CRITIQUE

Phoenix: renaître de ses cendres

Ronald Zehrfeld et Nina Hoss dans Phoenix... (Photo fournie par Eyesteel Films)

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Ronald Zehrfeld et Nina Hoss dans Phoenix

Photo fournie par Eyesteel Films

Le SoleilÉric Moreault 4/5

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(Québec) Phoenix est l'un des meilleurs films de 2015 jusqu'à maintenant, Festival de Cannes compris. Et avec ce septième long métrage, Christian Petzold confirme son statut de réalisateur hors pair. Il a une touche, à la fois sensible et rigoureuse, pour raconter une histoire qui ébranle fortement. Avec ce récit d'une femme qui revient à la vie après un effroyable traumatisme, l'Allemand démontre toute la puissance du septième art.

Phoenix prend place en juin 1945. Laissée pour morte à Auschwitz, Nelly Lenz (Nina Hoss) revient à Berlin pour subir une reconstruction faciale, sous la supervision bienveillante de Lene (Nina Kunzendorf). Sa fidèle amie tente de convaincre la chanteuse d'utiliser la fortune familiale dont elle a hérité pour émigrer en Israël.

Dépressive, Nelly est obsédée par l'idée de retrouver Johnny (Ronald Zehrfeld), plutôt que de saisir la chance d'un nouveau départ. Le titre du film fait bien sûr allusion à ce visage différent et à cette opportunité, mais c'est aussi le nom du cabaret où Nelly retrouve son mari. La rencontre est un choc : le traître ne la reconnaît pas.

Mais il tente de la convaincre d'exploiter sa ressemblance avec son ex-femme, qu'il croit décédée, pour mettre la main sur le patrimoine familial. Nelly accepte et devient son propre double. Par amour. Et pour connaître la vérité. Commence alors un huis clos de plus en plus troublant, entrecoupé par les visites de Nelly à Lene, qui multiplie les mises en garde auxquelles Nelly reste sourde...

Phoenix est un puissant drame intime, complexe et prenant, où l'après-guerre et les atrocités nazies servent de toile de fond. Les motifs de chacun des personnages y sont multiples et ambigus (même ceux de Lene envers Nelly). Petzold y explore les conséquences de l'amour (aveugle) et le rôle de l'identité dans sa manifestation, tout en proposant en filigrane un questionnement sur la mémoire, le pardon, l'empathie, la compassion, la convoitise, la lâcheté... Il embrasse large, mais sans coup férir.

Parce que sa mise en scène est remarquable de rigueur et de finesse, notamment dans l'utilisation des ellipses pour faire progresser le récit. Chaque plan recentre constamment l'attention sur les enjeux du récit et l'expression des acteurs. Considéré comme le chef de file du renouveau du cinéma allemand, le talent de cinéaste de Christian Petzold lui a valu l'Ours d'argent au Festival de Berlin pour son magnifique Barbara (2012). La première de son drame sensuel et noir Jerichow (2008) a eu lieu au Festival de Venise.

Son oeuvre se caractérise par son interrogation constante entre les forces qui unissent Éros et Thanatos, mais aussi par sa collaboration fructueuse avec Nina Hoss. Phoenix est leur sixième oeuvre commune (une relation qui n'est pas sans rappeler celle du géant Fassbinder avec son égérie Hanna Schygulla). Et elle y est absolument fabuleuse.

Hoss, une actrice au visage extrêmement expressif, dont le physique rappelle celui des stars du muet, ne pouvait trouver meilleur film, probablement, pour exploiter son talent. Son seul regard réussit à traduire son immense désarroi lorsqu'elle renaît dans la peau d'une autre. Au fur et à mesure qu'elle reprend ses marques, ce regard démontre la confiance qui revient, mais aussi la profonde douleur de la trahison qui s'installe.

Phoenix est un film poignant, intelligent et sensible. Et il se conclut sur une grande finale, logique et sublime. Ce n'est pas un film «estival», mais ce n'est pas une raison de se priver d'un grand moment de cinéma.

=> Au générique

  • Cote :   ****
  • Titre : Phoenix
  • Genre : drame
  • Réalisateur : Christian Petzold
  • Acteurs : Nina Hoss, Ronald Zehrfeld et Nina Kunzendorf
  • Salle : Clap (v.o.s.-t.f.)
  • Classement : général
  • Durée : 1h39
On aime : l'interprétation époustouflante de Nina Hoss, la réalisation maîtrisée, les thèmes abordés avec doigté

On n'aime pas : -

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