Madame Bovary: tromper l'ennui

L'actrice Mia Wasikowska réussit à exprimer le spleen... (AP, Alchemy)

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L'actrice Mia Wasikowska réussit à exprimer le spleen d'Emma Bovary, mais ses scènes d'amour manquent singulièrement d'incarnation.

AP, Alchemy

Le SoleilÉric Moreault 2/5

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(Québec) Madame Bovary, le célèbre roman de Flaubert, ne produit généralement pas de grands films. Cette énième version de Sophie Barthes ne fait pas mentir l'adage. Bien que la réalisa­trice ait pris certaines libertés avec le chef-d'oeuvre, elle ne réussit pas à imprimer une lecture plus contemporaine. Et pour un long métrage sur la passion, il en est singulièrement dépourvu.

Sophie Barthes (Âmes en stock) peut se consoler, elle est en bonne compagnie au panthéon des cinéastes qui se sont cassé les dents sur la Bovary (Chabrol, entre autres). Sa coscénariste Rose Barreneche et elle ont fait quelques choix audacieux en remaniant la trame (Emma ne tombe pas enceinte, le Marquis remplace le riche voisin Rodolphe...), mais elles ont quand même respecté les grandes lignes de la tragédie.

À savoir qu'Emma (Mia Wasikowska) est forcée d'épouser Charles Bovary (Henry-Lloyd Hughes), un médecin de campagne sans envergure. La jeune romantique, qui rêve de passion et d'exotisme, se fane dans cette vie morne et routinière. Elle dépense sans compter pour tromper son ennui puis, bientôt, son mari, dans les bras du Marquis (Logan Marshall-Green), qui incarne la richesse, et puis dans ceux de Léon (Ezra Miller), un jeune clerc qui incarne ses fantasmes d'aventure. 

On peut bien apposer une vision féministe au propos de Flaubert, mais encore faut-il s'attarder à nous faire pénétrer dans l'âme de l'héroïne malheureuse, pour que nous puissions comprendre ses dilemmes et être en phase ou pas avec les choix qui précipiteront sa chute (Emma rêve de liberté avec naïveté). On peut bien aussi souligner ses défauts - son ingratitude, son égocentrisme. Au bout du compte, le spectateur ne s'identifie pas à son tragique destin et ne ressent aucune émotion particulière.

Le jeu inégal de Mia Wasikow­ska (Stoker, La carte des étoiles) n'aide pas. L'actrice australienne réussit à exprimer le spleen d'Emma, mais ses scènes d'amour manquent singulièrement d'incarnation et de trouble pour que le spectateur y croie. À noter, la performance de Rhys Ifans, dans la peau du détestable M. Lheureux, qui use de flatterie pour vendre du rêve à la mariée malheureuse dans son illusoire quête de bonheur.

Réalisation terne

Pour son deuxième long métrage, Sophie Barthes a travaillé les textures et les atmosphères, mais sa réalisation reste terne - d'autant que Madame Bovary impose une quadrature du cercle : rendre captivant un film sur l'ennui...  

Le long métrage souffre aussi des contraintes de la coproduction (le tristement célèbre «europudding»). Tourner Madame Bovary en anglais, vedettes internationales obligent, tout en respectant le contexte français, est un non-sens. Et quand Olivier Gourmet déclame en anglais, on frise le ridicule.

Ceux qui ont lu Flaubert vont être déçus par cette adaptation. Les autres devraient se plonger dans le roman.

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