prise à l'autre, raconte Marie-Ève Pelletier. On ne restait pas dans un cadre formel. On laissait vivre les choses.» 

Le rapport entre les deux est criant de vérité sur grand écran. Et ils ont dû trouver rapidement comment ils allaient transmettre la profondeur de ce lien puisque à leur première journée de tournage, ils ont filmé la dernière scène du film, sans doute la plus émotive. «Ça a donné le ton à tout le film», croit Marie-Ève Pelletier. 

Le journal d'un vieil homme prend l'affiche le 21 août.

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