Terminator: l'homme contre la machine

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Le cinquième épisode de la franchise à succès Terminator s'en vient sur nos écrans.

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(Québec) Terminator occupe une place de choix dans l'imaginaire populaire occidental, surtout après la sortie du deuxième volet (1991). Sa vedette (Arnold Schwarzenegger), ses répliques cultes («Hasta la vista, baby», «I'll be back», etc.), son imagerie de film d'action et de science-fiction ont évidemment contribué au succès de la franchise, dont le cinquième épisode s'en vient sur nos écrans. Mais, consciemment ou pas, c'est surtout sa thématique axée sur notre peur des robots et de la révolte des machines qui a touché une corde sensible...

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Terminator Genisys revient aux éléments du premier long métrage.

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Dans une scène d'action, les acteurs Jason Clarke... (Photo fournie par Paramount Pictures) - image 1.1

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Dans une scène d'action, les acteurs Jason Clarke (John Connor) et Jai Courtney (Kyle Reese)

Photo fournie par Paramount Pictures

Cette terreur ne date pas d'hier. Elle a nourri de nombreuses oeuvres de fiction et même des débats passionnés. L'origine du mot «robot» remonte à 1920, dans une pièce de théâtre du Tchèque Karel Capek. Déjà, dans celle-ci, l'humanité passe un mauvais quart d'heure aux mains des créatures. 

Un quart de siècle plus tard, le grand auteur de science-fiction Isaac Asimov édicte ses célèbres trois lois de la robotique, dont la première marque les esprits depuis cette époque : «un robot ne peut porter atteinte à un être humain ni, restant passif, permettre qu'un être humain soit exposé au danger».

Le T-800 du film original (1984) de James Cameron contrevient non seulement à celle-ci, il est l'incarnation parfaite de notre angoisse profonde devant la machine et ce qu'elle incarne : la déshumanisation, sa capacité appréhendée de nous remplacer et d'échapper à notre contrôle.

Nous ne sommes plus ici dans la métaphore, mais dans le concret. Les machines se rebellent contre leurs créateurs et déclenchent une guerre nucléaire mondiale pour éliminer la menace que représentent les humains. Pire, elles vont jusqu'à créer un androïde cybernétique (un cyborg) à notre image pour éliminer les résistants - un thème transposé plus tard dans la série Star Trek : La nouvelle génération avec les Borg, qui partagent le même objectif.

Cette union des machines en un tout va à l'encontre d'une valeur fondamentale de l'identité humaine : l'individualisme. Elle s'oppose aussi à notre essence même : la machine est capable de raisonnement, mais n'éprouve pas de sentiments ni de sens moral. Il y a donc cette hantise presque immémoriale qui agit fortement, celle d'une intelligence supérieure à la nôtre, et différente. Cette phobie de l'intelligence artificielle et de la destruction éventuelle de l'humanité, Stephen Hawking l'a clairement exprimée en décembre. 

Le célèbre physicien n'est pas le seul. Deux mois avant, l'inventeur Elon Musk (PayPal, Space X, la Tesla) disait sensiblement la même chose. «Avec l'intelligence artificielle, nous invoquons le démon.» Il s'agit d'un danger potentiel plus dangereux, d'ici 10 ans, voire 5 ans, que les armes nucléaires, croit-il. On n'est pas loin de la thématique des Terminator, n'est-ce pas?

Jason Clarke incarne John Connor... ou le cyborg... (Photo fournie par Paramount Pictures) - image 2.0

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Jason Clarke incarne John Connor... ou le cyborg qui prend ses traits.

Photo fournie par Paramount Pictures

Un vilain parfait

Bref, Cameron a misé juste en puisant dans nos peurs et en les incarnant dans une machine. Si on ajoute à ce qui précède son caractère indestructible (ou presque), on a un vilain parfait, que le spectateur aime haïr. Encore mieux, le réalisateur d'origine canadienne a transformé son T-800 remis à neuf en allié des hommes dans le deuxième épisode (Le jugement dernier, 1991). Il doit alors affronter un ennemi plus démoniaque, le T-1000. 

Le film mise à plein sur les nouvelles possibilités offertes par les effets spéciaux, notamment le morphage, qui permet au cyborg en métal liquide de se transformer comme un caméléon. Chaque long métrage, tourné à 7 et 12 ans d'écart avec leur précédent pour les volets deux et trois, permet d'ailleurs de mesurer la progression des trucages numériques en CGI (images générées par ordinateur), mais également l'évolution de la technologie (dans le T2, on voit les premiers ordinateurs domestiques; dans le T3, les premiers cellulaires...).

D'ailleurs, le succès et la fascination qu'exercent les Terminator tiennent aussi à sa forme, pas seulement à sa thématique. Dès la première mouture, James Cameron (TitanicAvatar) emprunte aux codes des films d'horreur (notamment la musique, le montage et la finale avec un «méchant» qui n'en finit plus de mourir) et d'action. La technique est familière au spectateur, et la reconnaissance, immédiate. Le réalisateur se tourne aussi du côté du film noir, utilisant notamment la voix hors champ de Sarah Connor pour la narration.

Parlant de Sarah Connor, interprétée par Linda Hamilton, c'est une autre caractéristique des deux premiers Terminator, qui va d'ailleurs s'effacer progressivement par la suite lorsque Cameron abandonnera la réalisation de la franchise : un rôle féminin consistant. Le cyborg de Schwarzy est omniprésent, mais ses dialogues sont monosyllabiques (pratique : l'acteur d'origine autrichienne baragouinait l'anglais à cette époque). 

Survivaliste

C'est donc Connor qui est au centre du récit. Cible principale dans le film original, elle devient la louve protectrice de son fils dans le deuxième - une survivaliste. Avec sa mort annoncée, au début du T3, les femmes passent au second rôle dans ce chapitre, puis encore plus dans l'ombre dans le T4 (2009) - intéressant signe des temps dans un Hollywood où les actrices se plaignent de plus en plus de ne pas avoir des rôles significatifs - ou qui ne soient pas stéréotypés - dans les superproductions.

Puisque Genisys revisite les origines de la production, ainsi que des péripéties de Sarah Connor à laquelle on a même consacré une série télé dérivée (voir textes en A5), il sera intéressant de voir le rôle qu'on attribuera, dans cette nouvelle mouture, à cette battante courageuse, déterminée et indépendante.

Car pour ce qui est du T-800 et d'Arnold, ils seront bien sûr au centre de l'action... Et en examinant l'énorme succès du Monde jurassique, nul doute que les spectateurs seront au rendez-vous, mus à la fois par la reconnaissance et la nostalgie.

Arnold Schwarzenegger et le T-800 ont pris des... (Photo fournie par Paramount Pictures) - image 3.0

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Arnold Schwarzenegger et le T-800 ont pris des rides.

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Sarah Connor est interprétée par Emilia Clarke.... (Photo fournie par Paramount Pictures) - image 3.1

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Sarah Connor est interprétée par Emilia Clarke.

Photo fournie par Paramount Pictures

Retour dans le temps

1984, 1997, 2029 - le temps joue un rôle prépondérant dans la série des Terminator. Chaque année est un repère historique à propos d'événements qui doivent, théoriquement, se dérouler. Et il est au coeur du scénario de Genisys, qui marque le retour d'Arnold Schwarzenegger dans la peau du célèbre cyborg. «I'll be back», disait-il...

Genisys, réalisé par Alan Taylor (Thor : Un monde obscur), utilise une notion bien connue des amateurs de science-fiction : certains incidents peuvent altérer le déroulement des faits et changer l'avenir. C'est ce qui se produit dans ce cinquième film de la série, qui revient aux éléments du premier long métrage. À savoir, Kyle Reese est envoyé du futur en 1984 pour sauver Sarah Connor et enfanter John Connor, futur héros de la résistance contre les machines. Seul problème, il revient dans un passé différent où Sarah Connor connaît toute la vérité à propos de Skynet (le réseau des machines), du jugement dernier et du rôle de Reese comme procréateur...

La raison? Les machines et la Résistance ont chacune envoyé un cyborg dans l'enfance de Sarah. Le T-800 reprogrammé (Schwarzenegger) a préparé celle-ci à sa destinée, mais maintenant que le cours des événements a changé, la façon d'éviter le jour du jugement dernier (une guerre nucléaire mondiale) semble bien incertaine. D'autant que le duo doit composer avec un ennemi cauchemardesque : le T-3000, un hybride nanotechnologique d'humain et de cyborg qui revêt les traits de... John Connor! 

Après le relatif échec commercial - et l'échec critique - de Terminator Rédemption (2009), les créateurs de ce nouveau volet ont décidé de revenir à la base. L'action ne se déroule pas dans le futur, comme dans Rédemption. Et Arnold revient en chair et en os, autrement que grâce à des images générées par ordinateur, maintenant que son passé de gouverneur de la Californie est révolu.

Sauf que plus de 30 années se sont écoulées depuis la sortie du premier épisode. Pour éviter cet écueil, la production a introduit un élément (logique) dans le scénario : les tissus humains utilisés pour la création des robots androïdes souffrent du passage du temps. On peut donc voir les rides et les cheveux gris de l'acteur, qui s'est toutefois entraîné pour retrouver le physique qu'il affichait dans le T3, La guerre des machines (2003). On laisse entendre qu'il s'agirait de la dernière fois qu'il se glisse dans la peau du T-800 - Schwarzy aura tout de même 68 ans à la fin du mois...

Doublure

Mais que faire pour sa version de 1984? Le bon vieux truc de la doublure. Le culturiste et acteur débutant Brett Azar avait un physique suffisamment similaire pour qu'il puisse tourner dans le film. Pour le visage, il a été remplacé par celui de son idole en postproduction.

On ne s'est pas donné toute cette peine pour John Connor et Kyle Reese. Ce sont encore une fois de nouveaux acteurs, Jason Clarke (Opération avant l'aube) et Jai Court­ney (Divergence), respectivement. Même chose pour Sarah Connor, interprétée par Emilia Clarke (Daenerys Targaryen dans la série télé Le trône de fer). 

Évidemment, Paramount espère que la présence d'Arnold pour une dernière fois (?) va susciter suffisamment d'intérêt pour ramener du monde en salles (le deuxième volet a obtenu le meilleur box-office de 1991). Mais peu importe le résultat, il s'agit du premier volet d'une nouvelle trilogie - les deux autres films vont prendre l'affiche d'ici 2019, l'année où tous les droits de la franchise reviendront entre les mains de James Cameron. On vous l'avait dit, que le temps joue un rôle prépondérant dans les Terminator...

«Teminator - Genisys 3D» prend l'affiche le 1er juillet

«Terminator» en quatre temps

James Cameron était probablement loin de se douter, alors qu'il écrivait le scénario du premier Terminator, qu'il allait créer une franchise prospère et populaire qui résiste à l'épreuve du temps, avec ses propres codes (un peu empruntés) et sa mythologie. En déclin depuis qu'il a quitté la barre, en 1991, un nouvel épisode, Genisys - le premier d'une trilogie - vise à relancer la machine. Petit parcours critique.

1984 - Arnold Schwarzenegger interprète le rôle de... - image 5.0

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1984 - Arnold Schwarzenegger interprète le rôle de Terminator.

>> Terminator (1984), James Cameron

Trois petites syllabes : le «I'll be back» du T-800 interprété par Arnold Schwarzenegger. C'est tout ce dont avait besoin Terminator pour devenir un film culte. Très typé et daté, avec des effets spéciaux pic-pic, ce premier film presque artisanal est tristement célèbre pour son hyperviolence gratuite et, à l'inverse, pour son personnage féminin marquant. Il propose un univers noir qui frappe les imaginations, empruntant aux codes du film d'horreur et d'action pour les transposer dans un univers de science-fiction. Rythme, rebondissements, voyages dans le temps, thématique axée sur le triomphe de la machine sur l'homme; les fondations sont solides. Box-office : 165,27 millions $ US (en dollars de 2015)

1991 - Robert Patrick joue le rôle de T-1000.... - image 6.0

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1991 - Robert Patrick joue le rôle de T-1000.

>> Terminator 2:  Le jugement dernier (1991), James Cameron

Le plus solide (jusqu'à maintenant). En sept ans, le réalisateur d'origine canadienne s'est fait la main (notamment avec L'abysse) et il affiche une plus grande maîtrise technique de la mise en scène. Les effets spéciaux (des images générées par ordinateur, ou CGI) sont devenus spectaculaires. On s'en prend maintenant au fils, après avoir voulu tuer la mère, Sarah Connor. Le personnage est riche et souffre de stress post-traumatique, une maladie rarement évoquée à l'époque. T2 offre aussi une figure paternelle inhabituelle à John Connor, le T-800 transformé (Schwarzy, toujours aussi imperturbable). Une totale réussite du film de genre. Box-office : 797,6 millions $ US (en dollars de 2015)

2003 - Kristanna Loken dans le rôle de T-X... - image 7.0

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2003 - Kristanna Loken dans le rôle de T-X (Terminatrix)

>> Terminator 3: La guerre des machines (2003), Jonathan Mostow

Douze ans se sont écoulés entre les deux films. Ce troisième volet souffre d'enflure, avec ses scènes de destruction massive ridicules, son aspect plus gore et ses grossières erreurs et incohérences scénaristiques... Sans Sarah Connor, on a droit à un Terminator féminin (le T-X), une machine de combat extrême plus rapide et efficiente que ce bon vieux T-800. John Connor, un solitaire avec une épée de Damoclès, ajoute une dimension psychologique à un film qui en manque. Aspect intéressant : c'est un homme qui ouvre la boîte de Pandore et provoque la domination des machines sur l'homme.  Box-office : 536,5 millions $ US (en dollars de 2015)

Christian Bale dans la peau de John Connor ... - image 8.0

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Christian Bale dans la peau de John Connor 

>> Terminator Rédemption (2009), Joseph McGinty

Même Christian Bale, dans la peau de John Connor (le quatrième acteur en autant de films), ne réussit pas à sauver Rédemption du désastre. Avec six scénaristes aux fourneaux, la recette a mal tourné. Le récit manque de subtilité - du grand n'importe quoi, en plus gros et en plus désincarné. Ce quatrième tome est comme les Terminator : sans coeur et sans émotion. Il est aussi le premier à se dérouler majoritairement dans le futur et, bien qu'il utilise les mêmes matériaux de base, le résultat est bancal. La fin annonçait un autre épisode du même acabit. On a sagement préféré revenir à la base pour Genisys (à l'affiche le 1er juillet). Box-office : 410,8 millions $ US (en dollars de 2015)

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