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Un pigeon perché sur une branche philosophait sur l'existence: les clowns tristes

En une quarantaine de saynètes de longueur variable,... (Photo fournie par EyeSteel Films)

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En une quarantaine de saynètes de longueur variable, Un pigeon... suit Sam (Nisse Vestblom) et Jonathan (Holger Andersson), qui cherchent une adresse n'existant pas. En chemin, ils croisent différents personnages, tous un peu étranges et décalés.

Photo fournie par EyeSteel Films

Le SoleilÉric Moreault 3/5

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(Québec) Imaginons un instant que Vladimir et Estragon ont finalement fini d'attendre Godot. Ils se sont recyclés en vendeurs de farces et attrapes, dans une petite ville suédoise à une époque non précisée. Que leur quête actuelle est tout aussi vaine. Et qu'un réalisateur en fasse une radicale et déroutante expérience de cinéma. Vous avez Un pigeon perché sur une branche philosophait sur l'existence, un film à sketchs qui provoque des réactions viscérales : on aime ou on déteste.

Roy Andersson tourne très peu, seulement cinq longs métrages depuis 1970. Mais il s'est évertué à réaliser une trilogie sur «comment être un être humain» dont c'est le dernier volet. Chansons du deuxième étage (2000) et Nous, les vivants (2007) ont précédé Un pigeon..., Lion d'or du meilleur film en 2014, la plus haute distinction du Festival de Venise.

Le vieux maître suédois (71 ans) est reconnu pour ses cadrages fixes et ses plans-séquences tournés en studio. Il n'a pas changé de méthode. Ces tableaux vivants, à l'esthétique blafarde mais outrancière, se distinguent aussi par une profondeur de champ remarquable. Le regard est constamment sollicité, autant par ce qui se passe à l'avant qu'à l'arrière-plan.

Et que se passe-t-il au juste? Beaucoup et très peu. Comme dans la célèbre pièce de Beckett, Un pigeon... loge à l'enseigne de l'absurde. Il gravite autour de nos deux clowns tristes, Sam (Nisse Vestblom) et Jonathan (Holger Andersson), qui cherchent une adresse qui n'existe pas. «On est un peu perdus.» En effet.

En une quarantaine de saynètes à longueur variable, leur chemin croise, ou pas, celui de différents personnages qui ont en commun d'être un peu étranges et décalés.

Alors qu'ils tentent désespérément de vendre leurs dents de vampires «extralongues», leurs sacs de rires et leurs masques de Pépé l'édenté, le spectateur croise un vieillard qui fréquente le même bar depuis 70 ans, un roi à cheval (qui entre dans un autre bar), un danseur victime de harcèlement sexuel, un capitaine qui a le mal de mer...

De Sica, Fellini, Tati

Roy Andersson dit s'être inspiré du classique du néoréalisme italien Le voleur de bicyclette (Vittorio De Sica, 1948). Ne le croyez pas. Il faudrait plutôt chercher du côté de Fellini et de Jacques Tati (ou bien de Wes Anderson et de Lars von Trier pour l'aspect contemporain). Il emprunte l'esprit circadien au premier et le sens du burlesque au second.

L'humour absurde (évidemment, comme le répète un protagoniste à chaque phrase) est basé sur la répétition des situations et des dialogues - comme ses personnages qui répètent au téléphone «je suis content de savoir que vous allez bien» à un interlocuteur qu'on ne verra jamais (Godot?).

Et le pigeon du titre? Bien sûr, on ne le voit pas plus (mais on l'entend à quelques reprises). Ce volatile, c'est le spectateur qui pose un regard intrigué sur la condition humaine et la futilité de l'existence.

Ce long métrage exigeant, et parfois exaspérant, s'adresse à des cinéphiles purs et durs. Ou à des misanthropes. La démarche m'a interpellé, mais ne m'a pas ravi - trop déprimant. Et il faut vraiment avoir envie de se prendre la tête. À vous de voir.

=> Au générique

  • Cote : *** 1/2
  • Titre : Un pigeon perché sur une branche philosophait sur l'existence
  • Genre : comédie dramatique
  • Réalisateur : Roy Andersson
  • Acteurs : Nisse Vestblom et Holger Andersson
  • Salle : Clap
  • Classement : général
  • Durée : 1h40

On aime : l'esthétique, la radicalité de la proposition, la rigueur

On n'aime pas : le manque de chaleur humaine

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