Le commerce du sexe: la chair est triste

La réalisatrice donne surtout la parole à ceux... (Photo ONF)

Agrandir

La réalisatrice donne surtout la parole à ceux qui en profitent : les proxénètes et les clients.

Photo ONF

Le SoleilÉric Moreault 3/5

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Québec) Le commerce du sexe est un film cru, presque brutal. Mais c'est tout ce qui fait sa puissance. Ève Lamont démonte et démontre méthodiquement cet esclavage des temps modernes auxquels sont asservies des femmes pour le plaisir des hommes. Pas de grandes révélations, juste des faits. Et des témoignages choquants.

La réalisatrice poursuit son travail amorcé avec L'imposture (2010), où des femmes révélaient comment elles étaient exploitées comme prostituées. Cette fois, elle donne surtout la parole à ceux qui en profitent : les proxénètes et les clients. Des femmes aussi, qui témoignent comment elles ont été happées, le plus souvent alors qu'elles étaient mineures, et sont devenus prisonnières d'un engrenage qui s'apparente à un cercle vicieux.

Le commerce du sexe pose un regard anthropologique, presque clinique, sur tous les aspects de cette industrie basée sur la demande : les salons de massage, les bars de danseuses, les escortes, le tourisme sexuel, la traite des femmes... Patiemment, il expose tous les détails jusqu'à ce que le spectateur, même s'il en connaît les tenants et les aboutissants, soit carrément révolté : le nombre de clients à faire dans une soirée, leurs demandes, les prix...

Que ce soit à Montréal, à Québec ou à Val-d'Or, ce sont toujours ces femmes qui sont exposées et traitées comme de vulgaires morceaux de viande - «tu commandes une fille comme une pizza». Le film est monté de façon assez classique, avec les entrevues des principaux concernés et des intervenants, entre lesquelles on insère des images tournées en caméra cachée sur les lieux du crime.

Ceux qui s'attendent, en raison du titre, à voir de la nudité vont rester sur leur faim. Très habilement, la réalisatrice évite de tomber dans le racolage en donnant de la chair au spectateur. Mais les entrevues sont assez explicites, merci.

Comme cet adolescent, à la solde des gangs de rue, qui recrute dans les cours d'école. Comme ce producteur de films pornos qui détaille sordidement les «performances» attendues et la «récompense» qui vient avec. Comme ces clients de salons de massage qui notent sur Internet les services reçus...

Ce mépris, cet asservissement et cet avilissement vont choquer même les plus blindés. C'est pourquoi Le commerce du sexe est un film essentiel. Pour ce qu'il révèle, sans faire la morale. 

Ève Lamont a fait confiance à l'intelligence du spectateur. Pour l'entraîner dans les coulisses et lui révéler comment fonctionne cette sexploitation. Démontrer comment la faible estime de soi et le manque d'amour précipitent des jeunes filles dans les griffes de manipulateurs prêts à exploiter leurs faiblesses pour nourrir les pulsions de clients avides de sensation qui se croient tout permis...

Le commerce du sexe devrait être présenté dans toutes les écoles secondaires du Québec. Parce qu'Internet a révolutionné l'accessibilité à la pornographie. Malheureusement, constate-t-on avec le visionnement de ce percutant documentaire.

Partager

À lire aussi

  • <em>Commerce du sexe</em>: Femmes broyées

    Cinéma

    Commerce du sexe: Femmes broyées

    Ève Lamont a fait le nécessaire pour infiltrer les endroits où les femmes vendent leur corps. Mais quand est venu le temps de réaliser des entrevues... »

publicité

publicité

la liste:1710:liste;la boite:91290:box

En vedette

Précédent

publicité

la boite:1608467:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires : Le Soleil

Tous les plus populaires de la section Le Soleil
sur Lapresse.ca
»

CONTRIBUEZ >

Vous avez assisté à un évènement d'intérêt public ?

Envoyez-nous vos textes, photos ou vidéos

Autres contenus populaires

image title
Fermer