Kurt Cobain: Montage of Heck: voyage au bout de l'enfer

Montage of Heck n'est pas une biographie «classique»... (Photo fournie par HBO)

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Montage of Heck n'est pas une biographie «classique» de Kurt Cobain, mais une courtepointe qui témoigne autant du bouillonnement créatif de l'artiste que de la profonde détresse de l'homme.

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Le SoleilÉric Moreault 4/5

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(Québec) Difficile de dire si Montage of Heck est le long métrage définitif sur Kurt Cobain, le regretté chanteur de Nirvana - seul le temps le dira. Mais, pour l'instant, ce documentaire exceptionnel et fascinant nous offre une profonde plongée dans l'âme trouble et troublée d'un écorché vif, un hypersensible qui cherchait la reconnaissance et qui s'est mis à la fuir dans l'héroïne quand il l'a obtenue. Brett Morgen a su recréer sur le plan cinématographique la liberté, la créativité et le chaos qu'incarnait Cobain.

Montage of Heck n'est pas un documentaire biographique «classique», même s'il respecte la chronologie de la vie intense de cette étoile filante née en 1967 et qui s'est éteinte le 5 avril 1994. Il n'est pas non plus un film «autorisé» par la famille, même si Courtney Love, sa muse destructrice, a fourni au réalisateur les dessins, la musique, le journal, les films Super-8 et les enregistrements vocaux de Kurt.

Brett Morgen (Chicago 10) a créé une courtepointe avec tous ces documents qui emprunte à diverses formes artistiques et cinématographiques (collage, animation, etc.), mais surtout, comme le titre l'indique, le montage. La collision de divers éléments disparates donne une idée du bouillonnement créatif de l'artiste.

S'il y a une chose que ce documentaire met bien en évidence, c'est à quel point la pratique artistique s'avérait un refuge pour combattre la maladie mentale (hyperactivité, bipolarité, dépression). Il éclaire aussi l'enfance solitaire du petit blond, le père absent après le divorce (alors qu'il a neuf ans), sa mère qui l'abandonne ensuite, son adolescence en perpétuelle révolte...

Ce sentiment de rejet - d'inadéquation au monde - va le suivre toute sa (courte) vie, de même que la peur de l'humiliation. Cobain s'enferme dans son monde intérieur. Il cherchera ensuite, car il était aussi ambitieux, à s'en sortir par la musique (et la consommation), mais celle-ci va s'avérer une prison encore pire. La popularité est un fardeau insupportable. «J'avais la bière et le vin, Kurt, l'héroïne», explique Krist Novoselic, le bassiste de Nirvana. Souffrant de maux d'estomac non diagnostiqués, Cobain veut aussi s'automédicamenter!

Refusant d'être le porte-parole de sa génération, Cobain va maladroitement tenter de créer une famille avec Courtney Love. Le film montre des images de leur vie de couple qui créent un véritable malaise - trop intimes, mais aussi révélatrices : le couple y est souvent complètement défoncé. Un déballage malaisant.

Montage of Heck évite le piège hagiographique et refuse de faire de Cobain un martyr pour la génération X. Parlant de cette dernière, elle est singulièrement absente, si ce n'est qu'en quelques images en spectacle. C'est d'ailleurs le seul, mais important, défaut du film : le manque de contexte. Nirvana était un groupe exceptionnel - la musique résiste admirablement au passage du temps -, mais le trio a catalysé un refus de l'ordre établi qui était dans l'air du temps et s'est inscrit dans une mouvance (le grunge, mot fourre-tout).

On comprend que Morgen a voulu s'attarder au destin tragique de l'homme plutôt qu'à son oeuvre. Sauf que ceux qui n'ont pas vécu l'époque - contrairement à moi - risquent d'en perdre des bouts. Les autres vont ressentir un trouble profond. Même s'il refusait de tout son être la notion même de porte-parole de sa génération, Kurt Cobain incarnait le profond désarroi et le sentiment d'abandon de celle-ci. Il faut voir la peine et la fragilité de Novoselic quand il parle de son ami... Fait à souligner, le documentaire donne la parole à tout le monde et son père (pour vrai), sauf au batteur Dave Grohl (coupé au montage)...

Au fond, ce film montre clairement la solitude de Cobain (et sa profonde détresse). «All alone is all we are», chantait-il sur All Apologies.

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