Elle l'adore: aimer à mort

La réalisatrice Jeanne Herry révèle qu'il y a... (Photo fournie par StudioCanal)

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La réalisatrice Jeanne Herry révèle qu'il y a eu une vingtaine de versions de scénario pour Elle adore, avant de finalement trouver le bon.

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(Paris) Jeanne Herry rayonne de joie dans cette suite d'un hôtel parisien où la réalisatrice accorde des entrevues pour Elle l'adore. Il y a de quoi. Après 10 ans de galère, son intelligent premier film, mélange étonnant de comédie de moeurs et de polar, a bien fait au guichet et auprès de la critique.

Il pose un regard intime et sensible sur la dépendance d'une groupie envers un chanteur de charme. Un sujet que la fille de Miou-Miou et de Julien Clerc connaît, évidemment, de fond en comble... La sympathique artiste de 37 ans a expliqué les tenants et aboutissants de son projet au Soleil.

Q Dans quelle mesure le statut de votre père vous a-t-il aidé à façonner le personnage féminin?

R Ça a été énorme. Le film m'a permis de réunir deux figures que j'ai bien connues dans l'enfance. D'un côté, les chanteurs populaires - j'ai eu la chance d'en croiser quelques-uns - et ces fans-là très fidèles, ce type de femmes qui collectionnent, qui archivent tout. Ce sont des gens qui ont un lien, mais qui n'ont pas de relation. Je me suis demandé quelle histoire pourrait les réunir.

Q Et pour le chanteur comme tel?

R Je voulais montrer la banalité des gens connus. C'est ce que j'ai beaucoup vu. Je me suis demandé ce que je pouvais raconter de plus. Cette banalité. Il y a un aspect folklorique avec ces gens névrotiques qui ont toute une cour. Ça existe, mais je n'en ai pas connu.

Q Pourquoi ce long métrage a-t-il pris 10 ans à se concrétiser?

R J'ai eu cette idée «lumineuse» de réunir un chanteur, une fan et un cadavre. J'ai commencé à écrire, d'ailleurs, lors d'un séjour au Québec. Ensuite, il y a eu une vingtaine de versions de scénario. Après, le parcours de production a pris beaucoup de temps. Ça a failli ne pas se faire. Heureusement, je n'ai pas fait que ça. C'était mon projet en parallèle aux mises en scène au théâtre, aux enfants à faire [rires], d'autres trucs d'écriture...

Q Beaucoup de temps parce que les interprètes ont été difficiles à convaincre?

R Non. Sandrine Kiberlain [l'admiratrice] est arrivée vite. J'avais très envie que ce soit elle. Et elle a beaucoup aidé à ce qu'il se fasse en s'impliquant. Par contre, pour le bon chanteur, ça m'a pris plus de temps. Certains disaient non, d'autres oui, mais étaient grossièrement éjectés par le système de production parce qu'ils n'étaient pas assez «bancables» [rentables au guichet]. Des gens de grand talent ont été évincés. On a eu mille cas de figure. Mais le bout de ce chemin très chaotique a abouti au bon acteur : Laurent Lafitte.

Q De prime abord, on croit qu'il s'agit d'un long métrage sur la rencontre d'une femme et de son idole, mais celle-ci est provoquée par un cadavre. Vous avez un lien particulier avec le polar?

R Oui, tout à fait. Je voulais vraiment écrire un film dont la structure narrative serait celle d'un polar. J'adore le genre depuis que je suis toute petite. J'ai lu tous les Agatha Christie, les Columbo, j'étais même attirée par les faits divers, les plus sordides si possible [rires]. J'ai mis beaucoup de choses dans ce film. C'était une armoire bourrée à craquer. J'ai exploré les deux genres que j'aime le plus, le polar et la comédie.

Q Il y a d'ailleurs un autre duo dans Elle l'adore. Parlez-moi de ces deux flics qui mènent l'enquête.

R J'ai toujours été frappée que les policiers aillent au bout de leur enquête au détriment de tout, cet archétype de l'enquêteur solitaire qui n'a rien d'autre dans sa vie que son travail. Alors, j'ai voulu explorer l'inverse, un flic qui abandonne son enquête parce qu'il a une peine de coeur. Ce qui, je pense, doit arriver dans la vie.

Q Une partie de l'aspect comique est généré par le fait que cette admiratrice maniaque ment tout le temps, ce qui lui rend drôlement service, d'ailleurs. Qu'est-ce qui vous intéressait dans la mythomanie?

R C'est une pathologie que je trouve amusante. C'est beaucoup moins dramatique que la schizophrénie, par exemple. J'ai toujours adoré le motif du mensonge dans un film : quand on sait que le personnage ment, mais pas les autres. J'ai demandé à un ami psy ce qui se passerait si une histoire qu'un mythomane pourrait inventer arrivait pour de vrai. Il m'a dit : «Ça fait boom.» Et c'est aussi le truc de Pierre qui crie au loup. Elle ment, elle ment, et quand elle dit la vérité, on ne la croit plus. Mais ici, son handicap va devenir sa force. C'est le genre de truc que je voulais tricoter à l'écriture. C'est pour ça que ça m'a pris du temps [rires].

Q Bien que la trame semble un brin abracadabrante, ça fonctionne. Pourquoi, selon vous?

R Il y a un ton réaliste, mais qui n'est pas complètement naturaliste, ce qui fait qu'on peut accepter certaines choses. C'est un peu gros, mais c'est possible. C'était tout le pari.

Q Après avoir vu Elle l'adore, on espère que ça ne vous prendra pas 10 ans pour faire un autre film...

R Je l'espère aussi [rires].

Elle l'adore prend l'affiche le 3 juillet.Les frais de ces reportages ont été payés par uniFrance.

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