L'art de la fugue: la peur de l'engagement

Les acteurs qui incarnent la famille dysfonctionnelle de... (Photo fournie par AXIA Films)

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Les acteurs qui incarnent la famille dysfonctionnelle de L'art de la fugue sont très bons, ce qui est admirable compte tenu de leur partition parfois trop explicite.

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Le SoleilÉric Moreault 2/5

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(Québec) La peur masculine de l'engagement est un thème indémodable et universel. À preuve, le roman qui a servi de base à L'art de la fugue date de 1993 et se déroule aux États-Unis. Brice Cauvin a transposé l'action à Paris et à Bruxelles, de nos jours. C'est sympathique, plutôt rigolo et convenu. Son charme réside plutôt dans les interactions entre les trois frères de cette famille dysfonctionnelle qui semble avoir complètement perdu les pédales.

Gérard l'aîné, joué par Benjamin Biolay, s'est fait plaquer par Hélène, l'amour de sa vie. À 40 ans, il est inconsolable. Louis (Nicolas Bedos) doit se marier avec Julie, mais il tombe éperdument amoureux de Mathilde. Antoine (Laurent Lafitte) a le même partenaire depuis 10 ans, Adar, mais il rêve d'un autre. Il est le seul à garder un semblant de lucidité, grâce à Ariel (Agnès Jaoui), sa confidente et meilleure amie. Jusqu'à ce qu'il la présente à Gérard...

Le trio fraternel nage dans la confusion la plus totale. Et ils ont des parents complètement déconnectés de la réalité, ce qui n'arrange rien. Le père est hypocondriaque et se réjouit du mariage de son fils comme si c'était le sien. Probablement parce que sa femme fait semblant de tenir à leur union...

Les personnages sont colorés et même si la situation semble vaudevillesque, l'humour y est plutôt corrosif. Reste que tout ça est assez casé, chacun des frères représentant un type particulier (le perdant, le battant et l'homosexuel). Le manque d'originalité du propos et l'aspect assez prévisible du déroulement font en sorte que L'art de la fugue reste sur le mode mineur.

On peut dire la même chose de la mise en scène convenue de Brice Cauvin (De particulier en particulier, 2006). Ce qui est d'autant plus décevant qu'il a fait ses classes comme assistant auprès de grands réalisateurs français, comme Maurice Pialat et Philippe Harel. On aurait pu penser que Cauvin mettrait du sien dans sa façon de filmer, alors que son style est plutôt générique, en plan américain presque tout le temps.

Bon, reste qu'il insère ici et là dans son adaptation très libre du roman de Stephen McCauley des pistes de réflexion intéressantes sur le désarroi occidental. Les parents sont de cette classe moyenne en voie d'extinction qui n'a su d'adapter à la modernité factice du consumérisme. Ariel et Antoine travaillent à monter une exposition d'art khmer pour un patron plus intéressé à vendre des bibelots qu'à sa mission culturelle.

Les acteurs y sont très bons, de Laurent Lafitte, en contre-emploi, à Benjamin Biolay, très convaincant, sans fausse note. Ce qui est admirable compte tenu de leur partition parfois trop explicite.

L'art de la fugue reste malheureusement en surface, empêtré dans sa mélancolie et sa peur de l'engagement. Comme ses personnages.

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