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Bertrand Bonello: Saint Laurent, un «monstre» de la création

Saint Laurent, de Bertrand Bonello... (Métropole Films)

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Saint Laurent, de Bertrand Bonello

Métropole Films

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(Québec) Un an après la présentation de Saint Laurent au Festival de Cannes, Bertrand Bonello voyage encore avec son film, qui dresse un portrait non orthodoxe du célèbre couturier.

Artiste multidisciplinaire (il compose, entre autres, la musique de ses films), le réalisateur de L'Apollonide s'est intéressé à la création et à ce qu'elle suppose de sacrifices bien plus qu'à la carrière de YSL. Le Soleil l'a joint à son hôtel de New York, à défaut de lui parler en personne. Ce n'est peut-être que partie remise puisque son exposition Résonances, présentée au centre George-Pompidou à Paris, pourrait bien s'installer à Montréal, cet automne. Entrevue sur un «monstre».

Q Votre film arrive, ici comme en France, après celui de Jalil Lespert (Yves Saint Laurent). Est-ce que ça vous emmerde?

R On avait commencé avant, mais ils ont voulu passer devant. On arrive ensuite dans des histoires à la fois compliquées, stériles et dangereuses aussi. On a préféré prendre le temps de bien faire les choses. Je m'en serais passé [soupir].

Q Pourquoi les deux films en même temps? Était-ce dans l'air du temps?

R C'est difficile à savoir. Il y a forcément quelque chose qui était dans l'air du temps. Leur film était soutenu par Pierre Bergé [le compagnon et associé de YSL] et la maison Saint Laurent, je pense que ça a joué.

Q Pierre Bergé a vertement critiqué votre film, jusqu'à la cérémonie des Césars, le traitant même «d'homophobe». Est-ce que Bergé a senti, au départ, que tout ça lui échappait et a poussé sur l'autre film?

R Profondément, je pense ça. Ils ne vont jamais le dire, mais je pense que oui. C'est un homme de contrôle. Quand il ne l'a pas, il devient très énervé.

Q On le voit dans votre film...

R Oui, c'est vrai [rires]. Mais j'ai été soft avec lui. J'aurais pu être plus dur. Mais en même temps, comme c'était un second rôle, je ne voulais pas en faire un truc caricatural. Mon sujet, c'était vraiment Yves.

Q C'est drôle. J'ai plus vu un film sur les affres de la création que sur le créateur lui-même...

R Tout à fait. Ce qui m'intéressait le plus, au-delà de la mode, c'est vraiment la création. Le film est beaucoup axé là-dessus et sur ce que ça peut vous coûter. Je le vois aussi un peu comme un monstre. Je ne dis pas ça de manière négative. Il y a quelque chose de monstrueux à bâtir un tel empire. Je ne souscris pas totalement à l'idée de Pierre Bergé le financier dur et Yves Saint Laurent le gentil créateur. C'est plus complexe que ça. C'est un peu comme un monstre à deux têtes. C'est ce qui leur a donné cette force. Saint Laurent n'aurait jamais été Saint Laurent sans Bergé, et inversement.

Q Il y a une grande part d'ombre dans Saint Laurent qui rejoint vos thématiques (la nuit,

la consommation...). Est-ce votre vision ou était-ce dans le personnage?

R J'ai rien fait pour l'éclaircir. Je ne voulais pas qu'à la fin du film on se dise : «J'ai tout compris.» Je trouve ça bien de garder du mystère parce que ça crée du désir. Je ne voulais pas que mon long métrage serve à faire tomber le mythe, mais plutôt à l'augmenter, quelque part. Ce qui est à l'inverse des drames biographiques habituels, qui ont tendance à tout rationaliser, à tout expliquer et à donner des raisons. J'ai essayé très vite de me dire : «On ne fait pas un biopic, on fait un film. Personnel.» C'était un désir de cinéma bien plus qu'un désir par rapport à la haute couture ou au personnage. Mais ensuite, en travaillant, je me suis attaché à lui. Il m'a beaucoup ému.

Q Vous filmez beaucoup Saint Laurent dans des miroirs. Pourquoi?

R Au-delà de l'aspect cinématographique, il y a quelque chose qui m'intéressait dans cette période. Les gens étaient beaucoup dans la mise en scène d'eux-mêmes, un truc qui a un peu disparu aujourd'hui. Du coup, ça raconte aussi quelque chose sur regarder, être regardé et le narcissisme. Même si ça a été compliqué : où est-ce que vous mettez la caméra, où est-ce que vous mettez les lumières, etc. [Rires]

Q L'interprète de Saint Laurent, Gaspard Ulliel, était fantastique, ce qui lui a valu une nomination aux Césars. En tout, vous aviez 10 nominations, mais seulement le travail

sur les costumes a été souligné. Déçu?

R Franchement, on est toujours un peu déçu sur le coup, mais j'accorde pas tellement d'importance à tout ça.

Q Même chose pour les Oscars [où le film représentait la France]?

R Les Oscars, c'est un peu abstrait pour moi. Ça fait un peu rêver de loin. Je suis plus attaché au Festival de Cannes [où il est allé six fois présenter des films] qu'à ce genre de prix.

Q Si vous me parliez de Paris est en fête, votre prochain long métrage, dont le sujet est controversé après les attentats de janvier dernier?

R Je suis en pleine préproduction. Normalement, le tournage débute début juillet. C'est un film très contemporain avec une dizaine d'acteurs inconnus. Ce sont des jeunes qui décident de poser des bombes de nos jours, à Paris. C'est un peu délicat, je vais essayer de m'en sortir. Mais je l'ai écrit en 2011...

«Saint Laurent» prend l'affiche le 22 mai.

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