Heureux retour au cinéma pour Patrick Huard

«Humoriste, c'est aussi être acteur, parce qu'on incarne... (Photo La Presse, Martin Chamberland)

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«Humoriste, c'est aussi être acteur, parce qu'on incarne souvent plein de personnages sur scène», affirme Patrick Huard, qui serait incapable de choisir entre les deux professions.

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(Québec) Patrick Huard ne s'en cache pas. Bien qu'il se définisse d'abord et avant tout comme un humoriste, son amour pour les plateaux de tournage le tiraille. Après une courte pause, il revient pour tenir la vedette de deux films québécois: Ego trip, sur nos écrans la semaine prochaine, et Guibord s'en va-t-en guerre (2 octobre). «Je suis bien content d'être de retour, je m'étais ennuyé pas mal.» Et il enchaînera avec Bon Cop, Bad Cop 2 sous peu.

On voit surtout l'homme de 46 ans devant et, un peu, derrière la caméra ces dernières années. Au point où 11 de ces années se sont écoulées entre la dernière représentation de Face à face et la première de Bonheur, son troisième solo, en 2012. Il ne renie toutefois pas la profession qui l'a mis au monde, bien au contraire. «Ça influence tout ce que je fais, la musicalité de mon écriture. Humoriste, c'est aussi être acteur, parce qu'on incarne souvent plein de personnages sur scène. C'est une seconde nature», explique-t-il en entrevue téléphonique.

Et comme il «ne [serait] pas capable de choisir entre l'un et l'autre», il conjugue les deux professions. Si rien ne remplace le contact direct avec le public, souligne-t-il, « [il] aime le miracle que représente un film avec son niveau de difficulté très élevé lié au nombre de personnes impliquées.» Surtout au Québec, où on dispose de peu de moyens, ajoute-t-il.

Rôle taillé sur mesure

Après les gros succès de Starbuck (Ken Scott, 2011) et d'Omertà (Luc Dionne, 2012), ainsi qu'un petit rôle dans Mommy (Xavier Dolan, 2014), le personnage de Marc Morin est arrivé à point nommé pour Huard. L'idée et le récit lui ont tout de suite plu. D'autant que «ça faisait longtemps [qu'il voulait] jouer du [François] Avard et un personnage qu'on aime haïr». Mais qu'on finit «par trouver sympathique».

Dans cette comédie grinçante de Benoit Pelletier, il incarne un animateur de télévision désabusé dont la carrière s'en va au diable. Son humour cynique et méchant ne fait plus rire. Un rôle taillé sur mesure pour un humoriste baveux comme Huard. «Ça marchait super bien», reconnaît-il. Mais «il n'est pas juste désagréable, il est triste, aussi».

Marc Morin est un homme qui avait du talent et «qui est devenu la pire version de lui-même», précise le réalisateur. La solution de son agent: l'envoyer en Haïti, après le séisme de 2010, pour accompagner une mission humanitaire pendant une semaine. «Son ego s'est enflé au point de devenir une diva. Il se retrouve à un tournant. S'il ne va pas en Haïti pour changer la perception des gens, sa carrière est terminée», estime Benoit Pelletier.

«Préjugés sur les étrangers»

Patrick Huard voit surtout dans cet homme malheureux l'incarnation de la hantise suprême de tout artiste: être incapable de se renouveler et ne pas savoir quand décrocher. «Tout le monde rêve de sortir élégamment, mais il n'y en a pas un qui va le faire», rigole-t-il. 

Marc Morin ne fait plus son métier pour les bonnes raisons, ajoute le réalisateur: s'intéresser aux autres et faire du bien. «Si tu deviens narcissique, c'est là que tu te plantes royalement.»

C'est dans sa profonde nature de Québécois et dans le dépaysement, où Morin perd tous ses repères de petit bourgeois, que les spectateurs vont se reconnaître, souligne Benoit Pelletier, «dans nos préjugés sur les étrangers». «Il est dédaigneux, il ne voit que les ruines et les coquerelles. Finalement, il ne voit pas les gens. Il commence à les voir quand il leur parle. Avant, il n'est que dans ses préjugés.»

Et il se fait prendre au jeu en voulant redorer son image. «C'est très habile de la part d'Avard. Il fait semblant, il commence à s'attacher et à devenir sincère. C'est juste un début, mais il commence à être remué», soutient le réalisateur.

Pour l'incarner, Patrick Huard a choisi de mettre l'accent sur l'impression d'un homme mal dans sa peau et dans ses habits. Confronté au malheur et à la résilience des Haïtiens, il va porter un autre regard sur sa vie et «s'ouvrir». «Ça ressemble à une construction classique, mais ce n'est pas ça. C'est un bon gars qui est devenu un trou de cul qui redevient un bon gars.» 

Loin de la retraite

On ne poussera pas le jeu des comparaisons, mais, pour Patrick Huard, la retraite semble bien loin puisqu'il conserve l'affection du public. Il s'apprête d'ailleurs à reprendre le rôle du détective David Bouchard pour la suite de Bon Cop, Bad Cop. Le film d'Érik Canuel, sorti en 2006, sur une idée originale de Huard, demeure à ce jour, au Québec, le plus gros succès au guichet pour un film québécois, avec 9 millions $ de recettes. Le tournage aura lieu cet automne ou l'hiver prochain, selon l'acteur, avec Alain Desrochers (Gerry) à la barre. La SODEC a annoncé en mai son soutien à la production.

Ego trip prend l'affiche le 8 juillet.

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Méconnaissable avec ses cheveux hirsutes et sa barbe, Guy Jodoin est ravi de son rôle dans Ego trip.

Photos fournies par les films Séville

Un rôle sur un plateau d'argent pour Guy Jodoin

Guy Jodoin n'a pas eu à se faire insistant pour obtenir la possibilité de donner la réplique à Patrick Huard dans Ego trip: on lui a offert le rôle de Richard Beaudoin «sur un plateau d'argent». Méconnaissable, avec cheveux hirsutes et barbe, dans la peau d'un photographe aventurier, le populaire acteur s'estime très chanceux et est manifestement ravi de son rôle.

«Je savais qu'un tel personnage ne passerait pas deux fois» dans ma carrière, a-t-il expliqué en entrevue. Le pire, c'est qu'il ne s'y attendait pas du tout. L'ex-animateur de Sucré salé se prélassait sur son «divan orange» quand la productrice Denise Robert lui a présenté l'opportunité, le tournage commençait deux mois plus tard. Il a sauté sur l'occasion.

Son rôle de faire-valoir «candide» est totalement à l'opposé de l'égocentrique Marc Morin (Huard). Autant ce dernier est imbu de lui-même, autant le personnage de Jodoin pratique l'humanisme à l'excès. «Il aime tout le monde, mais il entre dans la bulle des gens, il n'a pas de limites.» C'est également «un parasite qui se nourrit de la misère» en faisant des photos.

Même si créer «des malaises» amuse l'acteur de 48 ans, ce rôle lui demandait quand même un certain abandon. «T'as pas le choix», dit celui qui se décrit comme gêné et pudique. Mais après plus de 25 ans de carrière, «j'étais même mûr pour ça, m'asseoir à côté de Patrick Huard en bobette avec mes huit plis de bedaine». Il fallait de l'abnégation, aussi, «que je fasse vivre le personnage sans porter de jugement. Guy Jodoin s'efface devant le personnage de Richard».

Sur le bord d'un précipice

Il dit avoir foncé tête baissée - quitte à frapper un mur. «Je suis un peu excessif pour ça.» Une chose d'autant plus difficile à réaliser que l'excentricité du photographe demandait beaucoup de doigté pour ne pas tomber dans la caricature comique, tout en montrant une certaine sensibilité. «Il y a des gens qui ne l'auraient peut-être pas pris [ce rôle]. C'est le fun de pousser un tel personnage.»

«Il y en a, des gens comme ça, mais il faut jouer le plus vrai possible. Si j'avais voulu faire mon drôle, ça n'aurait pas été drôle. C'est tout un défi. J'aime ça, jouer sur le bord d'un précipice. C'est ça qui est le fun

Guy Jodoin a tellement aimé son personnage qu'il a pris le temps de faire la promo du film, malgré un horaire très chargé. En plus de l'animation prochaine d'un gala Juste pour rire, il tourne la série Karl/Max, dans laquelle il partage l'affiche avec Charles Lafortune. «J'ai la broue dans le toupet!» de conclure le volubile et sympathique comédien.

Regards différents sur Haïti

Guy Jodoin et Patrick Huard portent un regard tout à fait différent sur Haïti depuis le tournage d'Ego trip. Pas Benoit Pelletier. Le scripteur a une affection particulière pour la Perle des Antilles, qu'il fréquente régulièrement. La productrice Denise Robert lui a donc offert l'opportunité de réaliser son premier film.

Ça n'a pas empêché Pelletier d'être terrorisé. «Totalement.» Il a beau avoir de grosses mises en scène derrière la cravate (Les Morissette) et quelques scénarios (De père en flic, Le sens de l'humour), là, c'était autre chose. Il pouvait néanmoins compter sur une équipe d'expérience, dont Nathalie Moliavko-Visotzky, la directrice photo de Denys Arcand, et les conseils amicaux de Huard, qui a réalisé trois longs métrages. «Ce dont j'avais à me soucier, c'était de bien raconter l'histoire.»

Sensibilité et affection

Son amour du pays l'a bien servi. «J'avais une sensibilité et une affection particulières.» L'auteur s'y rend chaque année pour former de jeunes humoristes. L'industrie n'en est qu'à ses balbutiements, mais, si tout va bien, les Haïtiens vont ouvrir une école d'humour à Port-au-Prince, en novembre. Pelletier ira former les formateurs.

Son expérience et celle du scénariste François Avard les ont empêchés de sombrer dans le misérabilisme, croit-il. «Les Haïtiens ont une joie de vivre et une résilience [très forte].»

«[À l'inverse de Pelletier], je me rends compte que je ne connaissais rien, avoue honnêtement Patrick Huard. On essaie de se dire qu'on est ouvert d'esprit, mais ce n'est pas tant le cas que ça.» La découverte de la culture haïtienne a forcément changé le regard qu'il posait sur celle-ci. «Absolument. Même chose pour ce qu'est réellement la pauvreté. T'es capable de les comprendre avec ton coeur pis ta tête, mais ce n'est pas intégré tant que tu ne l'as pas vécu avec ton corps.»

Guy Jodoin avait aussi une vision restreinte de cette réalité particulière. Même s'il se veut d'abord un film de divertissement, Ego trip pourrait contribuer à sensibiliser les Québécois. «Je pense que oui. C'est mon cas: j'en parle différemment depuis le film et je rêve d'y aller.»

Et non pas d'y retourner: en raison des contraintes logistiques, la production a passé 11 jours en République dominicaine, au sein de la communauté haïtienne, et seulement 4 jours en Haïti, en équipe réduite (ainsi que 16 jours au Québec pour les scènes intérieures).

Quoi qu'il en soit, les deux acteurs plaident pour un rapprochement de nos deux communautés, qui partagent plus qu'on pense, notamment dans le rapport à la langue française, avec le créole et le joual. Sans faire d'angélisme, toutefois.

Les problèmes économiques et sociopolitiques d'Haïti, «c'est complexe, sans solution simple. C'est désarmant, constate Patrick Huard. On prend ça par quel bout? L'ouverture d'esprit, l'écoute. Ce ne sont pas de grandes révélations. Mais il n'y a aucun être humain qui peut rester insensible à ça.»

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