Amy: cinéma-vérité

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Boulimique, dépressive et instable sur le plan émotif, Amy Winehouse a sublimé son mal de vivre dans l'alcool.

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Le SoleilÉric Moreault 3/5

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(Québec) Il y a deux Amy Winehouse. Il y a la populaire chanteuse à la voix unique et à l'ascension météorique, tombée dans l'oreille de millions de personnes. Et il y a la jeune femme instable, fragile et dépendante affective qui a trouvé refuge dans la consommation. Malheureusement pour l'Anglaise, les deux se sont retrouvées sous les projecteurs où elle s'est brûlée comme un papillon, ce que démontre Amy, le bouleversant documentaire d'Asif Kapadia.

Le film, présenté hors compétition au dernier Festival de Cannes, ne s'appelle pas Amy pour rien : le réalisateur ne s'intéresse pas tellement à la chanteuse, mais à la femme et à sa mort inscrite en filigrane de sa carrière. Le perturbant long métrage, très réussi, aurait aussi pu s'intituler J'accuse. Il montre du doigt les responsables de cette mort tragique, à commencer par la jeune femme, décédée en plein vol en 2011, à 27 ans.

Comme dans Senna, le long métrage précédent de Kapadia sur le fameux coureur de F1, Amy repose sur un nombre incalculable de documents audio et vidéo, ainsi que sur des entrevues avec les proches. Tellement qu'Asif Kapadia a pu construire Amy comme un véritable drame biographique, en respectant la chronologie, de ses premiers enregistrements en 2001 jusqu'à sa mort, intercalant même des images familiales.

Certains ont reproché au réalisateur l'utilisation d'images de paparazzi, dont il démontre avec éloquence que leur acharnement était une forme cruelle d'intimidation - tout comme ceux qui se nourrissaient de ces représentations abjectes. Kapadia, au contraire très respectueux de son sujet, ne pouvait en faire abstraction. Elles sont partie intégrante de la chute de Winehouse - les écarter aurait occulté une clé de compréhension importante.

Les pulsions autodestructrices de la vedette malgré elle ont leurs racines dans le manque d'amour du père absent, puis dans le divorce de ses parents. Boulimique, dépressive et instable sur le plan émotif, la chanteuse a sublimé son mal de vivre dans l'alcool. Puis, il y a aussi son mari Blake Filder, un toxicomane qui l'a initiée aux drogues dures, puis entraînée dans une spirale de consommation fatale.

Sans parler de la curée à laquelle se livraient constamment les médias sur le dos d'une jeune femme perturbée, incapable de gérer son immense succès. «Il n'y a pas de manuel pour ça», comme disait un membre de son entourage.

Amy Winehouse le reconnaît d'emblée dans une des innombrables entrevues du film : «La musique a toujours été importante, mais je ne voulais pas devenir chanteuse.» 

Le parallèle avec Kurt Cobain, mort lui aussi à 27 ans, est inévitable. D'autant que le récent Montage of Heck de Brett Morgen, sur le regretté chanteur de Nirvana, utilise sensiblement le même mode narratif. Chacun met en évidence le prix à payer qui vient avec la célébrité et l'appétit insatiable des fanatiques qui s'en nourrissent. 

Je n'ai pas le même rapport aux deux - Cobain incarnait ma révolte adulescente alors que je connaissais vaguement la musique de Winehouse. Amy a pourtant fait vibrer plus de cordes sensibles tellement il est d'une honnêteté sans faille. Le dernier tiers est presque insupportable.

Il nous broie les tripes au point où on a le goût de détourner le regard de ce pitoyable gâchis qui a fauché une jeune femme promise à un avenir resplendissant. C'était une des plus authentiques chanteuses de jazz de l'histoire, constate Tony Bennett. Malheureusement, ce même talent et sa célébration excessive ont fini par la tuer.

=> Au générique

  • Cote :  *** 1/2
  • Titre : Amy
  • Genre : documentaire
  • Réalisateur : Asif Kapadia
  • Salles : Clap, Clap au Musée de la civilisation
  • Classement : général
  • Durée : 2h07

On aime : la démarche, le portrait honnête

On n'aime pas : un certain acharnement sur sa descente aux enfers

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