L'affaire SK1: la nature du monstre

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L' Affaire SK1

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Le SoleilÉric Moreault 3/5

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(Québec) Le 5 avril 2001, Guy Georges est condamné à la prison à perpétuité pour 11 viols, dont 7 se sont conclus par des meurtres. «Le tueur de l'Est parisien» a longtemps échappé à la police, malgré des preuves accablantes. Frédéric Tellier s'est attardé à reconstituer les événements dans un film glauque et prenant, qui tente autant d'évoquer la quête d'un jeune inspecteur sur les traces du monstre que les efforts d'une avocate pour trouver l'homme sous la bête.

Pour son premier long métrage de fiction, Tellier s'est donc inspiré de cette affaire sordide. Le film démarre au début du procès de Guy Georges (Adama Niane, troublant de nuances). Le prédateur sexuel est défendu par une avocate humaniste (Nathalie Baye), éprise de justice et prête à scruter le portrait global de l'exclusion sociale pour comprendre les motifs de son client, qui réfute être l'auteur des agressions avec véhémence.

Le film nous ramène rapidement 10 ans plus tôt, au moment où Franck «Charlie» Magne (Raphaël Personnaz) fait son entrée au mythique 36, quai des Orfèvres. On le charge de réviser une enquête sur l'assassinat d'une jeune fille. Il sera le premier, et souvent le seul, à croire qu'il ne s'agit pas d'une attaque isolée. 

Cette traque au tueur en série devient alors le portrait de l'obsession de Charlie, troublé par l'affreuse violence des actes, et de son sentiment d'impuissance. Le policier opiniâtre se heurte au manque de ressources et aux tracasseries judiciaires, mais surtout aux rivalités stériles entre flics et un mode de fonctionnement en silo. Les ratés qui s'ensuivent, et une erreur humaine, permettront à Guy Georges de hanter les rues de Paris. Bref, il ne s'agit pas tant d'un monstre que du produit d'un système, du début à la fin.

L'affaire SK1 mélange donc drame policier et film de procès, dans un aller-retour entre les deux qui veut en montrer les tenants et les aboutissants. Cette mise en scène appliquée, convenue et dénuée de point de vue personnel, presque documentaire, permet une reconstitution minutieuse de «l'affaire», mais sacrifie au passage la tension. On sent le réalisateur prudent, comme intimidé par l'ampleur de la tâche.

On peut avancer que cette absence de parti pris est un choix respectable. Le réalisateur ne porte pas de jugement, il laisse au spectateur le soin de générer sa propre réflexion.

Le scénario, coécrit avec David Oelhoffen (Loin des hommes) d'après l'oeuvre de Patricia Tourancheau, contient d'autres bonnes idées. Comme ce mélange de moments personnels, la naissance des deux filles de l'inspecteur, et d'événements marquants de l'époque, à peine esquissés, pour marquer le passage du temps.

Par contre, Tellier erre en insistant sur les cadavres des jeunes femmes et les photos explicites. La chose s'avère inutile pour comprendre les états d'âme de Charlie, n'ajoute rien au dégoût que le spectateur ressent face à l'ignominie des actes commis et se révèle, au bout du compte, une démonstration malsaine. Ce qui entre en contradiction avec sa volonté «d'objectivité» sur l'affaire.

Pour un premier long métrage, il s'agit néanmoins d'une belle réussite, portée par une forte distribution - Olivier Gourmet, dans la peau de l'inspecteur Bougon (!), est égal à lui-même. Un film courageux aussi dans sa volonté de montrer la vraie nature humaine et non pas un divertissement de pacotille.

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